SCENE lY
CRISIPPE, TROVPE DE SOLDATS.
CRISIPPE.
49 I \Ebout mes compagnons, la rumeur nompareille, Il D'vn gros peuple marchant pénètre mon aureille, Les premiers auancez sont desia presqu'icy,
52 Ce nuage le montre en poussière obscurcy,
Du prochain tertre on va découurir tout a l'aise, Voilà nôtre Straton qui mène sa mauuaise,
55 Suiuy d'vn corriual qui ne présume pas Perdre, comiue il fera, cet amoureux repas, Que sa belle maîtresse en bonnes mains venue,
58 Luy coûtera la vie auant que retenue, Auant que le fangeux amas d'vne Cité Le rende possesseur de sa pudicité:
61 Derechef auertis, sçachez que nôtre escorte En ce rapt légitime est pour tenir main forte. Plus qu'à dessein de faire vn carnage impiteux
64 Chez ce peuple innocent, acte lâche & honteux. Somme que nous venons à bout de l'entreprise, Straton victorieux ne lâchant point sa prise,
67 Mais si ce concurrent ose la disputer, [216]
Son infaillible perte on luy doit imputer: Adonc ne feingnez point, faites dessus sa tête
70 Trop coupable éclater le coup de la tempête, Victime pacifique, enuoyons au cercueil Tel détestable monstre auecques son orgueil.
TROVPE DE SOLDATS.
73 Croire qu'entre les siens aisément on l'offence, Sans que leur multitude embrasse sa detfeuce. Le moyen? tel outrage vn public regardant,
76 Présuppose du jeu quelque pire accidant, Et que si la fureur ouuerte ne déborde, Que l'épée à la main ce grand peuple on n'aborde,
79 Fugitif, dispersé par la crainte des coups, A peine que iamais tel butin soit recous.
CRISIPPE.
En cas de résistance il faut faire main basse, 82 Plutôt qu'à son effet l'entreprise ne passe. Chose presque impossible a ceux qui desarmez. Dans leur nombre confus demeurent opprimez.
122 ARISTOCLÉE. v. 1485—1512.
85 Silence, l'œil au guet, ce flot de peuple arriue, Et jà de Siloesse il aborde la riue, Le signal dedans peu donné nous allons voir,
88 Chacun donc résolu se tienne à son deuoir.