SCENE III
MACENTE, MASÉE, PAGE, TROVPE DE SCYTHES.
MACENTE.
33 "VTN Océan de pleurs épreint de ta paupière, y Ne resusciteroit le defunct de la bière.
Depuis le premier jour nous courons au tombeau,
36 Le plus diftbrme autant comme fait le plus beau, Le pauure que le riche, & en cela n'importe, Que ce soit d'vne douce, ou violente sorte,
39 Puis que le clou fatal de la nécessité Nous attache a la loy de telle aduersité, Puis qu'il faut de ce gouffre appaiser la furie,
42 Aux dépens cestui-cy de ta race chérie, Toy de ton Géniteur que la Parque a trahy. Pour tenir l'vniuers en tremeur ébahy,
45 Perte à la pieté naturelle sensible,
Mais qui d'ailleurs aussi me console au possible. C'est qu'il nous laisse icy vne Royne, d'où prend [371]
48 Vn Soleil de valeur son lustre le plus grand, T'émeuuent ces raisons, & désormais remise Laisse au sort du passé la querelle indécise,
51 Qui meur d'âge a voulu ton père moissonner, Et ne doit impiteux a aucun pardonner.
MASÉE.
Esteint selon le cours ordonné de nature, 54 Sa perte de beaucoup me sembleroit moins dure.
MACENTE.
L'homme aueugle souuent inuite son malheur. Pour ne sçauoir choisir ce qui luy est meilleur.
MASÉE.
57 Helas ! i'ay tousiours creu, quoy que d'esprit débile,
La vindicte cachée au cœur de cest Achille,
Outragé d'vn refus ne pouuoir s'écouler, 60 Qu'elle ne fist sur nous de l'esclandre rouler,
Vn dueil depuis ce jour continu me deuore,
Veufue pendant l'hymen désastreux que j'abhorre.