‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 42 sur 242 · V. 121—162. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 121—162. TRAGEDIE

Combien ce repentir m'afflige depuis l'heure, Voire & m'affligera iusqu'à tant que ie meure, 23 On ne le croiroit pas, faire place au courous Vaut pis que rencontrer en face vn lion rous.

PERDICE. [85]

Sire, ce coup d'état chez l'Europe allarmée, 26 Apporta plus d'effet qu'vne nombreuse armée, Thebes, digne exemplaire en sa destruction, Retint les Grecs au joug de la sujétion, 29 D'vn gênerai reuolte elle éteignit les fiâmes Couuées vn long siècle en ces ingrates âmes, Sa ruine ietta les fermes fondemens 32 D'vne grandeur en qui leur espoir tu démens. Tu fis de médecin le sage ministère, ^ Qui troncque vne partie ains que l'autre s'altère: 35 Celuy mal auisé ne régne qu'à demy.

Qui se rend par douceur mépris de l'ennemy.

l'atteste, lupiter, ta puissance infinie, 38 Mes desseins ne butter qu'à faire vne armonie Des peuples de la terre vnis sous mêmes loix, Et qu'onc la cruauté n'inspira mes explois, 41 Vaincœur aussi clément comme âpre à la victoire, Nulle tâche ne peut obscurcir ma mémoire. Tâche de violence expresse, que l'erreur 44 N'extorquât ainsi qu'homme à ma juste fureur.

ANTIGONE

En cela parois-tu mériter, magnanime,

Du monde assuietty le sceptre légitime, 47 En cela lupiter vénérable aux mortels.

S'obtint premièrement l'honneur de mille autels.

Car sa bonté vers eux précède la puissance, [86]

50 Et quiconque a les cœurs en son obéissance.

Tirez par l'ameçon d'vn traitement humain.

Par les bien-faits charmeurs conférez de sa main, 53 Celuy sans doute fonde vn règne de durée.

Sa grandeur sans le ter n'est que trop assurée,

Outre l'éternité du renom précieux, 56 Vne place là haut l'attend dedans les cieux.

0 fidelle conseil digne de qui le donne. Digne du double appuy qui soutient ma couronne, 59 Ne s'impute mon heur au nombre des lauriers. Vous en estes le lustre inuincibles guerriers Que la vertu conçeut, que redoute le vice, 62 Et qui de père en fils venus à mon seruice, Hardy, IV. i

52 ALEXANDRE. v. 163-195.

Capables, ne pouuez espérer après moy, Moins que chacun le titre & la place de Roy.

65 Or le cours diuerty de ces graues pensées, Noyon dans l'heur présent les fatigues passées, Qu'allaigres on s'apprête à dépouiller les fruis,

68 Es campagnes de Mars péniblement produis, Que du riche butin que l'vniuers nous donne : Mais vn vieil étranger me désire en personne

71 Par les gardes conduit, l'œil fixe dessus moy: Et bien desires-tu quelque chose du Roy?

MAGE

Ouy, que ta Maiesté à course précipite 74 Fuye de Babilon la demeure maudite, [87]

Qu'elle tourne le dos au lieu de son destin, A ce lieu qui luy tend vn piège clandestin, 77 Préuau toy, fils d'Ammon, d'vn auis prophétique Ores que tu le peux, contre le sort inique.

ALEXANDRE, l'aprouue en ce regard ton fidelle deuoir, 80 Mais qui t'a du futur concédé le sçauoir?

MAGE

Vn art que pratiqua Zoroastre, m'inspire Que le vaincœur du monde en Babilone expire. ALEXANDRE.

83 Tu serois donc de ceux qui, mages reuerez, Président l'auenir, d'oracles asseurez.

MAGE

Telle profession, quoy qu'indigne, m'honore, 86 Qui voy ton Orient sur le point de se clore.

Si la parque a prescrit le terme de mes iours, Son dard en tous endroits m'assénera tousiours.

MAGE

89 Esquiue seulement cette ville funeste, Et l'âge d'vn Nestor à suruiure te reste. La peur incompatible à mon los, ne veut pas 92 Que sur aucun suiet ie recule d'vn pas.

MAGE. [88

Qui peut fuir son malheur & ne le daigne faire. N'est pas tant courageux, comme il est téméraire.

95 Craignent, craignent la mort ceux de qui le tombeau

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