‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 207 sur 242 · V. 554-86. PASTORALE · texte numérisé non relu

V. 554-86. PASTORALE

SATYRE

Et ie commence aussi de me lasser.

CLITIE.

55 Mon père veut, aueuglé d'auarice,

Que mon amour, que ma foy ie trahisse,

L'impitoyable hier sans m'auertir, 58 A vn époux osa m'assujettir,

M'assujetir de promesse auancée,

Que ie serois dés demain fiancée, 61 Que dés demain mon mortel ennemy

Consommeroit Thymenée à demy.

SATYRE

Te ne suis pas (ioye qui me surmonte) 64 Celuy que plus elle hait a ce conte.

MELICE.

Quel ennemy.

CLITIE.

Vn Atys que mes yeux Fuyent autant que l'aspic odieux, 67 Fuyent autant qu'ils désirent Cephée.

SATYRE

Heureux berger qu'ayuie vne telle fée.

ilELICE.

Comment sçais-tu qu'il t'a promise ainsi?

CLITIE.

70 Comme tu sçais que le iour luit icy, N'aguere a part en secret appelée, Luy même m'a l'aftaire descelée, 73 La bouche clos qui pensoy répliquer. Qui desiroy sa clémence inuoquer,

SATYRE

Adieu l'espoir qui me flattoit encore.

MELICE. - 76 Mais quel refuge après ce marché clorre? Apres l'arrêt d'vn père prononcé.

CLITIE.

le n'ay pourtant à la foy renoncé, 79 Du desespoir ie suppose, inuentiue, Vn seul moyen de surgir à la ri ne, Toy m'assistant, toy me tendant la main, 82 Vn Dieu plus fort leur trauail fera vain, l'échaperay ce violent seruage,

l'échapperay ce funeste veufuage. [514]

SATYRE

85 Prêtons l'oreille, attentif, que sçait-on Que nous pourroit garder l'occasion.

278 LE TRIOMFE D'AMOA^R. v. 587-624.

MELICE.

Tienne du tout, commande, ie suis prête 88 D'y bazarder mon honneur & ma tête. CLITIE.

Voy que d'aucun ne soyons épiez.

SATYRE

Dieux, de frayeur ie tremble sur les pieds. MELICE.

91 Dy franchement car il n'y a personne. SATYRE, le n'y suis pas, que rien on ne soupçonne:

CLITJE.

Mon cher soûlas, mon azile, mon cœur, 94 Trouue Cephée, & si son feu mocqueur Ne ma deçeuë, en ce danger le somme, Qu'au beau milieu de la nuit & du somme, 97 A pas larrons coulé iusques chez nous. Il me confère vn office d'époux.

Sous la faueur des ténèbres m'enléue, 00 M'ôte les fers d'vne prison si griéue. Sur peine à luy paresseux d'encourir Vn nom parjure en me faisant mourir, 3 Sur peine à luy de voir, l'aube venue, De ses labeurs la moisson préuenuë, Clitie es bras d'vn riual délaisser [515]

6 Sa fleur pudique auant que trépasser; Va mon support, cette humeur magnanime Ne souffrira iaraais que l'on m'opprime, 9 Et l'hymenée entre nous célébré.

Entier après ne sera démembré, Nous primerons l'iniure, la eau telle 12 Des astres fiers & de la parentelle:

SATYRE

Elle dit vray, les parens opposez Depuis le fait se réduisent aisez, 15 Depuis qu'on a rapporté l'androgine, Le mariage est seule médecine.

MELICE.

Tu cours de l'vne à l'autre extrémité, 18 Car s'appuyer de sa pudicité

Sur les sermens d'vne ame langoureuse.

Sur les brandons d'vne flame amoureuse, 21 Croire ta fleur cueillie à peu de coût, (Comme il auient) n'engendrer vn dégoût, Certes pour toy le péril m'épouuante.

SATYRE

24 Que cette-cy au métier est sçauante.

Page 1