‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 194 sur 230 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

ISANDRE, DAPHNIS, ALPHEE.

ISANDRE.

Dieux immortels, que l'ignorance humaine Fonde souuent son mieux sur chose vaine! 11 Borne le plus de sa félicité

Dans ce qui n'est que pure aduersité.

Chacun son heur par les enfans mesure, 14 Qui font reuiure après la sépulture,

Chez qui vieillards on trouue du suport,

Mais que d'escueils entre nous & ce port! 17 Que ce rosier en épines abonde,

Sans qu'vne fleur d'espérance réponde.

Veuf, à qui l'âge approche le tombeau, 20 Ma maison n'a d'appuy ny de flambeau,

Rien qu'vne fille assez voire trop belle,

Veu que l'oracle (effroyable nouuelle!) 23 Sur ses destins enquis me la prédit

Cause entre nous d'vn tumulte maudit,

D'vne discorde étrange, partiale 26 Qu'amortira la torche nuptiale,

Moy qui mes iours veux couler en repos,

Fay qu'elle fuit ce ioug tout a propos, 29 La tien chez nous quasi comme captiue, [460]

Crainte toujours que ce desastre arriue.

Crainte toujours de le voir préuenir 32 Ma fin qui doit si prochaine venir,

N'importe après sous quelle destinée

S'acomplira son futur hymenee:

35 Or vn penser m'aflige soucieux.

L'éclair plutôt ne disparoist aux yeux,

Que dans la presse aujourd'huy l'indiscrète 38 S'est à ma veuë & à ma main soustraite,

Si par malice encor ne sçait-on pas,

Ce fol amour a tant & tant d'apae.

41 Mais la voicy qu'vn pasteur me rameine.

Trop enuers nous prodigue de sa peine.

DAPHNIS

Pan te bénisse incomparable honneur 44 De nos bergers à qui i'ay ce bon-heur

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