‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 158 sur 230 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

HERGVLE, ADMETE.

HERCVLE.

37 nnOn hospitalité mérite libérale

I Vn Empire plus grand que celuy du Thessale, le le témoigneray, qui rodant l'vniuers, 40 Rencontre rarement ces courages ouuers.

Ces vertus, qui regnoient au te tus du premier âge,

Que Saturne des trois fiiisoit vn héritage: [356]

43 le le témoigneray quelque part que ie sois,

Moy qui ren tost où tard les biens que ie reçois,

Moy qui suis le fléau, que lupiter enuoye, 46 A qui des vices tient îa périlleuse voye ;

Regarde en quoy ie puis me reuencher absent,

En quoy de te seruir ie serois suffisant, 49 Et comme au plus aquis librement me comande,

Auise, car ailleurs la gloire me demande.

ADMETE.

Si ce commun deuoir meritoit auancé,

52 De se rétribuer, d'estre recompensé,

Au nom de lupiter, qui des hôtes a cure, De tes pieux exploits qu'admira la Nature,

55 Prosterné, ie voudrois ta dextre suplier, D'vne affreuse prison mon âme délier, L'affranchir des ennuis qu'angoisseuse elle traine,

58 Atachée à ce corps d'vne odieuse chaine.

HERCVLE.

Quelle calamité désastreuse t'induit A vouloir appeler ce que tout chacun fuit?

v.5(U-598] TRAGEDIE. 219

61 A céder aux rigueurs de fortune contraire, Abandonné d'espoir ainsy que le vulgaire? Releue ton courage, & croy que ie te puis 64 Mettre îi bord attaqué d'vn orage d'ennuis, Dy d'où prouient ce dueil qui couure ta famille? Si la perte d'vn fils, d'vn parent, d'vne fille, 67 Où d'vne épouse ?

ADMETE. [357]

Helas?

HERCVLE.

Où si le soin pressant D'vne guerre t'afflige, à son faix impuissant. D'abord en ce palais i'ay veu la face sombre,

70 I'ay veu de toutes parts vn présage d'encombre, Les tiens, outre l'habit funeste, soupireux. Les tiens de ta douleur iusqu'à vn douloureux,

73 Cent fois ma bouche s'est ouuerte, & refermée, Pour m'éclaircir au vray de la cause informée, Résout d'attendre en fin ce départ, a sçauoir

76 La cause de toy même, & t'offrir mon pouuoir.

ADMETE.

Mon naufrage souffert, d'aucun n'est réparable,

Ma perte sans recousse, & irrécupérable, 79 Enrichist le palais de l'auare Pluton,

Rauie des fureurs de sa fiere Cloton,

Que depuis vainement i'inuoque, ie reclame, 82 Afin de retrouuer la moitié de mon ame.

HERCVLE.

Veuf à ce que i'entens, l'iniurieuse mort,

Cause l'affliction qui te presse si fort, 85 Vrayment il n'y a point de douleur plus sensible,

Et qui force plutosL la constance inuincible,

Que la des-vnion d'vn pair bien concordant : 88 Mais ore déduy-moy de plus loin l'accident.

ADMETE.

Ce n'est que t'ennuyer de paroles perdues, [358]

Ce n'est que désirer mes larmes répandues,

91 Ce n'est que prouoquer mon desespoir affreux, A maudire le fiel des astres rigoureux. Vomir contre le 'Ciel maint horrible blasphème,

94 Qu'extorque le récit d'vn desastre suprême. HERCVLE.

Force toy neantmoins, asseuré pour loyer, (^u'Alcide à ton secours désire s'employer,

97 Qu'il brasse en son esprit vn moyen salutaire, Surpassant des amis l'assistance ordinaire.

220 ALCESTE. [v. 599-644

ADMETE.

le sçay qu'en la rondeur de cet ample vniuers,

00 Ta vertu n'a sentiers qui ne luy soient ouuers, Que son foudre détruit les choses résistantes, Et que rien qu'à ta gloire indomté tu ne tentes, 3 Mais où la nuit deffend éternelle d'entrer, Où il n'est qu'aux deffunts permis de pénétrer, D'vn seiour qui n'eust onc de sentes, reconnues, 6 D'vn seiour éloigné de nous plus que les nues, Reuoquer les effets de la fatalité, Pardonne ie te prie à l'incrédulité, 9 laçoit qu'obéissant ie te feray notoire De mon triste malheur la pitoyable histoire, Arriué sur le point, qu'vn printems vigoureux

12 Echauffe notre sang, & le rend amoureux. Que le nœu de lunon la nociere nous lie, Alceste i'épousay fille de vieil Pelie, [359]

15 Sa beauté surpassoit vn chet'-d'œuure parfait, Et au moule du corps son esprit estoit fait, Moule enuoyé des Cieux, que rompit la nature

18 Apres l'extraction de cette créature :

Nous vécusmes ainsi que dans vn bois profond D'embûches séparé, deux tourterelles font,

21 Deux de corps mais d'vn cœur, d'vn penser, d'vne enuie, Bref qu'vn fidel amour animoit d'vne vie, Onc ie ne sçeus goûter auec elle d'ennuis.

24 Nos iours duroient touiours, & n'auoient point de nuits : 0 cruel souuenir des liesses passées 1 Douleurs en mon esprit ameres repassees!

27 Dure condition des hommes iournaliers. Qui cueillent vne rose entre mille halliers! Plus suiets au reuers de l'instable Icrtune,

30 Que d'orages diuers ne tourmentent Neptune, Qui ne peuuent vne heure arrester incertains,^ Non plus que le courant d'vnfleuue dans les mains.

33 A peine le Soleil depuis notre hymenee Retournoyoit le cours d'vne seconde année. Que ie tombay malade, & proche du trépas,

36 N'atten chaque moment que de passer le pas. Remède quel qu'il fust appliqué ne m'allège, Au contraire ce mal désespéré rengrége,

39 l'enuoye là dessus, l'Oracle visiter, [360]

Et le trepié sacré de Phœbus consulter, Il respond ne pouuoir m'octroyer autre grâce,

42 Sinon que ie subroge vn second en ma place, Vn, qui du sang Royal s'offre à me secourir, Vn, qui vueille pour moy ce hazard encourir.

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