‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 194 sur 220 · V. 887— 922. PASTORALE · texte numérisé non relu

V. 887— 922. PASTORALE

Mais, qui es-tu? quelque Démon possible, 88 Courant par l'air sous vn corps inuisible ? Visible.

Que pourrois-tu visible à ma douleur, Dy, quel remède appliquer au malheur?

L'heur.

91 L'heur que j'atten de la Parque procède, Son dard fatal ma guerison possède.

Cède.

Aussi ceday-je au destin du trépas, [552]

94 Auquel ta voix me dispose, non pas? Pas.

Pas, & quoy donc? en tel dessein volage Que puis-je après croire qui me soulage ? L'âge.

97 L'âge, tu ments, à trois siècles d'icy le ne feroy qu'accroistre mon soucy.

Sy.

0 pauure fol de prolonger ta peine 00 Pour vn accent que le vague pourmeine ! Repercuté du creux de ces vallons.

Sus, sus Democle, il faut mourir, allons, 3 Allons donner la teste la première.

CVPIDON.

Dompte inhumain ceste rage meurtrière.

Qui veut faucher PAuril de ton Printemps, 6 En mon secours vn Miitho tu attends,

Secours du Dieu qui te soufflit dans l'anie

Le doux brandon ci'vue pudique tiâuie, 9 Qui de son fiel te confit des douceurs.

Qui tes trauaux destine ]>ossc'sseurs. [553]

A recueillir leur agréable vsuro, 12 Egale au tort que to fait vn parjure:

Or se faut-il résoudre d'endurer,

Et du lut IIP sage ne murmurer.

DEMOCLE.

15 Transy de crainte, aueuglé de merueilles,

Puis-je mes yeux croire, ou bien mes oreilles?

Puis-je sans charme, ou bien sans vanité 18 Croire présente vne Diuinité,

Que tous mes vœux embrassent tutelaire,

Et d'où soldat j'espère mon salaire, 21 Maistre des Dieux pardonne à la frayeur,

M'aflfranchissant ce Dédale d'erreur.

258 ALCEE. v. 923— 962.

CVPIDON.

Ferme d'espoir poursuy la destinée, '^4 Que te prescrit ma parolle donnée,

Et n'outrepasse en rien ce mandement

Qui de ton heur pose le fondement, 27 Retourne droit où ton ame demeure,

A point nommé, gardant qu'elle ne meure,

Va Médecin d'vne chaste beauté, 30 Qui réciproque amour & loyauté,

Va retirer la moitié de ta vie,

Dans le sepulchre, où autant vaut, rauie, [554]

^^ Non que si tost tu doyues espérer

Le fruict promis de tes peines tirer ;

Mais vn effort de suprême infortune, 3^ Comme au sortir du nuaçe la Lune,

Te restablit plus de félicité,

Qu'onque tu n'as souffert d'aduersité, 39 Ne tarde plus, & désormais publie,

Qu'oncques Amour ses vrais sujets n'oublie.

DEMOCLE.

le te rends grâce & de bouche, & de cœur, 42 0 de l'Olympe, & du monde vainqueur,

Faccompliray ta volonté sacrée.

Qui de mon mieux tient l'espérance ancrée, 45 Stable en la foy de ta protection,

Cest abrégé de la perfection,

Me reuerra porter sa médecine, 48 Et si le Ciel menacoit de ruine,

De m'effrayer ne seroit suffisant,

Que doit-on craindre, vn Dieu nous conduisant?

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