‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 9 sur 242 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

ALEXANDRE, HEPHESTION, PARxMENION, PERDICE, MENIDE.

INuincibles guerriers a qui veut ma fortune Rendre sur rVniuers sa puissance commune, Astres de qui ma gloire emprunte sa clarté,

(Vn principal nuage à cette heure écarté) 41 Peu de labeur nous met à même la lumière.

Peu de labeur nous cueille vne couronne entière. Daire déjà vaincu que le nombre séduit, 44 Ains que le desespoir a ce destin réduit,

Retente le combat & ose, téméraire.

Négliger vn moyen de fuite salutaire :

47 Doncques fauorisez de telle occasion,

le n'vse à vos valeurs de persuasion.

Trop certain que chacun respire la bataille, 50 Le doute qui sans plus important me trauaille,

Consiste de pouuoir, vos aduis consultez.

Résoudre entièrement sur les difficultez 53 Des lieux, du temps, de Tordre à vaincre nécessaires,

Sans que la moindre prise on donne aux aduersaires ;

Chacun donc la dessus opine librement, [8]

56 Tel exploit ne se peut faire trop seurement.

HEPHESTION.

La chose de soy-même apparente resonne, Que sans autre besoin que plus on s'arraisonne,

59 11 faut fondre soudain sur Teunemy peureux, Et vaincœurs de tout point les rendre malheureux. Et ne permettre pas qu'ayant repris haleine

62 Tel delay nous accreût le péril & la peine.

12 LA MORT DE DAIRE. v. 163—203.

PARMENION.

Sa perte ne le fait que sage à Tauenir, N'anime que les siens d'vn honteux souuenir,

65 Qui font plusieurs niiliers, incomparable nomlDre, Deuant qui nostre armée apparoist comme vne ombre, Digne que son salut nous tienne soucieux,

68 N'ayans ressource aucune après dessous les cieux.

PERDICE.

Telle confusion de Barbares, ressemble Aux thoreaux indomtez, que même joug assemble,

71 Discordans à tirer, le laboureur en vain Les flatte de la voix, les presse de la main. Sans en pouuoir iamais retirer de seruice

74 A fendre les guerets de la terre nourrice : Sa multitude ainsi difficile à régir.

Dans le port de nos vœux nous fait plutôt surgir,

77 Elle leur facilite vne victoire belle.

Et la demeure ostée au combat nous appelle. [9J

Adiouston que réduits en montagneux détroits 80 Auec vn embaras infini de charois,

L'imprudence du chef ses forces diminue, Veu qu' à nous ioindre égaux, la pouciere menue 83 Ne s'écarte plutôt des sifflans tourbillons.

Que nôtre premier choc fendra leurs bataillons, Libres, délibérez, sans crainte que le nombre 86 Nous puisse, enueloppez, apporter de l'encombre.

HEPHESTION.

Sire, outre ces raisons, l'infructueux séjour Renforce l'ennemy, croissant de iour en iour,

89 Pareil à ces ruisseaux que les fortes rauines Grossissent au Printans des montagnes voisines. Nous à qui l'espoir git en la seule valeur,

92 Nous qu'vn chef immortel affranchit de malheur. Blâmables pour n'auoir jà mis en vau-de-route Ce reste d'ennemis qui nôtre nom redoute,

95 Puis le soldat languit; sa martialle ardeur A la longue, en danger d'vne molle tiédeur, Lâchon-le seulement, ne plus ne moins qu'on lâche

98 Sur le Heure peureux vn leurier d'attache, Et ce monde infini de barbares offerts, Repeuplera soudain les ténébreux enfers.

1 Donc resouts de donner au plutôt la bataille. Comme auis approuué que ie veux qui preuaille, Faison qu'vn tans prefix & l'ordre du combat [10]

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