SCENE III
L'HERMITE, CORNELIE, SERVANTE.
L'HERMITE
Apprenez que le bras du Tout-puissant mesure A nos afflictions nostre infirme nature, [262] Et "^nuers le pécheur paroist son amitié, Qu'il ne laisse croupir vn vice chastié; 65 D'exemple journalier vn bon & sage Père, Crainte que ses enfans souffrent du vitupère, Leur tient la bride roide, & la correction, 68 N'arguë neantmoins que trop d'affection.
Ainsi ma bonne Dame, ainsi deuez vous croire, Que de la patience arriue la victoire, 71 Que tels maux sans murmure endurez de sa ma,in, Il fléchira les cœurs d'vn Espoux, d'vn germain; Non que sa volonté de la nostre dériue, 74 Non que sa volonté souffre qu'on la prescriue, Suffit qu'en temps & lieu nous recueillions les fruicta De sa grâce du tout gratuite produits.
CORNELIE.
77 Vos consolations m'inspirent vn courage, Qui des aduersitez ne craindra plus l'orage, Et qui d'oresnauant se repute assez fort,
80 Pour attendre le coup apperceu de la mort, Ferme dessur l'appuy d'vne innocence pure Qui m'accompagnera dedans la sépulture. [263]
L'HERMITE
83 l'accorde qu'innocente au regard du désir Qui vous fit vn Espoux légitime choisir, Ou qui compareroit la tourbe déplorable 86 t)'vn tas de réprouuez en ce val misérable.
Mais ma fille, enuers Dieu nul ne vit innocent, Non mesme le Soleil deuant luy frémissant; 89 Se peut faire, qu'aussi l'affection présente Sur les forfaits passez a cause suffisante,