V.987— 1028. TRAGEDIE
87 Ah japerçoy venir, comme mandez exprez, Ces lions, qui repris, nous asseurent aprez, Fay ou'vne feinte ioye affirme ta parole.
90 Bonne nouuelle, amis, sur ce suiet friuole, Nôtre clément Monarque a perdu son courous. Plus gaillard que iamais, plus accessible à tous,
93 Qui sage reconnoit qu'en l'oftence passée,
La langue (erreur fréquent) preuenoit la pensée, Exemplaire bonté, capable d'émouuoir,
96 Et remettre chacun sous le joug du deuoir.
BESSE
Deuers sa majesté ce seul suiet nous meine, Nabarzane résout de subir telle peine, 99 Que son ire voudroit, équitable, imposer, Plutôt que repentant, ores ne l'appaiser.
NABARZANE.
Les Dieux me sont témoins, que la bouche indiscrette, 2 Depuis cent mille fois se désire muette. Que l'âme pénitente en a versé des pleurs, Ains que du souuenir à toute heure ie meurs. [50]
5 Qui veux désespéré ne plus voir la lumière, Si sa grâce me nie vne faueur première. Ah confus, j'aperçoy ce bon Prince venir, 8 Va ma remission, cher Besse, m'obtenir.
BESSE
Monarque aussi clément que sage & magnanime,
Exorable, pardonne vn téméraire crime, 11 Qui prosterne l'auteur à ces sacrez genous,
Résolu de finir sa vie ou ton courous,
A qui le repentir témoigné par les larmes, 14 (Vers les Dieux oftencez nos plus puissantes armes)
Te requiert vn oubly gênerai du passé,
Ainsi rens-tu la vie à ce cors trépassé, 17 Quelque enuieux flatteur possible s'y oppose: Mais que ta Majesté sur ma foy se repose,
Qui le luy guarantit, chaste d'affection, 20 Dont le propos n'eut onc mauuaise intention.
DAIRE
Orosmade ce Dieu qui me fît son image, A qui rendent mes vœux vn principal hommage, 23 M'apprend que la vertu qui décore les Roys, Consiste à pardonner, bénins, autant de fois Que le coupable vient reconnoître sa faute, 26 Et i'atteste, fléchy, cette deïté haute, Ne me ressouuenir de Finiure iamais, Pourueu que tel errem* n'auienne désormais. [51J
NABARZANE.
29 Plutôt ce ronge éclat que lupiter desserre, Ardent me précipite anx gouffres de la terre, Plutôt qu'oncqnes ingrat à si grande bonté
32 Mes désirs prennent loy que de ta volonté, M'extermine le Ciel qui connoît mon courage Ne respirer sinon le martial orage,
35 Où sa fidélité se veut iustifier,
Et ma vie à tes pieds humble sacrifier.
BESSE
Pardonne, grand Monarque, à Taffection sainte, 38 Qui de mes pleurs icy fait vne tiède éprainte, Geste peu conuenable à l'homme généreux : Mais vn ressentiment de pouuoir trop heureux 41 Dans l'Elyse rentrer que nous ouure ta grâce, Feroit le même efl:ét chez vne ame de glace. Or afin que tu sois contre tous ennemis, 44 Chez tes plus affectez en sauue-garde mis, Nous allons nos soldats approcher de ta tente, A qui le combat donne vne pénible attente.