V. 358-392. TRAGI-COMEDTE
De piéger son supplice en ma propre personne, Pourueu que ie l'enuoye au Tartare choisir 60 Vn Gendre qui luy plaise, & riche à son désir.
ARSACOME.
Prodiguer vostre vie au païs regrettable,
M'argueroit impieux de lâcheté notable, 63 Tamais il n'auiendra, ie ne requiers de vous,
Mes Mânes de leur corps par lâcheté dissous,
Ne les gratifier, sinon l'heure venue, (jQ D'vne vindicte égale à l'injure connue.
Sinon que mille corps ennemis épouser
A ma tombe muette, & de sang l'arrouser, 69 le le dy résolu de faire à l'improuiste,
De faire a ce Tyran ce qu'Oreste d'Egiste,
Luy oster la lumière en me perdant après, 72 En quoy ie n'ay besoin de secours, ny d'apprests.
LONCATE. [320]
Non, non, tu ne dois plus la querelle entreprendre, A peine de vouloir vers l'amitié m'éprendre, 75 L'injure désormais nous demeure à punir, Nous deuons le fardeau du labeur soustenir.
MACENTE.
Guy, les plus outragez de ce Roy téméraire, 78 Qui nous a reputèz la fange d'vn vulgaire.
ARSACOME.
le ne permettray pas qu'ardents a me vanger, Vous-vous précipitiez au milieu du danger.
LONCATE. , 81 Tu ne diuertirois, non le reste du monde,
Fallût-il trauerser les Cieux, la terre, & l'onde,
Vn généreux dessein qu'anime l'équité, 84 le dépite la mort, du deuoir acquité.
MACENTE.
En ta resolution tu affirmes la mienne. L'orgueilleux châtié, ne me chaut qu'il auienne, 87 ^on Gendre compagnon de semblable destin. De démordre contraint & lâcher ce butin.
ARSACOME.
Toujours m'adjoindrez-vous au hazard qui se tente.
LONCATE. [321]
90 Nullement, car l'exploit de nous deux se contente,
ARSACOME.
Resteray-je inutile, ocieux, casanier.
Et vous voir engloutis de l'encombre dernier?
152 ARSACOME v. 393—428.
93 Vous voir à mon sujet prests de faire naufrage, Sans me mettre en deuoir de courir au riuage; Qu'vn trait de foudre aigu me consomme impiteux,
96 Premier que de subir ce reproche honteux.
MACENTE.
Ta présence ne peut, à l'ennemy suspecte, Que traisner du complot la ruine directe, 99 Trop bien j'approuuerois ton secours de renfort, S'il estoit question de procéder d'effort, Mais où ne s'emploiront d'armes que la cautelle,
2 Où sans bruit faut ouurir vne trappe mortelle, Tu sers autant icy comaie là tu nuirois. Tu peux icy bâtir ce que tu destruirois,
5 Nous bâtir vn asile, vne retraite seure Dans le camp amassé, dont nostre foy t'asseure.
ARSACOME. [322]
lupiter Phylien qui sçais ma volonté, 8 l'atteste ta puissance, & ton aime bonté ;
l'atteste la splendeur de ta Cour assemblée,
Que mon ame n'est point maniaque, troublée, 11 Exposant ses amis au péril éminent.
Sur le foible sujet d'vn mal incontinent;
La beauté de Masée, encore que diuine, 14 N'allume tant de feux en ma froide poitrine,
L'opprobre du mépris, la honte du refus.
Qui de chez l'insolent m'expulsèrent confus, 17 L'injure sur les miens commune redondée.
Est où ma haine i'ay principale fondée.
Toy donc Père tonnant, qui punis les peruers, 20 A qui sont nos desseins équitables ouuerts,
Vueilles les assister d'vne prospère issue,
Fay que nostre espérance heureusement conceuë 23 Paruienne à son attente, ou si quelque meschef
Nous menace à tomber, que ce soit sur mon chef
LONCATE.
Mettons nous vigilans en décent equippage, 26 Pour parfaire au plustost ce désiré voyage. [323]
MACENTE.
De tels exploits aussi n'ayment pas le discours. Et celuy le suruend qui prolonge son cours.