‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 188 sur 220 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

PHEDIME, DEMOCLE, ALCEE.

PHEDIME.

9 TTl Scoutez-moy d'vne oreille attentiue, ri i Qui ne se monstre à la raison retiue,

■^-^ Ains vous dispose a croire mon conseil, 12 Du mal commun salutaire appareil.

Qu'offre des Dieux la grâce inespérée,

ladis vn siècle en mes vœux implorée, 15 Non que d'abord, le désir s'opposant,

Gouste l'effet du remède présent;

Mais qui ne sçait que le Pilote sage 18 Cale son voile à vn mauuais passage.

Et qu'il conuient de toute qualité,

Cingler au vent de son vtilité?

21 Donc sans discours ore ie vous auise, [529]

Forcé du sort cruel qui me maistrise.

Nécessiteux jusqu'à l'extrémité, 24 Que pour franchir ceste calamité,

(,>ue pour joiiir de meilleure fortune.

Et vous & moy (car elle nous est vne) 27 l'ay d'vn Berger l'alliance receu.

Qui m'a trop humble heureusement deceu.

Qui veut Alcée, à la charge dp rendre 30 Content celuy qu'Espoux elle alloit prendre,

De l'enrichir, & luy trouuer ailleurs

Mille partis, ou égaux, ou meilleurs, 33 Songez enfans quelle misère apporte

Le mariage a ceux de vostre sorte.

La faim leur fait connoistre au premier jour, 36 Qu'où elle habite il n'y a point d'amour.

Sont-ils chargez d'vne race chétiue,

(Meuble premier qui d'ordinaire arriue) 39 Encore pis, les damnez de Pluton

Ne souffrent tant poursuiuis d'Alecton,

l'ayuieroy mieux, connue le plus facile, 4'i! Porter ce Mont qui brùl»» en la Sicile.

Tirons- nous donc d'vn tel gouffre inhumain,

Sans repousser qui vous pit-ste la main, 45 Donnons le fort au foible, ie proteste, [530]

Quant est de moy, la lumiei'e céleste,

250 ALCEE. v. 647—676.

Aymer le bien des deux égallement, 48 Mais il ne faut dilayer nullement, L'occasion chauue n'a qu'vne prise, Et fuit après quiconque la mesprise.

DEMOCLE.

51 0 lustes Dieux du parjure ennemis!

Qui le vengez sur ceux qui l'ont commis, Dieux protecteurs d'vne foible innocence,

54 Ne permettez, qu'en la sorte on m'offence.

PHEDIME.

Appelles-tu t'offenser, de pouruoir, A ton repos ainsi que tu peux voir?

DEMOCLE.

57 l'ose appeller extrême ingratitude,

Vers ma fidelle & longue seruitude,

De luy rauir son légitime pris 60 Par Auarice, où par trop de mépris.

PHEDIME.

Tu le prends mal, ma vieillesse chenue

De ton labeur longuement soustenuë 63 Trouue qui va te les recompenser

Plus que iamais ie n'eusse osé penser.

DEMOCLE. [539]

Ma recompense est la couche d'Alcée, 66 Diuin Soleil qui guide ma pensée,

La possédant ie ne manque de rien,

Sans elle au monde il n'est assez de bien.

PHEDLME.

69 Ta volonté me suffit reconnue.

DEMOCLE.

Non pas a moy ceste promesse nuë,

PHEDLME.

Si te dois-tu contenter de raison,

DEMOCLE.

72 Ouy, conspirant à nostre liaison, PHEDIME.

Ne luite plus contre vne destinée.

DEMOCLE.

Souuenez-vous de vostre foy donnée.

PHEDIME.

75 Mais ton malheur pend de la maintenir. DEMOCLE.

Vn plus grand heur ne sçauroit m auenir,

Page 1