SCENE L
L'OMBRE D'ARISTOBVLE.
MOnstre le plus cruel qui respire la vie, Tyran bouffi d'orgueil, & forcené d'enuie, o Fléau de l'innocence, horreur du genre humain,
Que fait si longuement ocieuse ta main?
Comment peut reposer ta dextre carnassière? [398] 6 Ta soif, qu'oncques le sang rebeu ne désaltère?
Apres mon Géniteur, le bon Hyrcane occis,
Qui t'ayant de plein gré dedans son thrône assis, 9 Ne conspiroit sinon de passer sans enuie
Loin du fardeau Royal le reste de sa vie.
Qui crednle séduit de ta parjure foy, 12 Recors de ses biensfaits vers Antipatre & toy.
Et rauy de l'amour de sa terre natale,
Y retourna victime à ta fureur brutale, 15 Barbare, après ce meurtre, après m'auoir éteint
L'âge de puberté à toute peine atteint :
Moy qu' vn peuple en son cœur reclamoit à l'encontre 18 De tes impietez, & qui ne me demonstre
Que trop d'affection, premier qu'il fust saison.
Trop regretter le frein de ceux de ma maison, 21 Ses Princes naturels, ces Pasteurs débonnaires,
Ennemis d'injustice, & d'actes sanguinaires,
Apres iiuoir fauché les fleurs de mon printemps, 24 Sous ombre, déloyal, d'vn mortel passe-temps,
Estouffé dans les eaux de la troupe assassine;
Mort qui presque causa ton extrême ruine, [399]
27 Sinon que ce destin moteur de l'vniuers,
A de pires tourmens te reserve (peruers)
Te donne mille morts de troubles domestiques,