‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 227 sur 242 · V. 1679—1710. PASTORALE · texte numérisé non relu

V. 1679—1710. PASTORALE

CLITIE.

As-tu l'esprit rassis de me penser 80 A ton amour par la prison forcer,

Qui t'ay connu depuis vne iournée,

Trop tôt helas! trop tôt infortunée, 83 Oblige moy d'vn honnête congé,

Apres vn iour quand i'y auray songé,

Si de seruir tu persistes fidelle, 86 On te pay'ra dVne ardeur mutuelle,

Les amitiez en la sorte se font,

La glace ainsi d'vne dame se fond.

SECOND SATYRE

89 Quitter exprez le bien que l'on possède Pour le plorer, d'vu ignare procède, Deuine vn peu qu'il me feroit beau voir,

92 Sur ta beauté n'vsant de mon pouuoir.

CLITIE. [570]

Las & tu dis haïr la violence.

SECOND SATYRE

Ecoute vn mot qui t'impose silence.

CLITIE.

95 Sourde, tu pers ta peine de parler, le n'enten point ce qui tend à soûler De mon honneur ta luxure affamée, 98 le veux mourir, ains qu'être diffamée.

SECOND SATYRE

Pan m'extermine, & ma punition Passe aux enfers la roue d'Ixion.

CLITIE.

1 Pareil serment les parjures anime, Pour porter tous impunément ce crime.

SECOND SATYRE

Tant de douceur, tant de facilité 4 Que tu voudras, i'ay vn but limité.

CLITIE.

0 désastreuse, ô déplorable fille, 0 deshonneur fatal de ta famille.

SECOND SATYRE

7 Console toy t'accommodant au sort.

CLITIE.

Console moy d'vne agréable mort.

SECOND SATYRE

Il n'en meurt point de cette maladie, 10 Car qui soudain la cause y remédie.

810 LE ÏRIOMFE D'AMOVR. v. 1711-52.

Satyre, au moins permettras- tu, clément, Vn vœu parfait de trois iours seulement.

SECOND SATYRE

13 A qui ce vœu?

CLITIE.

A la chaste Lucine, Pour deliurer ma première gesine, Couplés au ioug de l'hymen à venir.

SECOND SATYRE

16 Quoy qu'impuissant de me plus contenir,

Va ie le veux, i'accorde ta requête,

Et de ce pas me vay ietter en quête, 19 Prendre à la course vn cheureuil où vn daim

Mets familiers qui étanchent ma faim,

Resioiiy-toy, au plus que d'vn quart d'heure, 22 Veneur expert, ie ne feray demeure.

CLITIE SEVLE.

Sorte des bois vn lyon furieux

Qui te deuore ô bouc luxurieux, 25 Qu'vn scorpion enuoyé de Diane

Te picque ainsi qu'Orion le profane.

Le tentateur de sa pudicité, 28 0 desespoir, ô dure aduersité,

Proye exposée a sa force brigande,

Espereroy-ie vne grâce plus grande, 31 Que le naufrage annoncé de l'honneur?

Eussé-ie au moins d'expirer le bon-heur,

Eussé-ie au moins au lieu de prisonnière [572]

34 Vn précipice, vne creuse riuiere

Où s'éteignit ma vie & mon tourment,

Où ma pudeur trouuât son monument.

37 Triste Cephée, helas! helas qu'encore

L'état cruel où tu es ie déplore.

Pressé d'ennuis, soucieux, désolé, 40 Courant après ton cœur qu'on a volé,

Outre l'assaut d'vne crainte ialouse

Que l'adultère attente à ton épouse; 43 Plaindroy-ie point aussi mon géniteur?

le le plain moins de ce dommage auteur,

le le plain moins qui cause inexorable, 46 De mon plus cher la perte ii réparable;

Et toutesfois sa saine intention,

Mérite helas! trop de compassion, 49 II me cuidoit rendre riche & contente,

Qu'est-ce que l'or contagieux ne tente?

Ah doux regrets, si vous duriez tousiours 52 lusqu'à la fin de mes pudiques iours.

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