‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 158 sur 220 · V. 730-770. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 730-770. TRAGEDIE

Puise l'eau du lieu mesme où il a pris sa flâme, Arbitre aucun, non pas des plus proches parents,

32 Ne se doit ingérer de pareils différents

HERODE

Ouy, lors que ce ne sont que légères querelles, Qui seruent a l'amour de flammèches nouuelles, 35 Qui semblent sommeilleux luy donner l'esperon, [438] Mais ce fléau conceu des rages d'Acheron, Ceste pernicieuse & farouche Lyonne

33 Mérite qu'vn courroux jamais ne luy pardonne, Mérite pour l'outrage impudemment commis. Que ie croye vn conseil par tant de fois remis.

SALOME.

41 Merueille ! qu'au deuoir les bienfaicts ne la rangent. Que ses affections de jour en jour s'estrangent, Qu'on ne puisse adoucir ses féroces humeurs,

44 »De pitié repensant à vostre sort ie meurs. Accouplé sous vn joug du tout intolérable, Autant qu'ailleurs heureux, en l'Hymen misérable,

47 Exemple de remarque a la postérité, Comme nul n'est parfait en sa prospérité, Qu'elle cloche toujours en l'vne ou l'autre sorte;

50 Mais faites qu'vne part de la douleur ie porte, Sa faute reconnue,

HERODE

Aujourd'huy retiré Seul dans mon cabinet, ardent i'ay désiré

53 Espoint de ces beautez plus qu'oncques de ma vie

Mariamne amortir mon amoureuse enuie, [439]

La dessus on la mande, elle vient à regret,

5g Ma prière éconduit, suppliée en secret; Voire après le refus de paroles picquantes, A l'honneur de ma gloire, & des miens importantes,

59 Ainsi que le Crapaut s'enflant du noir venin. Plus ie m'humiliois d'vn courage bénin, D'injures, de brocards, de reproches infâmes,

g2 Conuertit en fureur mes innocentes fiâmes, Précipite ma dextre à la chasser de la; Mesme peu s'en fallut, non content de cela,

55 Qu'elle ne passât outre, & que d'ire échauffée le n'aye son audace en sa vie étouôée, Helas! c'est le sujet de ce courroux plaintif,

gg C'est ce qui me contraint de forcener chetif,

SALOME.

Voila certes aussi par trop se méconnoistre, Trop enuers vos faneurs criminelle paroistre.

206 MARIAMNE v. 771—812.

71 Présumez qu'au surplus l'espoir d'oresnauant De regagner son cœur vous iroit deceuant, Qu'il se faudra tenir sage dessus ses gardes,

74 Esuitant des appas, des caresses raignardes, Que la haine gardée au besoin déploira, Et qu'éclairs d'vn complot vengeur elle enuoira. [440]

HERODE

77 l'aura plus de fiance au Scythe, & au Numide, Qu'aux pièges désormais tendus de la perfide; Ny prières, ny pleurs, repentir, ny serment,

80 » Armes dont elles vont cauteleuses s'armant, Ne la replaceront en mon ame irritée.

Le sort en est tombé, la pierre en est jettée,

83 Toutes ces actions suspectes cy après, Et sa peine toujours la suiura de si près. Qu'au moindre indice pris, mille morts plustost qu'vne,

86 Luy signeront l'effet de ma juste rancune, Ah! ie te puniray rebelle, ton orgueil T'eschangera ma couche en vn sanglant cercueil.

PHERORE.

89 Bon Dieu ! qui de nouueau trouble vostre bonasse?

Qu'a pieu le Ciel sur vous d'enuieuse disgrâce?

Capable d'obscurcir l'auguste Majesté, 92 D'vn Prince à la fortune inuincible resté? [-^41]

Cieux ! la morne couleur de ce sacré visage,

D'vn notable accident me donne son présage, 95 Aueugle m'intimide, & deuore inhumain,

SIRE, ne le celez à moy vostre germain.

Que la fidélité comme le sang vous lie, 98 Chargez moy d'vne part du faix ie vous supplie.

HERODE

L'impétueux torrent de mon affliction Ne se lâche non plus que celuy d'Ixion,

1 Ne demeure non plus a ce tiltre ma peine, Que l'Euripe ses flots meine, agite & remeine, Vne fiere Alecton domestique a toujours

4 Dequoy renouueler le torrent de mes iours, Dequoy me bourrelier l'esprit & la pensée, Me suruendre angoisseux la liesse passée.

PHERORE.

7 Frappé de ce soupçon ie me l'estois prédit, Veu que de tous les dards que fortune brandit, Autre ne blesseroit vn courage inuincible, 10 Que souuent vous auez surmonté l'impossible. Et mesme trauersé d'obstacles de hazards, Parmy les tourbillons redoutables de Mars, [442]

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