SCENE II
MASÉE SEVLE.
BEau Soleil des vertus, que constante j'adore. Quand absconse veux-tu me rendre ton Aurore? yi Arsacome imploré de mon feruent amour,
Pourrois-tu me quitter sans espoir de retour? Pourrois-tu me quitter, moy ton ame demie?
94 Moy qui ne parus onc de tes feux ennemie? Moy que les Astres fiers de nostre aise jaloux N'ont encor peu résoudre à prendre vn autre Espoux ?
97 Témoin ce vœu loyal supposé, qui te garde Ma virginité pure, & qui seul te regarde, Qui proche d'expirer conjure ta valeur, [351]
00 Impuissante réduite à l'extrême malheur,
Extrême voirement puis que ie touche l'heure, Où faute de secours, conuiendra que ie meure; 3 Car nul autre, fût-il exprés venu des Cieux, Ne me dépouillera ce bouton précieux.
Tienne, quoy qu'vn riual, & vn Père me brasse, 6 le te reserueray pudique ceste place. Haste-toy mon soucy, de la prendre, premier, Que contrainte ie pousse vn fer dans le gosier, 9 Remémore piteux les œillades receuës, Esclairs auant-courreurs de mes fiâmes conçeuës. Venge, tu l'as promis, l'outrage d'vn refus,
12 Qui chez les tiens, helas! te renuoye confus; Au défaut contre toy l'atteste Cytherée, Que tu perds de plein gré la victoire asseurée,
15 Que tu m'auras trahie, inflexible au trépas. Et que me posséder tu ne meritois pas. Ah! cruel vn oubly de ta Dame fidelle,
18 Où l'inique rancueur te veut séparer d'elle, Ton amour se perdit en me perdant de l'œil, Et le mien de guerdon n'espère qu'vn cercueil. [352]