‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 23 sur 230 · V. 519-553] SE SACRIFIANT · texte numérisé non relu

V. 519-553] SE SACRIFIANT

19 Désireux de voguer iusques aux champs Latins, Selon que de ta gloire emportent les destins Qu'ainsi ne soit, remarque en l'appareil qu'on dresse,

22 L'occasion sans plus nous causer la paresse ; On l'attend, & perdue, alors certes peux-tu Dire que l'on fait tort à ta ieune vertu.

ASCAIGNE.

25 Des hommes doiuent-ils nous renforcer encore?

PaLINVRE.

Ne soldats, ne nochers, nostre flote n'implore.

ASCA[GNE.

Manquons nous, où de vent, oii de munitions?

PALINVRE.

28 Ils secondent ensemble à nos intentions.

ASCAIGNE.

Possible quelque signe obserué dans les Astres, Quelque proche tourmente augure nos desastres.

PALINVRE.

31 L'air serain ne prédit tourmente de long tems, Ny le moindre péril sur les sillons flotans;

ASCAIGNE.

Donc la Reyne deô'end?

PALINVRE. [24]

Iule, ne t'informe (!)

34 D'vn secret à ton âge entièrement difforme ; Remets-toy du voyage au soucy paternel, Soucy, qui là dessus le trauail éternel,

37 Ne sommeille non plus que ce flambeau, qui donne Le iour à l'vniuers des feux de sa couronne. Capable du fardeau ; mais Achate enuoyë

40 Pour quelque cas exprès de l'œil t'a costoyé: Et craint à mon auis que de ceux de Cartage Quelqu'vn sans y penser le secret ne partage,

43 Ne diuulgue espion tel auertissement.

ACHATE

Chacun dans son vaisseau se range sourdement, Tienne ses voiles prests, & les siens en aleine, 46 Pour «ingler diligent sur la vagueuse plaine, Au premier mot lâché, hastons-nous d'y aller. De peur que le besoin preuienne mon parler.

ASCAIGNE.

49 Déjà par tant de fois ma ioye interrompue, D'vn espoir mensonger, &, trompeur s'est repeuë, Que ie ne veux plus croire à l'heur sans le toucher,

52 Mais au doute il ne faut le mépris atacher. Téméraire infracteur du vouloir de mon père.

30 DIDON [v. 554-600

PALINVRE.

Ne crains qu'ainsy touiours ta vertu ne prospère, 55 Enuers ton géniteur humble de pieté, Tu as dedans l'Olympe vn laurier apresté.

CHŒVR DES TROYENS. [25]

L'étrange changement des affaires mondaines 58 Ne ressemble rien plus.

Que les courses des mers qui décroissent soudaines,

Puis croissent d'vn reflus.

61 Or la prospérité chez cetuy-cy seiourne,

Tantost l'autre a son tour.

Au fauorable vent que fortune luy tourne, 64 louït de son seiour.

i» L'homme n'a de certain parmy l'incertitude,

»Que l'horreur du tombeau, 67 »ïout le reste suiet a la vicissitude,

»Est vne ampoule d'eau.

Soit qu'il branle vn grand sceptre en sa dextre orgueilleuse 70 Où soit que bûcheron

Il sape des forests la teste sourcilleuse,

Son port est l'Acheron.

73 Mais l'inégalité toute autre de la vie,

Nous sépare de loin,

L'vn bute des malheurs, esclaue de l'enuie, 76 Des trauaux & du soin.

Sous vn bandeau Royal cache la peur empreinte.

Des exemples diuers j 79 Qui par celuy récent de notre Troye éteinte

Font paslir l'vniuers.

Où s'il suit ce chemin des vertus qu'on appelle [26] 82 Ainsi que nostre chef;

Mille & mille dangers de l'Aueugle infîdellc

Luy pendent sur le chef.

85 Espérant rebâtir au sein de l'Esperie,

Vn second Ilion,

La moitié de sa flote au naufrage perie, 88 L'emplit d'afliction :

Et (suprême malheur!) au milieu des délices

De l'archer de Cypris; 91 A grand peine il pourra fendre les précipices,

Qui nous retiennent pris.

Didon se vengera d'vn pariure Thésée, 94 Au moindre petit bruit :

Qu'après sa chnsteté longuement abusée.

Par les ondes il fuit:

97 Helas! combien au pris, combien est souhaitable

Geste condition;

Qui remenant au soir les bœufs dedans l'estable, 00 Nuë d'ambition,

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