‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 54 sur 242 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ROXANE, ALEXANDRE, TIEDIE.

ROXANE

47 n\/rA supi^lication présentée à genoux,

I Y I Ne tend qu'à conseruer la vie à mon époux : Aumoins si sa grandeur de tel titre m'honore, 50 Grandeur que l'vniuers, incomparable, adore.

Grandeur que ie conjure à cette heure, vouloir

Les auis du destin ne mettre à non-chaloir, 53 Auis réitérez d'augures sur augures,

De signes messagers d'infortunes futures.

Que le Ciel icy bas enuoye, désireux 56 De ne rauir encor vn Phœnix valeureux :

Ah certes voilà trop se permettre, incrédule,

Tels oracles receus, vn mépris ridicule: 59 Pren que le los aquis ne sympatise pas

A fuir aucunement vn visible trépas,

En qualité de Roy qui tires, enchaînée, 62 Du monde assuietty l'entière destinée :

Tu dois, helas tu dois à ton courage ôter, [114J

Ce que père commun tu luy sçais profiter. 65 Ainsi le bon Pilote au fort d^ la tempête.

Craint pour les passagers, non pour sa propre tête,

Et regaigne le port plutôt qu'il ne fer oit, 68 Si de sa seule vie vn hazard s'encouroit : Ainsi ta Majesté, Babilone éloignée,

A nôtre sauueté doit la sienne épargnée, 71 Sauueté qui m'importe encore plus qu'à tous.

Me conseruant vn père, vn Prince & vn Epoux.

N'afflige ton esprit de ce soin, ma hnniere, 74 Phœbus n'accomplira sa seconde carrière. Que ta charmeuse voix me trouue obéissant, Hardy IV. 5

68 ALEXANDRE. v. 776-818.

Ce qu'à peine obtiendroit lupiter tout-puissant, 77 le croiray ton auis, Roxane, à qui mon ame

Donne la primauté d'vne iugale flame,

Ouy, mon honneur deffere à ton feruent amour, 80 L'échange de la ville à quelqu'autre séjour :

Quoy que l'homme n'ait point de retraite asseurée,

Contre le dard brandy d'Atrope colerée, 8 3 Dard qui pénètre tout, qu'elle tire à clos yeux

Sans faillir, nonobstant la distance des lieux.

ROXANE

Ces heraus du destin qui désignent la place, 86 Présuposent qu'ailleurs n'auiendroit sa menace.

Le superstitieux trouue à craindre par tout, Ixion qui iamais ne demeure debout, 89 Que poursuit (la fuyant) sa torture éternelle, A qui l'ame pâlit sans cesse, criminelle: Or moy que l'innocence asseure, doy-ie pas 92 Régler mes actions à vn autre compas ? Et croire que le Ciel, protecteur débonnaire, Ne me sçauroit nier son azile ordinaire, 95 Ou que le terme échcu, le terme de mes iours, La parque en toutes pars me trouuera tousiours. ROXANE.

A ce conte voilà ma prière éconduite, 98 Me voilà, désastreuse, au vefuage réduite, Qui me rendroit la mort agréable, sinon Ce fruit prêt à sortir, doux présent de lunon, 1 Que tu fais auorter inhumain, parricide, Possible autre Phœnix qui naitroit d'vn Alcide. 0 chetiue Roxane, ô que ton plus grand heur 4 Estoit de n'obtenir vn fête de grandeur, Précipice honteux qui cause ta ruine.

Et qui te dure moins, qu'au Soleil la bruine. ALEXANDRE.

7 Approche, qu'vn baiser appaise tes douleurs. Et reprime le flus de ces humides pleurs, Derechef, mon désir, ie te donne parole, 10 Que cédant quelque chose à ta crainte friuole, [116] Babilone dans peu nos pas n'imprimera.

Alors pourras tu bien croire qu'on t'aymera, 13 Sage d'expérience, alors pourras-tu dire

Que l'Empereur du monde est serf de ton empire. Que l'amour en tes yeux triomphe, mais voicy 16 Medie qui nous vient diuertir ce soucy, Son festin préparé n'attend que ma venue. Qu'au sortir, dans le lit ic te retrouue nuë.

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