‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 91 sur 230 · V. 857-904] TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 857-904] TRAGEDIE

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Deux iours s'estoient passez que l'enneniy plus fort

58 En nombre de soldats campoit à l'autre bort, Résolus d'empêcher à viue force d'armes, Le passage du Tage à nos braues gendarmes;

61 Tandis on reconnut les plus gueables lieux, Vn lieu propre sondé se découure a nos yeux, Où du fleuue élargy la course diminue

64 Les riuages d'autour sur l'areine menue : Abradate à ce coup encourage ses gens.

Dés le premier signal a marcher diligens,

67 L'ordre en estoit ainsy, au front de la bataille, Afin qu'à fendre l'eau le piéton ne trauaille, On met les chariots coste à coste enchainez,

70 De coursiers généreux facilement traînez, Par le flanc soutenus de la caualerie.

Vne clameur soudaine excite la furie,

73 Que l'ennemy renuoye, eÔ'roye' neantmois,

D'auoir de notre ardeur de si presens témoins, [194] Ainsy qu'à l'autre bord notre troupe s'aproche,

76 Vne gresle de dars l'aduersaire décoche, Sifflans de sons aigus dans le vuide de l'air, La nuit semble en plein iour sur nos yeux deualer;

79 Surmontant toutes fois le péril & l'encombre. Animez nous marchons sous leurs flèches à l'ombre, Nous heurtons l'ennemy qui la riue bordoit,

82 Et de coups & de cris son abord deô'endoit, L'vn tombe renuersé dans l'onde ensanglantée; L'autre prend terre aydé d'vne force indomtée,

85 La mort court par les rangs que son dard éclaircit, A l'vn & l'autre camp le courage grossit. Et comme deux forts vents combattent sur les Ondes

88 A qui sera vaincueur de leurs vagues profondes; Ainsy fut la victoire égale, iusqu'à tant Qu' Abradate en son char vailllamment combatant

91 Encourage ses gens, d'efi'et & de langage. Faut-il (voicy ces mots) demeurer dauantage Inuincibles guerriers, à vaincre l'ennemy

94 Dés-ia de votre los vaincu plus qu'à demy? Ces Lydiens ne sont que des femmes armées De desespoir, & non de fureur animées,

97 Mourons donc mes amis plutost que rebrousser. Et plutost qu'à ce coup leurs scadrons n'enfoncer: L'etfet suit la parole, il pousse à toute bride,

00 Son char dedans leur gros, qui luy cède timide, [195] Et reculant fait place au foudre de ses coups, Emeuz d'vn saint deuoir nous le suiuismes tous, 3 Tous flanc à flanc rangez en ordre de bataille, Luy poussé de furie incessamment chamaille;

128 PANTHEE. [v. 905-948

Amasse sous son fer de grands piles de corps, 6 Comme au mois de luillet nous remarquons, alors Que sous le fer tranchant de sa faux acérée Le païsan détruit les honneurs d'vne prée, 9 Les amasse en sillons, au labeur endurcy : Abradate fauchoit les Lydiens ainsy :

En fin honteux qu'vn homme aportât cet esclandre,

12 Ils font ferme, & dés-ia résolus de l'attendre L'enuironnent, qu'il n'a qu'à sa vertu recours, Qu'en l'effort de son bras n'implore de secours,

15 Par dessus le pouuoir d'vne humaine puissance: De pareille façon qu'vn sanglier qu'on relance, Prest à l'extrémité de rendre les abois,

18 11 deuore les chiens, les veneurs & les bois : Ce magnanime chef coup dessur coup moissonne Tout autant d'ennemys que le hazard luy donne,

21 Mais trop à son malheur, car de leur quantité, Le char embarassé n'a plus d'agilité, Luy demeure iumiobile, & Técuyer adextre

24 Ne le peut plus tourner à dextre n'a senestre.

CIRVS.

0 funeste auanture! ô que l'homme vaillant, A de peine à tenir vn courage bouillant, [196]

27 Du frein de la prudence, & différer sa perte, De l'appas de la gloire en vn péril offerte.

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Voila, qu'enuironné d'vne gresle de dards, 80 Le bruit de son danger court entre nos soldars, Qui marchent, inspirez d'vne indicible enuie De mourir tous ensemble, ou racheter sa vie,

38 Fondans sur l'ennemy, en fuite il se remet; Mais d'arriuer a temps l'heure ne nous permet, Outre-perçé de coups il auoit rendu Tame

36 Dessous-le chariot qui son maitre reclame, Escuyer, & chenaux ensemble trébuchez, Et sur la terre morts hideusement couchez

39 Aucuns priuez de chef, eussent perdu courage. Où sa perte nous poind d'vne fureur de rage: Quelle langue d'airain sufâroit d'exprimer

42 Le carnage ennemy? Téponuantable mer De son sang épanché, qui la campagne noyé, La faim du loup a plus de pitié de sa proye,

45 Que nous des Lydiens, & n'[e]ût esté la nuit, lusques à vn leur camp étoit a plat détruit.

CIRVS.

Ha ! que nous obtenons vne chère victoire ! 48 Le dommage souffert en surpasse la gloire,

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