‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 147 sur 220 · V. 122-164. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 122-164. TRAGEDIE

T'apporter iusteiuent vn malheur déplorable, 23 Ah ! peruerse nature, ah ! courage rebours, Les yeux clos furieuse a ta perte tu cours.

PHERORE. [404]

Vostre Majesté deust reprendre vn peu d'haleine,

26 A courant des soucis journaliers qui l'entraine. Si relâcher vn peu de ces pensers cuisans. Qui blanchissent la teste, & abrègent les ans ;

29 Le pilote asseuré du courroux de Neptune, loûit telle qu'elle est de sa bonne fortune. N'a sans cesse ses yeux dans les astres fichez,

32 Où ses robustes bras sur le timon panchez: Ainsi d'oresnauant les guerres étouffées, Par vos braues labeurs terminez en trophées,

35 Paisible possesseur du sceptre Palestin, Nul riual demeuré, nul discord intestin. Grâces a TEternel, toutes choses si calmes,

38 Vn monde s'égayant à l'abry de vos palmée, Hé! que pouuez-vous moins de la guerre recous. Le corps cicatrice de tant d'horribles coups,

41 Que sauourer les fruits dVn repos souhaitable? Moins que de vous donner vne part équitable. De ce suprême bien dont vous estes l'auteur,

44 Dont enuers le commun vous estes bienfaiteur? Neantmoins à ce front imprimé de tristesse Il semble qu'appelliez vne fascheuse hostesse,

47 Que vos vtiles jours vueillez précipiter, [405]

Et tel heur a regret conféré nous oster.

Fauorisé de Mars autant qu'homme du monde, 50 Ma grandeur affermie a peu d'autres seconde.

Affluant de richesse, vn poinct d'aduersité

Obscurcit le Soleil de ma félicité, 53 Rembarre d'vn fléau domestique ma joye.

De sorte que par tout vn tourment me costoye,

De sorte que frustré de mon principal bien, 56 Guidant tout posséder ie ne possède rien.

PHERORE.

Mariamne possible, ensuiuant sa coustume, D'vne rage d'orgueil encontre vous s'allume,

59 Abusant du pouuoir que ce charme d'Amour Liiy concède sur vous, ah! pernicieux jour, Qui vous empoisonna le premier de sa veuë,

62 Combien vostre raison s'extrauague deceuë, S'éforçant de gaigner vn Monstre par douceur. Auquel rien que l'éfort n'est conuenable & seur !

190 MARIAMNE v. 165-194.

HERODE

65 L'éfort incompatible à sa beauté diuine, A ce miracle issu de Royalle origine, N'aigriroit que ma playe au lieu de l'adoucir,

68 Prolongeroit ma peine au lieu de l'acourcir. [406]

Sa haijae, ses dédains, son mépris ordinaire le préfère aux faneurs d'vne amitié vulgaire.

PHERORE.

71 Erreur qui pourtant couue vn périlleux brasier,

Qui fera son audace a plus licentier,

Sur vne ferme foy que toute felonnie, 74 Toute injure enuers vous luy demeure impunie.

HERODE

La volonté mauuaise inutile ne sert Lors qu'à Tefiéctuer le moyen n'est oflFert,

PHERORE.

77 Liguée auec sa mère vne Eryne infernale,

Qui luy souffle le meurtre, & dans son sein deuale Des conseils pestilens de dol, de trahison,

80 Vostre asseurance pend d'vne estroite prison.

HERODE

Captiue, ie voudrois en sa place me mettre, Mon amour ne sçauroit de cruauté permettre,

PHERORE.

83 Repensez aux périls quelles vous ont brassez, HERODE.

Il ne me souuient plus des outrages passez.

PHERORE. [407]

Il luy ressouuient trop des siens qu'elle regrette, 86 Reclus à vostre aueu dans la tombe muette.

HERODE

Le temps enseuelit de pareilles douleurs.

PHERORE.

Au contraire il accroist sa menace & ses pleurs, HERODE.

89 Encore les lyons à la fin s'appriuoisent,

Les orages plus forts dessur l'onde s'accoisent, l'espere la fléchir a force d'endurer, 92 Et son contentement de tout poinct procurer.

PHERORE.

0 forte passion que tu aueugles l'homme! Mais i'apperçoy venir ce me semble Salome,

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