‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 6 sur 242 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DAIRE, ARTABASE, MAS^E, BVBACE.

DAIRE

E Lambeau de l'Vniuers qui dessous ta tutelle, Comme plus reueré de la troupe immortelle, a Maintins si longuement les Perses valeureux :

Las peux-tu sans remors nous voir si mal-heureux ? Peux-tu voir vn Empire où ta grandeur s'adore, [''^J 6 Qui s'étendoit jadis du couchant à l'aurore, Perdre l'antique gloire, & courre le danger De l'opprobre honteux d'vn seruage étranger? 9 Dissipe, aime Soleil, dissipe l'entreprise De ce ieune insensé qui nos forces méprise. Qui semble disposer des armes & du sort, 12 Ineuitable foudre où tombe son effort. Patteste, Delien, ta flame vagabonde, Qu'vn désir de régner ou de plus viure au monde 15 Qui n'a plus rien pour moy d'agréable & de beau Ma compagne moitié hôtesse d'vn tombeau. Ne t'adresse ces vœux, rien que la seule enuie 18 De rendre aux miens, premier, la liberté rauie, De remettre l'Empire es mains d'vn successeur. Tel que ie le receus, aussi ample, aussi seur: 21 Nulle autre occasion (tu le sçais) ne m'anime A ce vœu raisonnable autant que magnanime; Choir après, ombre vaine, au nocturne séjour 24 Me contente, rejoint à l'aube de mon iour.

ARTABASE.

Que vostre Majesté rallume son courage En la gloire future après ce long orage, 27 Gloire d'auoir vaincu, tous les dars émoussez De l'aduerse fortune & des cieux courroucez; Plus le Pilot expert eut la tempête forte, 30 Plus, franchie, son art de louange rapporte.

Moindres malheurs ne sont soutenus sans effroy, Capables d'illustrer la constance d'vn Roy [3]

33 Qui reprime dans peu l'audace forcenée Du Corsaire étranger touchant sa destinée; En qui la violence espère le destin 36 De ces torrents qu'auorte & que perd vn matiiij

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