‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 169 sur 220 · V. 1358 - 1385. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 1358 - 1385. TRAGEDIE

Dont le tiltre me jette innocente en fureur, 59 Dont jamais le penser ne me tomba dans l'a me, Bien qu'a regret Cloton me prolonge ma trame, Bien que ie tende toute à vn heur souuerain, [472] 62 De trépasser plustost aujourd'huy que demain.

HERODE

La raison de vouloir mourir désespérée.

MARIAMNE

l'en ay plus que n'eut onc l'Espouse de ïherée.

HERODE

65 Où me suis-je poilu d'adultère pareil?

MARlAxMNE.

Les meurtres perpétrez m'apportent plus de dueil.

HERODE

Dequoy te souuient-il, meschante depuis l'heure?

MARIAMNE

68 Mon père & mon germain remémorez ie pleure.

HERODE

Tu ferois plus pour toy, peruerse de songer

A sortir du bourbier d'vn crime & t'en purger.

MARIAMNE

71 La fin de mes douleurs en doit estre l'issue, HERODE.

Oiiy, oûy, quant à ce point, tu ne t'es pas deceuë, Ton opiniastreté, tes reproches malins 74 Chastiez de la teste en feront d'orphelins.

MARIAMNE

Ceux du tige Royal après moy ie ne doute, Qu'ils ne soyent destinez à ta vengeance gloute, 77 L'insatiable soif d'vn père indigne d'eux, Qu'auorta l'Arabie en ces déserts hydeux.

HERODE

0 comble de forfaits! ô estrange manie! MARIAMNE.

80 0 généreux mépris d'vne orde tyrannie. HERODE.

Louue, cuiderois-tu porter impunément Ces blasphèmes vomis en ton forcenement? 83 Cuiderois-tu payer tes lubriques outrages. Tes conspirations, tes injures, tes rages, D'vn fardé repentir, d'vn remors, d'vn dédit ?

222 MARIAMNE v. 1386-1430.

86 Non certes, le chemin de ma grâce interdit, Ne se rouurira plus par prières, ny larmes, Tu ne me retiens plus en tes perfides charmes,

89 L'amitié conjugalle a rendu ses abois,

Que plustost, que plustost vne tere des bois Succède à tes faueurs couipugne de ma couche,

92 Mes bienfaits la tiendront par le temps moins farouche; le la reduiray mieux au joug de la raison, Que toy, serpent ingrat, malheur de ma maison. [474]

MARIAMNE

95 Lors que ie changeray de paroUe, ou de face. Barbare, en volonté de mendier ta grâce, Lors que ie m'oubliray tant que de recourir 98 Au bourreau de mon sang, de crainte de mourir, Thetis adonc perdra l'ordinaire amertume, Phœbus ira s'éteindre où sa lampe s'.illume, 1 Zephyre accoustumé de suiure le Printemps, Soufflera quand l'Hyuer nous hérisse les champs, Les Corbeaux vestiront du Cigne le plumage, 4 Philomele auec eux échangeant son ramage. Ne le présume pas sanguinaire, félon, Auant ie supplierois vn Scythe, ou yn Gelon, 7 Corsaire Fduraeen, race ignoble, n'estime Que Mariamne meure autre que magnanime.

Que pouuant de soy mesme elle n'eust enterré 10 Tes lâches cruautez dans ton flanc enferré, Qu'elle n'eust accomply ce que tu luy supposes. Sas donc, fay nioy mourir, il semble que tu n'oses.

13 0 peste abominable! ô Megere d'Enfer!

De vray ie tarde trop a te faire étouffer.

Ma clémence a bon droit tu blâmes excessiue, 16 Amis remenez-la, qu'au surplus on poursuiue

Tellement ce procès, sans intermission,

Que dans demain parfait sur sa confession, 19 Vne lustice égalle au forfait on me rende,

Faueur que celle-là vostre Roy ne demande. PHERORE.

SIRE, vous surmontez l'honneur de vos combats, 22 En ce Monstre impudent à ceste heure mis bas,

L'vtilité conjointe a si belle victoire

Deuiendra par les ans plus belle, & plus notoire, 25 Quels vœux n'auons-nous faits, de crainte retenus

Que Mars ne s'endorraist au sein d'vne Venus?

Que les allechemens de sa beauté sorcière, 28 Regaignapsent sur vous leur naissance première,

Coup qui n'importeroit pardonnant l'attentat,

Que de vostre ruine, & celle de l'Estat.

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