PREMIER SATYRE, SECOND SATYRE
PREMIER SATYRE
D'Aise rauy, te voyant, ie ressemble Le fan auquel sa mère se rassemble, Vn long espace après que le veneur De leur butin se promettoit l'honneur:
15 Demande aux bois d'alentour, aux fontaines, Aux prez fleuris, aux montagnes, aux plaines, De quel désir d'ardente affection 18 le te cherchoy sorty d'affliction,
Pour confronter chacun son auanture.
Depuis ce rapt dont encores i'endure.
SECOND SATYRE
21 A la bonne heure, il m'en a pris ainsi.
N'ayant non plus donné trêue au soucy,
Inquiète' du sort de ta fortune, 24 Que de son cœur ie souhaitoy commune.
Où est la nymphe?
SECOND SATYRE
Hors de nôtre pouuoir? *
PREMIER SATYRE. [591
Tu fais mon sang dans les veines mouuoir, 27 Auec licence ou de ruse échappée?
SECOND SATYRE
Plus fin que nous nôtre attente a trompée, De nos filets a retiré l'oyseau, 30 M'a du gosier arraché le morceau.
PREMIER SATYRE
Possible afin de me faire débattre?
SECOND SATYRE
Non, ou la mort puisse à tes pieds m'abbatre.
PREMIER SATYRE
33 Mauuais Argus, peu soigneux gardien. Ta négligence a donc perdu ce bien, Ce bien acquis au péril de ma vie, 36 Presque n'aguere a son suiet rauie.
SECOND SATYRE
Tu changeras d'opinion, voyant Où ie l'auois recluse, préuoyant, 39 Lieu détourné du commerce des hommes.
PREMIER SATYRE
Helas, helaa qu'infortunez nous sommes!
322 LE TRIOMFE D^AMOVR. v. 2141— 78.
Et moy chetif, & moy par dessur tous, 42 Confus de honte & assommé de coups. SECOND SATYRE, le ne croy pas que la troupe infernale Ne l'ait sauuée a nos amours fatale.
45 Comment cela?
SECOND SATYRE
Adresse ny sentier
Petit qui soit ne guide en ce quartier,
Vn roc voûté de la main de nature, 48 Large d'espace, étroit à l'ouuerture,
La receloit, qu'éperonné de faim,
Que courroucé de son rogue dédain, 51 Contre l'issue vne pierre ie roule.
Force branchage auec les pieds ie foule,
Adjoûte après des halliers épineux, 54 Tant que Phœbus de son trait lumineux
N'eût pénétré l'obscurité profonde.
Et néanmoins (ô malice du monde) 57 A mon retour de la quête deçeu,
l'ay des prisons la rupture apperçeu,
Trouué le nid vuide de sa nichée, 60 Prêt d'aualer i'ay perdu la bêchée,
l'ay veu tarir parauant le ruisseau.
Que de goûter, altéré, de son eau.
PREMIER SATYRE
63 Malheur étrange, accident incroyable,
Qu'à ses clameurs tellement pitoyable,
Tu n'as osé, scrupuleux, en jouir, 66 Ce beau bouton si rare épanouir,
Peu se seroient modérez de la sorte.
SECOND SATYRE
Qu'vn tourbillon dans l'erebe m'emporte, 69 Creue ses flancs, la terre sous mes pieds, lupin vengeur des fausses amitiez, Lance a deux mains vn foudre sur ma tête, 72 Si i'ay passé à sa chaste conquête. PREMIER SATYRE.
Soit, ie te croy, n'en veuille plus iurer. SECOND SATYRE.
l'aymerois mieux mille morts endurer 75 Que te mentir d'vne seule parole, La perte donc égale te console.
PREMIER SATYRE
Bien au contraire, il me déplaît assez 78 Nos labeurs n'être en l'vn récompensez,