‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 161 sur 220 · V. 983— 1018. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 983— 1018. TRAGEDIE

Interprète maling de mes conceptions, 84 Tout abonde d'outrage & de déceptions,

Tout abonde chez moy d'aguets, de perfidie. A se plaindre ocieux aux maux ne remédie, 87 Allez, saisissez-vous de Soesme, & de ceux

Qu'il a de familiers plus affidez receus, [451]

Vn Eunuque sur tout ses affaires manie, 90 Qui nous releuera d'vne peine infinie.

Amenez-le premier, car son Maistre n'a point

Violé de léger le mandement enjoint, 93 Communiqué sans plus, des paroles de bouche.

Le traistre aura souillé les honneurs de ma couche.

Entrepris d'auantage. Ah ! du ressouuenir 96 le forcené, & me puis a peine contenir. MARIAMNE.

Peur d'enians, ou plustost sur l'enclume forgée.

Qui d'vn crime tansost de poison m'as chargée, 99 «L'honneur des deuanciers au sang demeure escrit,

» Aucun terme des ans fuitifs ne la prescrit.

Inséparable i'ay vescu sous la franchise, 2 Afin que plus certain mon estre j'authorise.

HERl)DE.

L'honneur t'a commandé de meurtrir ton Espous, Et de croire les tiens fort ditferens de nous, 5 Orgueilleux d'vn faux tiltre, & qui prises les sceptres [452] Sans marque de vertu, d'vne suite d'ancestres. Qui ne te garderont de subir toutesfois 8 L'équitable rigueur des politiques loix.

MARIAMNE

l'apprehenderay moins l'eftect que la menace, Que ie tiens des Tyrans vne suprême grâce.

HERODE

1 1 Mfschante, qu'as tu veu de tyrannique en moy ? MARIAMNE.

Mon Géniteur Hircane occis sous vostre foy, Son 61s d'âge innocent, le jeune Aristobule, 14 Espoir de la patrie, & son fatale Hercule, Traistrement étoutié?

HERODE

le te feray cracher Cette langue iiupudente, ou tels mots retrancher

MARIAMNE

17 Libre ie veux mourir ainsi que ie fus née. HERODE.

Hé ! quelle liberté ne t'ay-je pas donnée, Hardy U. 14

212 MARIAMNE v. 1019— 1055.

Maistresse de mon ame & de mes volontez, 20 Parauant les desseins de ce meurtre tentez ?

MARIAMNE. [453

L'Immortel scrutateur des œuures projettées Connoist ces charitez de mensonge apostées, 23 Connoist qu'vn naturel généreux & Royal Ne sçauroit consentir à rien de déloyal.

HERODE

Non, la veuë en fait foy, le doigt touche palpable 26 La blanche pureté de ta incoupable,

Autant que du voleur les chemin» assiégeant,

De la lustice en fin surpris en égorgeant. 29 11 est vray qu'on peut mieux ëuiter son outrage,

Mais PEunuque amené nous sçaurons dauantage. Escoute, ton salut dépend de confesser, 32 Rien de la vérité derrière ne laisser,

Quel argument fonda l'accointance ordinaire

De Mariamne auec Soesme le faussaire?

35 Qu'as-tu de leurs deuis familiers entendu?

Dy moy le principal où ils auoient tendu.

Lors que ie fus mandé de l'Empereur Antoine, 38 Et que ie te laissay Gardien de la Royne.

Parle, que songes-tu? icy le tournoyer

N'est que de son plein gré au cordeau s'enuoyer.

EVNVQVE. [454]

41 SIRE, la qualité ne m'a permis infirme.

D'entrer en leurs secrets d'importance sublime, l'attesteray les Cieux & nostre aime Soleil,

44 N'auoir participé jamais d'aucun conseil. Qui vostre Majesté pernicieux regarde, Ains que mesmes en fis vne soigneuse garde.

HERODE

47 0 l'énorme mensonge ! ô la déloyauté ! Que tu n'as reconnu parray leur priuauté, Ce que contre Testât, ce que contre moy-mesme

50 L'vn & l'autre brassoit? 0 l'impudence extrême! Des gesnes, des bourreaux,

EVNVQVE.

Helas ! Sire, mercy, le confesseray tout, sans me traiter ainsy.

HERODE

53 Sus donc certainement, & en peu de paroles, Que ie discerneray certaines, ou friuoles.

EVNVQVE.

L'effroy retient ma voix au canal étoupé,

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