SCENE L
L'OMBRE DE PARMENION.
MOnarque de qui l'heur fut égal au courage, Les Dieux veulent punir l'intolérable outrage
5 De ton ambition, qui brasier deuorant, Va rVniuers conquis, à leur thrône aspirant.
Cesse d'imaginer que la bonne fortune [80]
6 T'affranchisse, immortel, de cette loy commune Qui court sur les humains suiets à même sort Et que reçoit Charon pêle-mêle à vn port.
9 Ces lauriers infinis qui t'ombragent la tête, Accroissent à Cloton l'honneur de ta conquête, Mais n'accuse, orgueilleux, qu'vne témérité
12 Du cours entre-rompu de ta prospérité. Tu te rendis le Ciel infléchible dés l'heure, (Las au ressouuenir ombre encore ie pleure)
15 Que seigneur absolu de mille nations. Tu restas néanmoins serf de tes passions, lusques à dédaigner vn Philippe pour père,
18 T'estimant fils du Dieu qui le monde tempère, lusques à t'enyurer du venin des flatteurs, Ains du sang de ceux-là chez qui, vieux seruiteurs,
21 Ta présomption fut à bon droit reprouuée. Ta nouueauté de mœurs sans excuse trouuée: Dés-lors, certes, dés-lors tu deuins de bon Roy,
24 Tyran qui plante aux siens la hayne auec l'effroy, Clyte ce preux vieillard à qui tu dois la vie. Premier à ta vengeance adonc plus qu'assouuie:
27 Hé que n'a point souffert Calystene depuis. Vif reclus en l'horreur des infernales nuits? Le sage Calystene à qui nulle autre offence,
30 Qu'auoir, inexpugnable, entrepris la deffence De la liberté grecque en ne t'adorant pas. Immortel de renom ne coûta le trépas?
33 Pourquoy chercher ailleurs vne preuue plus ample, [81] De ton ingratitude vn plus cruel exemple. Que sur ma propre race, & sur moy malheureux,
36 De trois enians les deux tombèrent, valeureux,