V. 23-66. TRAGI-COMEDIE
Mais tel cas merueilleux m'emplit d'étonnement,
24 lusques à ne le croire encore bonnement,
Qu'Orchomene en l'objet de ses beautez pudiques, N'ait eu dequoy borner vos désirs fantastiques,
27 Qu'Aliarte, vne ville étrangère, sans nom. Vous attire plutôt sous les loix de lunon. 0 bisarre appétit, ains visible folie, [149]
30 Trouuons, trouuons icy quelque nymphe iolie, On choisira parmy ce parterre de fleurs, Vne qui sur le champ conçoit mêmes chaleurs,
33 Vne qui se repute en ce chois trop heureuse. Qui ne sera plutôt aimée qu'amoureuse, Autre auis ne sçauroit de ma part résulter,
36 Apres luy vous deuez l'oracle consulter.
STRATON
On ne consulte point de chose résolue, La plus chaste beauté ne me semble impoliie, 39 La plus rare beauté triuiale me put, Depuis que ce Soleil parmy l'onde parut: Mais de quelle façon? comme au chasseur prophane, 42 Autresfois se montra l'imprudente Diane, le passoy, d'auanture, en Lebadie alors Qu'Aristoclée alloit purifier son cors 45 Dans le cristal des eaux d'Ercyne la fonteine, Action superflue, & de scrupule pleine, Ce chef-d'œuure diuin, ce vase précieux, 48 Qu'a son seruice éleut le Monarque des cieux. N'a besoin qu'aucune eau le laue, iniurieuse; Tant y a i'apperçeu cette vierge pieuse, 51 Qui, selon la coutume, entrée dans le bain Du père lupiter, portoit le lendemain La corbeille sacrée en sa cérémonie, 54 En sa procession de mémoire infinie :
Ah tel ressouuenir me dérobe la voix, [150]
Vn immobile tronc me rend vne autre fois.
ARISTIDE
57 Bref, que cette beauté s'asseruit ainsi nuë, Vne ame au même instant captiue deuenuë, Qae de la contempler vous eûtes le loisir,
60 Et que l'objet redonne vne fiéure au désir.
;STRATON
Tu dis vray, derechef son agréable idée Me repasse des yeux en l'ame intimidée, 63 il me semble reuoir vn miracle si beau. Mille petits amours promener dessus l'eau, Reuoir s'éparpiller vne tresse dorée 66 Autour du col neigeux de ma nimphe adorée,
86 ARISTOCLÉE. v. 67-100.
Qui repassoit les mains dessus l'yuoire blanc, Ores de sa poitrine & tantôt de son flanc:
69 Mon malheur ne permit auec tel auantage, De pouuoir ses beautez découurir dauantage, Tant rhonneurs(!) monstre horrible, impitoyable & fier,
72 A sa honte sembloit mon heur sacrifier, Tant vn secret instinct à sa vertu pudique, En ces occasions le futur prognostique.
75 Autre Acteon depuis, mille soucis mordans, Me déchirent le cœur attaqué là dedans. Elle fuit ma poursuite, elle ruse, elle tâche
78 A me faire périr d'vn labeur sans relâche;
Voilà mon sort dépeint, mon déplorable sort, Qui trahy de l'amour n'espère qu'en la mort. [151]
ARISTIDE
81 Ce desespoir messiet à vn braue courage, Que Mars n'épouuanta de son sanglant orage, Et que la patience assez rare aux amans,
84 Surgiroit dans le port de ses contentemans.
STRATON
Ta consolation me sent son imposture.
Si de pareils moyens tu ne fais ouuerture.
ARISTIDE, 87 Les moyens, à fléchir vne Dame, tenus.
STRATON
Mon malheur veut desia ses désirs préuenus.
ARISTIDE
Et qui vous la querelle?
STRATON
Vn ieune téméraire 90 M'ose, l'affection de ma Sainte, soustraire.
ARISTIDE
Quel deceptif appuy soutient sa vanité.
De grâce dites-moy son nom, sa qualité.
93 Vn certain Calistene homme de nulle estime. Chez elle mon bon droit sous la faueur Opprime, Il est son patriote & quelque peu parent ;
96 Naufrage de mon heur, helas, trop apparent, Obstacle épouuantable à qui se représente D'vn ennemy couuert la cautelle nuisante,
99 Et que cet enchanteur à son aise séduit [152]
L'impiteuse beauté qui, crédule, me fuit.