V. 670—712. TRAGEDIE
Chez le vaincœur, frustrez quand a l'autre espérance,
Capture qui n'aura nulle difficulté, 72 Qu'aucun péril ne suit du dessein résulté,
Veu que ce Roy chetif, orphelin de noblesse,
Nous demeurons plus forts en nombre & en prouesse. 75 Tu hésites, regarde ou a franchir ce saut.
Ou à ne m'engager si le courage faut.
NABARZANE.
Tu le tiens enchaîne' que ton exemple anime,
78 Exemple sur tous ceux du monde magnanime : Qui pourroit néanmoins induire par douceur Ce defortuné Prince, est le chemin plus seur,
81 L'induire à déposer sa couronne affligée
Chez ta fidélité de la rendre obligée, [34]
Alors que tu aurois remis sus, valeureux,
84 L'Empire périssant des Perses malheureux.
Possible, que sçait-on, les misères souffertes, Luy feront accepter ces pactions offertes.
87 Toy placé dans le thrône, adonc sans doute exclus, Entre nous separable il n'y remonte plus. Que si l'orgueil chez luy repousse ma prière,
90 Donnons à la vindicte vne juste carrière.
BESSE
Tu pourrois transporter la terre dans les cieux, Auant qu'il séquestrât vn bien si précieux, 93 N'imprime en ton cerueau semblable fantaisie, Le plaisir de régner seule est vraye ambrosie Qui repaît lupiter entre les immortels, 96 Rend ces effets icy, chez les Monarques, tels, L'ardante affection vouée au diadème.
N'abandonne les Roys dans le sépulcre même, 99 Tous ils perdront plutôt la lumière du iour, Que de diminuer cet idolâtre amour, loint que qui luy fera du propos ouuerture, 2 Court vne périlleuse & funeste auanture.
NABARZANE. [35]
N'importe, autre que moy sous vn appas flatteur. Qui s'accommode au tans n'en sera l'orateur, 5 Sans te nommer, afin que sa colère éprise, Tu puisses m'adoucir blâmant cette entreprise, Que ta feinte le tienne aux altères tousiours, 8 Sus passons a l'effet, voila trop de discours. L'heure presse, d'autant que le conseil s'assemble. Où chacun a son tour dit ce que bon luy semble.
BESSE
11 Allons, tout m'est possible auec vn tel second, A qui i'espere voir vne couronne au front.
26 LA MORT DE DAIRE. v. 713—754.
DATEE, ARTABASE, NABARZANE, BESSE.
DAIRE
SI i'auoy compagnons de ma triste fortune Quelques timides cœurs de l'ignoble commune, Non ceux que la vertu, trop a ma volonté, D'vn courage se fit éprouuer indomté,
17 Mon dessein pancheroit maintenant à la fuite, Plutôt que derechef sous la même conduite, Ce qui reste d'espoir au combat bazarder,
20 Qu'vne promte victoire ou la mort demander, La Bactriane peut nous seruir de retraite : Mais ô la couardise, ô l'erreur indiscrette,
23 Ce n'est que son lien traîner honteusement. Il faut vaincre ou mourir tous glorieusement. Ceux à qui mes malheurs n'éteignent l'espérance,
26 N'ont besoin de discours qui rendent l'asseurance. Véritables amis que nôtre affliction.
Ne fait que renflamer de pure affection,
29 Inuincibles restez aux fatigues souffertes. Et dont la seule foy recompense mes pertes. Or fuir comme banny plus long-tans mon destin,
32 Douant vn ennemy qui gorgé de butin.
N'a plus cette vigueur a vaincre coûtumiere, [37]
Non, la Perse remise en sa gloire première,
35 Aujourd'huy me verra le laurier sur le front. Où vn braue trépas me guarantit d'affront. Ou bien chers compagnons, ou bien vaillantes âmes,
38 De qui le los atteint iusqu'aux célestes fiâmes. Ma misère finie, vn Roy moins malheureux. Vous reçoit guerdonnez d'Achates valeureux.
41 Toutefois Alexandre a tenu la fortune, Plus que ne le permet sa demeure commune, Elle luy donnera quelque étrange reuers,
44 Si qu'vn joyeux printans bornera nos hyuers. Permettez-le immortels, & faites que i^ puisse. Dignement reconnoître vn fidelle seruice,
47 Et faites qu'à son tour l'oppresseur inhumain Eprouue vn châtiment reçeu de nôtre main. ARTABASE.
Vénérable Surjon du tronc Achsemenide,
50 Roy chez qui la vertu dans son temple préside, Puis que ce beau désir luy e'chauffe le sang, Plus braues, mieux armez, chacun selon le rang,
53 Nous suyuon nôtre Prince à ce combat, de sorte Qu'ariuant la victoire vn laurier on ra^^porte.