‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 142 sur 220 · V. 1485-1526. TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 1485-1526. TRAGI-COMEDIE

85 Qui le pouuoit recous tirer dessur la riue, Ou du moins le venger telle force tardiue.

LONCATE.

Vne louable peur, excessiue pourtant, 88 Ebranle à son sujet le courage inconstant,

l'augure mieux de luy, qui par sa longue attente

Infère la moisson du haut dessein qu'il tente, 91 L'aigle dans les rochers demeure ainsi caché,

Tant que le Cerf du fort se découure lâché.

Ainsi tient le Pescheur immobile sa ligne, 94 Tant que le poisson pris luy en donne le signe,

Par quelle vray-semblance estimes tu que mort

Vn seul des siens laissé sauf n'en fist le rapport? 97 Au contraire, dans moy certain heureux augure.

Sur le poinct d'amener ta Dame le figure.

Déjà vous me semblez de merueille éperdus, [385]

00 Au col mignardement l'vn de l'autre pendus,

Vos baisers détrempez de larmes que la joye

Pour vn heur impourueu hors de l'ame déployé, 3 le dy dans peu de temps, & peut estre premier,

Que PHœbus absconse sous le flot marinier.

ARSACOME.

ladis ie me flattay de la mesme espérance, 6 Autant qu'il fut licite a la moindre apparence.

Ores deux & trois fois le terme deuolu

Feroit faillir de cœur l'homme plus résolu, 9 L'oreille ne me bruit d'horreur épouuantée,

Que d'vn meilleur amy la mort précipitée.

Mort qui traisne la mienne en expiation 12 D'vn des Soleils éteins de nostre nation,

Macente, que ne suis-je à cesf heure en ta place?

.. LONCATE.

Telle plainte, croy moy, féminine me lasse, 15 Indigne du sujet, elle ne luy sied pas.

Silence, quelque tourbe auance icy ses pas;

0 Macente! attendu que le bon-heur t'ameine 18 Deliurer tes amis d'vne angoisseuse peine,

Tu reuiens conducteur de la mère d amour.

Nos orageuses nuits éclairer d'vn beau jour.

MACENTE. [386]

21 Prépare cent Taureaux a la troupe Céleste,

Ton bon-heur accomply n'a plus rien qui luy reste, Tu jouis de tes vœux en ce présent exquis, 24 Que ma dextérité t'a n'agueres conquis, La voicy, qu'acquitë de ma foy ie te liure, Voicy ce chaste objet qui te fera reuiure,

182 ARSACOME v. 1527-1568.

27 Digne que Jupiter le recoiue en son lit, Et la plus belle fleur que jamais il cueillit, Rauy, tu ne dis motV vne excessiue joye

30 Sur Tame & sur le corps sa puissance déploya.

ARSACOME.

Qui d'abord se pourroit reconnoistre surpris De si douce merueille offerte à mes esprits?

33 Merueille en deux façons, merueilleuse égalée, Par la faueur des Cieux enuers moy signalée, Toy mon Pilade cher, à la Parque recous,

36 Et Madame rendue à son fatal Espous, Ouy, ie fus influé d'vn aspect débonnaire, A l'heureuse moisson de ce riche salaire,

39 Pourueu que cela soit, pourueu qu'vn songe vain Ne dérobe ces faits supposez à ma main.

LONCATE. [387]

De son doute amoureux tu es la médecine,

42 L'office n'appartient qu'a ta beauté diuine, Auec mille baisers de luy vérifier, Qu'aucun corps de Démon ne se peut manier,

45 Que tu viens réunir ton ame séparée.

Mais en ce labyrinthe elle est plus égarée. Percluse on la diroit, & de voix, & de sens,

48 Combien Amour, combien tes effets sont puissans!

MASÉE.

Vous croiray-je mes yeux de reuoir à cett* heure L'objet qui nous blessant d'vne douce blesseure,

51 Rauit mon panure cœur en ce bord estranger. Objet que ne m'a sçeu la fortune changer, Quoy que toujours marâtre à ma veue opposée,

54 Et ma vie de bute à sa rigueur posée.

0 que horsmis vn point, seure de ton amour, Arsacome ie dois célébrer ce beau jour.

ARSACOME.

57 Déesse de mes vœux si long temps reclamée. Tu touches, mais à tort, ma cruauté blâmée, l'attesteray tes yeux n'estre en rien criminel,

60 Si crime on doit nommer le trépas paternel.

Eux me déchargeront, punisseurs de l'outrage, [388] Que nous fit le mépris de ce Prince peu sage;

63 Pardonne ie te prie à ce coup de destin. Ne m'en vueille garder de rancœur clandestin, Plustost qu'vn souuenir du passé te demeure,

66 (Royne de mes désirs) commande que ie meure, Car de te posséder de force, & me pouuoir De ta captiuité nullement préualoir.

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