V. 1066-1103. TRAGEDIE
Donc, sans plus consulter, vsez des grecques armes : [53] Aussi tôt que ce bruit par l'armée épandu, 68 Les Perses vous suyuront a l'âzile rendu, Hors de péril adonc, la retraite commune Se résoudra selon le présent infortune.
DAIRE
71 Mon esprit en cent parts contraires diuisé. Ne sçait comment éteindre vn discord attisé, Et mon meilleur, helas, seroit de ne plus être,
74 Si mal-voulu des miens, si misérable maître. Ce bras assez hardy m'auançeroit la mort. Mais tel acte messied k vn courage fort,
77 Quelqu'autre le tre'pas innocemment me donne. Plutôt qu'à ce besoin conducteur i'abandonne Ceux que ne me sépare aucune affliction,
80 Ceux de qui l'amitié n'a point de fiction, Tu en es le Soleil, Artabase fidelle, Sus,reçoym'embrassant, pour mémoire immortelle,
83 Vne faueur dernière acquise à ta vertu: Ma constance défaut, le courage abbatu A vn torrent de pleurs, qui débonde, fait place,
86 Eunuques, que ce deuil ne paroisse en la face, Couuert, emportez-moy dans la tente gémir, Que ne puis-ie en ces bras ma triste âme vomir. ARTABASE seul.
89 0 spectacle piteux, qui d'horreur me dérobe,
Et le sens & la voix, immobile Niobe; [54]
Pauure Prince qu'aueugle vne fatalité,
92 Où te cours-tu soumettre? à la brutalité Des pires assassins que la terre soutienne, Des plus dissimulez que son globe contienne,
95 Où te cours-tu plonger, dans ce gouôVe béant, D'vn salubre conseil diuerty pour néant, Ta misère à ce coup n'a plus, désespérée
98 Que la mort qui la puisse alléger, endurée, Nous chetifs dispersez comme brebis, alors Que deux loups du pasteur vont démembrer le cors.