SCENE I
EVRIALE, CHŒVR DE BERGERS, CORIDON, MELANIE.
EVRIALE.
41 T)ENSEZ amis, que pareil infortune 1^^ Touche la perte, & la gloire comune, Que de soufrir passer impunément, 44 L'outrage fait en son forcenement
La cruauté d'vne sorcière infâme.
Que long tems a deu expier la flâme, 47 En peu de iours désert est le pais,
Hommes, troupeaux, a la Parque trahis,
Chacun réduit dessous sa tyranie:
50 Remédions à semblable manie,
Du mal d'autruy plus sage deuenus^,
Ne nous laissons oprimer préuenus :
53 Corine craint quiconque la méprise,
Et qui la craint, la Circe tyrannise :
Or ne faut-il à demy triompher.
56 Mais bien cette Hydre infernale étoufer,
Mais bien contraindre à rémettre en nature
Ces corps priuez de l'humaine figure :
59 Sortir après par sa mort, du danger,
De nous plus voir en nos formes changer, [518]
Faisons soudain, le Ciel n'a sacrifice 62 Plus acceptable à sa haute iustice,
Que de ce monstre enneniy des humains,
Portant au sang son courage, & ses mains 65 Docte a former mille ix)i8ons funestes,
A nous remplir de tombeaux, & de pestes,
Qui cesseroit elle éteinte, où iamais, 68 II est donc tems d'y pouruoir désormais.
Sans doute elle a, cruelle outre mesure,
Commis vers tous l'irrémissible iniure:
71 Ceux offencez, qui furent le bon-hear
De l'Arcadie, & son suprême honneur:
Mais irritant vne guespe si fiere, 74 Croire Tauoir si ce n'est par prière,
Vne riiine acheue d'ébranler.
C'est mal sur mal imprudens apeler, 77 la plus qu'assez apris d'expérience,
Tout asseruy redouter sa science,