V. 1192—1236. TRAGEDIE
Adieu, vien derechef ton époux embrasser, 93 Qui mourant desourdit sa langoureuse trame: Or sus retire toy chère ame de mon ame, Perdice, ie la donne à ta protection, 96 Sur l'épreuue asseuré de ton affection,
Pren ce cachet aussi comme enseigne royale, Que la mienne resigne à ta dextre loyale. 99 Vous amis receuez de mandement dernier Ce que vôtre deuoir ne me sçauroit nier, Vne paix maintenue, vne concorde sainte, 2 Qui par l'anilntion ne se viole, enfreinte: Mon empire assez grand vous suffit, diuisé, Pourueu qu'à l'amiable on y ait auisé, 5 Et qu'aucun successeur de ma couche ne sorte:
Adieu l'orque béant m'ouure sa triste porte, [139] Adieu, viucz contens & heureux après moy, 8 Qui deuale, ombre vaine, en l'éternel effroy. ROXANE.
Atten braue héros ta Roxane fidelle, Pour ce petit moment ne te sépare d'elle, 11 Sa douleur la suffoque, & cette pâmoison. Nos âmes réunit qui sortent de prison.
PERDICE.
0 perte irréparable, ô Prince magnanime,
14 La mort chez toy commet vn sacrilège crime, Tes célestes vertus deussent, auec égard. Maintenant émousser la pointe de son dard,
17 Te deussent conseruer immortel à la terre. Lieutenant de ce Dieu qui lance le tonnerre: Mais premier qu'en ce deuil on s'embarque, courez
20 Eunuques & Roxane au besoin secourez. Qu'on l'aille mettre au lit, immobile restée, Desia plus que demie au bord acherontée :
23 0 inique fortune, ô astres trop malins. Qui nous faites de père & de Prince orfelins. ANTIGONE.' Puis espérez humains vn bon-heur de durée,
26 Vne grandeur qui soit icy bas asseurée, Présumez que tenir le monde sous vos loix, Que porter dans le Ciel vos belliqueux explois,
29 Obtienne de la parque vn moindre priuilége, Que le triste Minos ne vous cite à son siège. Erreur, énorme erreur, vertus ne royauté, [140]
32 Courage, extraction, richesses, ne beauté
Ne peuuent empêcher ce destin qui moissonne Les hommes iournaliers & n'excepte personne,
35 De la terre venus & en elle resous. Même sort à la fin leur est égal a tous;
82 ALEXANDRE. v. 1237—1264.
Epreuue trop cruelle, épreuue trop certaine, 38 Qui, ce Monarque éteint, rend nôtre attente vaine,
Qui nous priue d'vn Roy sans pareil désormais,
D'vn Roy que i'vniuers renomme à tout iamais, 41 D'vn Roy qui dans la tombe emporte nos courages,
D'vn Roy qui le Nestor mérita les trois âges,
D'vn Roy qu'on ne sçauroit dignement regretter, 44 Qui fit naître nôtre heur, & le fit auorter. PERDICE.
Tels regrets superflus deshonorent sa cendre,
loint qu'il faut au vouloir céleste condescendre, 47 Vouloir irreuocable, à qui le sens humain
Aueuglé du futur ne résiste qu'en vain:
Exemple si récent & si funeste, qu'ore 50 Vne tremeur s'imprime à qui le remémore. Babilone selon l'oracle des deuins,
Deuoit de ce grand Prince accomplir les destins, 53 Absenté plusieurs fois sa fatale demeure,
N'enpêche que chez elle, ô désastre,^ il ne meure.
Ainsi dessous les eaux frétille le poisson 56 Qui se prend, à la fin, du mortel ameçon.
Ainsi la mouche en fin voletante, n'éuade [141]
De l'araigne ocieuse, vne caute embuscade : 59 Or contrains d'endurer tel outrage du sort,
Effectuons, prudens, la volonté du mort,
La fleur des Macedons au conseil assemblée, 62 Qni n'attende vne mer furieuse, troublée,
A préuenir l'orage, & en nôtre vnion,
Eteingne le flambeau d'vne fiere Enion.
ARISTOCLEE,
ov LE MARIAGE INFORTVNÉ
TRAGI-COMEDIE
Par ALEXANDRE HARDY, Parisien.
ARGViVIENT. [144]
STraton ieune Gentil-homme des plus riches & mieux apparentez d'Orchomene, dénient éper- 3 dûment amoureux des beautez d'Aristoclée,
fille qui appartenoit a l'vn des plus honorables citoyens d'Aliarte petite ville fort proche de la Q sienne : estant donc auerty que certain Corriual nommé Calistene parent & compatriote de sa maîtresse y prétendoit la même chose, quoy qu'inégal 9 de fortune; il la demande luy-même au père en mariage, qui se porte neutre, & remet la libre élection d'vn mari à cette ieune beauté, si bien 12 qu'en publique assemblée du peuple d'Aliarte, elle préfère, contre l'opinion de tout le monde, Calistene à Straton, qui conçoit de là vne haine 15 mortelle contre le uolleur de son ame, & quelque [145] tems aprez sous ombre d'vne feinte reconciliation, dresse auec ses amis certaine embuscade à la fon- IS teine de Siloesse hors la ville d'Aliarte, oii se celebroit la superstitieuse cérémonie de leurs épousailles: si bien que la belle arriuée sur les lieux 21 est mise en pièces par ces deux compétiteurs qui la tiraillent chacun de son côté; Straton la voyant expirée sur la place, s'enfuit au haut & au loin, 24 i^ans être iamais veu depuis; au regard de Calistene après plusieurs regrets il s'immole au lieu d'hostie sur le cors de sa cha.ste moitié, ce qui 27 ferme la Tragédie conduite a sa perfection, & extraite de Plutarque.
Hardy, IV. 6
84 ARISTOCLÊE. v. 1—22.
LES AGTEVRS. ^^^^^
STRATON Gentil-homme CHŒVR DE CITOYENS Orchomenien amoureux D'ALIARTE.
Aâ'4™ïJ'^'n A, 1 ARISTOCLÉE fille de ARISTIDE vieillard & do- Theophane.
mestique de Straton. nnTornrtx^ i
CALISTENE corriual de CRISIPPE, ^^.^ ^^
Straton & fauory d'Ari- TIMARQVE, [ gtraton stoclée. PISISTRATE, ^
TEOPHANE père d'Ari- ^^^^ g^j^j, stoclee.