‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 77 sur 230 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ARASPE, PANTHEE.

ARASPE

AGité du flambeau d'vne aueugle furie.

Perclus de mouueraens, ma constance pcrie: Réduit à n'espérer qu'vn honteux desespoir, Réduit à désirer ma ruyne, & la voir;

13 Fut-il onc vn desastre, vn malheur mémorable, A la fiere rigueur de mon sort comparable ? Araspe, panure Araspe, helas! que n'as-tu pris

16 Plustost à gouuerner le terrestre pourpris: Que geôlier estably d'vne beauté captiue, Beauté, ie le diray, la plus belle qui viue,

19 Tomber en ses liens, t'enferrer de ses fers;

Quels extrêmes tourmens n'ay-ie depuis soufersV Chagrin, triste, pensif, solitaire, malade [165]

22 Et de l'âme, & du corps, par sa sorcière œillade; Oeillade qui décoche vn reste de chaleurs A trauers les nuaux de ses humides pleurs,

25 Oeillade qui sans doute embraseroit le monde, Si son œil retenoit cette larmeuse bonde : Oeillade qui piteuse vn rocher transiroit,

28 Que pour prendre les cœurs apostée on diroit: Oeillade qu'vn scadron d'autres beautez diuines, Mises a nonchaloir, accompagnent voisines:

31 Ce poil d'or crépelu, qui sans ordre flotant, Va sur vn col neigeux sans ordre voletant, Ce front ainsi voûté, qu'Iris le sien déployé,

34 Quand la pluye anoncer sa maistresse l'enuoye :

110 PANTHEE. [v. 235-278

Vn vermillon de iouë, einperlé de ses pleurs,

De telles que l'Aurore épanche sur les fleurs, 37 Vne bouche de rose aux soiipirs éternelle,

Qui s'ouurant, les baisers dessur ses hors appelle,

Et ce tertre iunieau d'vn petit sein mouuant 40 A l'accord des sanglots qu'elle soupire au vent. 0 récit insensé! ie me la remémore,

Affin que ce vautour plus cruel me deuore, 43 Qu'amour plus affamé se paisse de mon cœur,

Qu'amour de mes désirs demeure le vaincœur?

Mais vne loy du Prince expressément reçeuë, 46 De ne la poluer seulement de la veuë,

N'agrauer sa tristesse en aucune façon.

Mes adultères feux doit réduire en glaçon! 49 II se faut là résoudre, il y va de la teste, [1^6]

Cirus n'ayant osé iouyr de sa conqueste,

Pentreprendrois sur luy, commettant vn forfait 52 Expiable du sang de celuy qui l'a fait.

Cirus peut tout sur moy, hormis de me deffendre

D'aimer cette étrangère, & son vouloir entendre, 55 Coniurer son amour, luy racontant le mien.

Consacrer ma fortune, & mon salut au sien :

Déesse de visage, elle n'aura pas l'âme 58 Telle qu'vne lionne, impassible à ma flâme :

Mon grade qui du Roy seconde la grandeur,

Pourra de^ cette glace échaufer la froideur? 61 L'échaufer? nullement, l'amitié coniugale

Ne permet d'ébranler sa chasteté loyale !

Abradate éloigné recelé ses plaisirs, 64 Abradate est l'obiet de ses chastes désirs,

Abradate reuient en sa bouche à toute heure,

Abradate immuable en ses grâces demeure: 67 Que ne suis-ie Abradate? heureux qui que tu sois.

Les faueurs d'vn griind Dieu, voire plus tu reçois,

La voicy, quand Cirus du feu de sa colère 70 Conuertiroit mon corps en cendreuse pouciere,

le luy vay mon tourment amoureux déceler;

Veux-tu doncques en pleurs tes beautez distiler, 73 Sacrilège, otfençant le Ciel, & la nature,

En ce chef-d'œuure saint, que le deuil défigure?

Chaque chose a son terme, & les maux auenus 76 Ne nous doiuent causer des regrets continus,

PANTHEE. [167]

Pour des maux infinis ma plainte est infinie.

ARASPE

Tes maux vont expirer en ta prison finie.

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