‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 105 sur 242 · SCENE L · texte numérisé non relu

SCENE L

LE MARQVIS DE COTRON, LE COMTE DE CELANE.

LE MARQVIS.

ONc vaincœur honoré de la palme conquise A ces fameux tournois célébrez dedans Pise, One ce braue Thebain, des vertus le support, En son empire même ayant domté la mort,

43 Ne peurent conceuoir en l'âme plus de ioye, Que ie fay n'étant plus a ce vautour en proye, Vautour de volupté qui l'âme becquetoit, [256]

46 Et qui deuant mes yeux sans cesse volletoit, Vautour que la raison chasse victorieuse, Mais non pas sans beaucoup de peine glorieuse:

49 Or êtes vous l'Alcide vnique à qui ie doy La liberté rendue & remise chez moy.

Vôtre diuin conseil puissant alexitere,

52 A ce venin domté qui le bon sens altère, Vôtre diuin conseil guérit vn furieux Qui se precipitoit dans le vice à clos yeux,

55 Et Ta seul retenu de sa cheute mortelle, Où d'vn amy parfait s'admire le modelle, D'vn amy que mon los exaltera tousiours,

58 Deussé-ie de Nestor surpasser les longs iours.

LE COMTE

Pourueu que le courage exprime la pensée,

Ma peine se repute assez recompensée, 61 Elle cueille féconde vn agréable fruit.

Que l'amitié propose & que son champ produit. Mais ne sçay quel indice a la raison palpable, 64 Vous montre d'vne feinte en cet endroit coupable,

Par trop officieux a l'épous affligé,

C'est auoir sa partie au combat obligé, 67 C'est selon le prouerbe, en l'amoureuse guerre

Faire, adextre, deux coups ne iettant qu'vne pierre,

^tratagême fatal à qui mal auisé, 70 Loin de tromper autruy se trompe, déguisé.

Non, foy de gentilhomme, il n'y a nulle feinte, Telle ocieiise flanie entièrement éteinte:

142 FREGONDE. v. 573-612.

73 Bien plus, l'acte vers vous qui semble vn peu suspect, Sert de frein vertueux dessous certain respect, Car rVlysse prudent de cette Pénélope,

76 Que d'vn fâcheux procez mon secours déuelope, Mieux goûté que iamais, gaigna si bien mon cœur, Que l'amour, de captif me reconnoît vaincœur,

79 Qu'entreprendre malin sur sa nopciere couche, Me semble vn sacrilège, en sa place me touche, Point d'vn iuste remors, qu'onc si lâche désir

82 Ait eu de s'allumer dedans l'âme loisir.

LE COMTE

Qui le crime preuient auee la pénitence. Ne se peut condamner par aucune sentence,

85 L'opportun repentir du iour au lendemain, Se repute innocence entre le genre humain. Si sujet à broncher, que la vertu plus rare

88 Cède au vice souuent qui de son lieu s'empare. Or puis que libéré, dites moy la raison Pour laquelle tantôt proche de la maison,

91 Temple où cette beauté plus qu'humaine réside, Vôtre œil fixe sembloit la deuorer auide, Inuisible témoin, l'on ne me sçauroit pas

94 Démentir la dessus qui retraçoy vos pas : L'âme attentiue après vne semblable idée, N'infère sa blesseure encor consolidée. [258]

97 0 comme le soupçon iuge sinistrement, La chose, sur mon dieu, passe tout autrement, Sçachez que le mary a receu, non pas elle, 00 Ce salut mutuel qui vous met en ceruelle, laçoit qu'à la fenêtre accourue, où soudain Au lieu d'humilité, vn modeste dédain 3 Luy donne désormais le congé sans mot dire. Telle cupidité réduite à mon empire.

LE COMTE

Tant mieux, le ciel m'exauce en ce triomfe acquis, 6 A qui plus qu'vn seul point de manque n'est requis,

LE MARQVIS.

Hé quel mon bon amy?

LE COMTE

L'absence quelque espace D'vn object qui le feu remettroit en la glace, 9 D'vn œil contagieux plein de charmans appas, Le malade affermy n'agueres sur ses pas. Au plus petit excez dispensé, recidiue, 12 Ne luy affrontez donc l'âme si maladiue.

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