‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 186 sur 242 · V. 1313-56. TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 1313-56. TRAGI-COMEDIE

Chacun court du vaincœur adorer la fortune,

14 Chacun à qui mieux mieux sa faueur importune, Nos plus fortes Citez se rendent sans effort, Bref l'ennemy dispose & de nous & du sort,

17 Nuls voisins, allez n'osent leuer la tête, lusqu'en Tâme glacez à ce coup de tempête, Tousiours l'aduersité pareils effets produit,

20 Hôtesse de quelqu'vn tout le monde le fuit, [449]

L'auoir sans plus conçeu semble vn forfait extrême, Sa misère le rend odieux à soj-même,

23 Que si le Ciel fumant d'implacable courons. Aucun fidelle encor me conserue entre vous. Si les afflictions qui m'oppriment sans nombre,

2G Me reseruent parmy leur obscurité sombre, Vn courage sensible, vn courage éprouué, Courage a la coupelle excellent approuué,

29 Par les Dieux immortels mon recours, ie l'adiure, le l'atteste à vouloir d'vne affection pure Nous dire franchement ce qu'il iuge pouuoir

32 Au naufrage prochain de l'Empire pouruoir.

DIOMEDE.

Le médecin vieilly dedans l'expérience.

N'employé volontit-rs sa diuine science 35 Desëur ces langoureux qui tremblent défians,

Chaque parole en luy, chaque geste épians,

Qui croyent que la parque en aura fait élite, 38 Pour auancer leurs iours comme d'vn satellite,

A son exemple, Sire, auec iuste raison

Le silence demeure en si rude saison, 41 Chez ceux à qui parler d'ame ouuerte & hardie,

Attache le soupçon de quelque perfidie,

Ainsi nuire à soy-même & ne rien pvoufiter, 44 Fait nos opinions muettes hésiter.

COTYS. [450]

Ma parole donnée ôte vn voile de crainte. Chacun donc son auis profère sans contrainte, 47 Qui n'allégeant mes maux ne les empirera. Car après, l'option libre demeurera.

BURISTENE.

S'obtenir quelque tréue importe nécessaire, 50 A relâcher l'effort du puissant aduersaire, A soupirer vn peu sous les trauaux souffers, Nos captifs retirez de l'opprobre des fers, 53 Nos anciens amis desquels plus on espère, Et dessur qui resuite vn commun vitupère, D'assistance requis vne dernière fois, 50 Creu, ce sont les moyens qu'ores tu tenterois.

Hardy, IV. 16

244 PHRAARTE. v. 1357—95.

COTYS.

Ce superbe lyon qui sçait son auantage, Recherché ne feroit que s'enfler d'auantage, 59 Et son refus certain, mais que veulent ceux-cy Saisis d'vn prisonnier qu'ils ameinent icy?

TROVPE DE SOLDATS THRACIENS.

Hors la ville posez sur la propre auenuë, 62 Par où de nos soldats la fuite continue

Passe vers l'ennemy, Sire, nous auons pris

Ce rustre qui sans doute a le même entrexms, 65 Qui se maintient porteur, ridicule finesse,

D'vn paquet qu'à son maître enuoye la Princesse,

Son maître Caualier, qui grec de nation 68 Augmente grandement nôtre suspition,

Doncques appréhendé sur telle coniecture, [451]

Sans vouloir du paquet premiers faire ouuerture, 71 Ta Majesté pourra l'informer plus auant,

Nous du deuoir commis quites d'or'enauant.

COTYS.

Ma fille à mon deçeu, si simple, si craintiue, 74 S'émanciper d'écrire vue lettre furtiue? Ouy, ie la connoy trop écritte de sa main, Las me seroit le Ciel tellement inhumain, 77 Qu'au desastre public s'adioûte ma famille, Que mon honneur se perde en celuy de ma fille? Retirez vous soldats, toy vien me libérer 80 D'vn doute qui me fuit confus désespérer, Mais à condition que le moindre mensonge, Dans vn horrible enfer de tortures te plonge, 83 Et qu'oii tu n'iras point contre la vérité, Mon courons lâchera de sa seuerité.

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