‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 148 sur 242 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

SECOND VOLEVR, PREMIER VOLEVR, GESIPPE.

SECOND VOLEVR.

97 /~^E seroit scrupuleux, trop lourdement méprendre, I / De négliger les biens qui ne coûtent qu'à prendre, ^"^ De ne faire la part au plus ieune, où tu vois

00 Mille riches ioyaux exposez à ton chois,

Ton compagnon nouice aux affaires du monde. Se contentera bien que son gain te seconde, 3 D'auoir tes demeurans, mais de sorte lotis, D'vne dextérité si subtile assortis.

Que Mome arbitre éleu n'y trouue que redire, 6 Et que ma ruse icy le contraindroit d'en rire, Quantàces beauxcarquans, chef-d'œuure industrieux, [360] Qui rauissent, du lustre, vne ame par les yeux, 9 Mon homme n'en doit rien prétendre dauantage, C'est moy qui me les donne à moy seul sans partage, Vn argent monnoyé me duit encor aussi,

12 Que mes menus plaisirs leuent exprez icy. Ce bracelet tout propre à faire vne maîtresse, Pour venir en mon bras sortira de la presse,

15 II suffit, le surplus auec égalité

Témoigne en son endroit de ma fidélité, Et ores qu'il conçeut aucune deffiance,

18 le sçay venir à bout de son impatience:

Mes sermens coûtumiers redoublez: mais voicy Le rustre de retour qui s'achemine icy,

21 C'est luy-même pressé, soufflant à grosse alaine, Comme vn cerf qui son fort peut regaigner à peine, Sans doute le Preuost sur nos erres suyuant,

24 L'aura contraint de fuir & gaigner le deuant.

PREMIER VOLEVR.

Où es-tu compagnon? parle, parle, rasseure

Vn qui n'estime plus cette cauerne seure, 27 Qui de crainte ne peut reprendre ses esprits,

Qui s'est veu mille fois par la iustice pris,

Couru ne plus ne moins qu'en la rase campagne 30 Vn liéure que la mort chaque pas accompagne.

Mon courage m'a presque en ce dernier assaut [361]

De la prison produit à vn étrange saut: 33 Or sus, sus sans discours & sans plus longue enquête,

Afin qu'on pare mieux a ce coup de tempête,

Apporte la curée, apporte la premier 36 Qu'odorez du Preuost redoutable limier.

On demeure engloutis en sa trappe mortelle,

le ne sçache au péril qui presse, ruse telle 39 Que de se séparer ayans chacun sa part,

Nôtre salut consiste en ce soudain départ.

SECOND VOLEVR.

Tu prens à son vray point l'affaire proposée, 42 Vne mire sur deux est beaucoup plus aisée: Quant à nos portions, égales tu les vois De la pure équité soumises à ton chois, 45 Plutôt que contester adioûte à l'vne prise Tout ce qu'en l'autre plus ton affection prise; L'auarice iamais ne fe:a qu'auec toy, 48 l'vse soit de dispute ou de mauuaise foy.

PREMIER VOLKVR.

A d'autres, ne présume ame lâche & perfide, Harpie du labeur de tes pareils auide, 51 Ne me pense éblouir les yeux du iugement, Certains meubles exquis butinez largement Disparoissent icy, ton auare malice 54 Auroit beau retiuer, auroit beau fuir la lice; Restitue, au refus de ne mieux partager. Apres qu'il se faut batre, il faut s'entr'égorger.

SECOND VOLEVR. [362]

57 Ta, menace friuole est de nul éficace,

Ne fera qu'vne chose impossible ie face,

En te restituant ce qui ne fut iamais, 60 Ce que dans le cerueau mal timbré tu te mets.

198 GESIPPE. V. 1261-96.

PREMIER VOLEVR.

M'iniurier après vn vol si manifeste, Tu en mourras, ce coup va ioûer de mon reste, 63 Va punir vn parjure ores plus qu'éuident, Ma perte ne se tient qu'heureuse te perdant. SECOND VOLEVR.

0 monstre furieux, tu as donc sur ma vie 66 Ta rage de vengeance à cette heure assouuie: Mais les Dieux reclamez, iustes, ne lairront pas, Quoy qu'enuers eux coupable, irapuny mon trépas.

GESIPPE.

69 Desistez-vous, enfans, d'vne horrible manie

Que n'exercent contr'eux les tygres d'Hyrcanie,

Mon entremise s'offre à vider ce débat. PREMIER VOLEVR. 72 Quel infernal démon se présente au combat,

Fuy malheureux, n'atten que sa force absolue

Du cors démembré tire vne ame si poluë, 75 Fuy, fuy, souffre plutôt le supplice honteux.

Que demeurer en proye a ce spectre impiteux.

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