SCENE I
DEMOCLE, PHEDIME, ALCEE.
DEMOCLE.
3 nVTE m'vsez plus d'excuse, ou de prière, 1^ le reconnoy ma fortune première,
"^ De rien accreu, pour m'en glorifier, 6 Mon heur consiste a se pouuoir fier,
Sur ce remors exprimé du courage,
Ma nef alors ne craindra plus d'orage, 9 le suis content, ie suis trop satisfait,
Si du propos vous venez h l'effet,
Si la moitié de mon ame rendue, [569]
12 Vainqueur j'obtien la palme qui m'est deuë,
Espoux d'Alcée, hé! que voudroy-je plus?
Le souuenir des outrages exclus, 15 Disposez lors de mon sang, de ma vie;
Lors ie ne porte à lupiter d'enuie,
Deux beaux Soleils me luisent en ses yeux, 18 Et où elle est là se trouuent les Cieux.
Bref, nous n'aurons la paction tenue,
Discord aucun sur la chose auenuë.
266 ALCEE. v. 1221-1252.
PHEDIME.
21 Ton naturel de parfaite bonté
Ne peut changer, or qu'il eust volonté,
Tu es toujours Democle, vray raodelle 24 D'vn seruiteur à l'extréiTie fidelle,
Tu es toujours l'appuy de mes vieux ans.
Aussi les Dieux j'atteste Tous-puissans, 27 Que ma promesse immuable accomplie,
Sous le deuoir de l'équité se plie,
Tu tiens mon cœur à ta deuotion.
30 Tu tiens le prix de son élection
Mais le péril panche sur ta maistresse
De l'aller voir secourable te presse, 33 Proche du lit ie m'en vay l'éueiller.
Si la douleur luy permet sommeiller. [-^70]
Bonne nouuelle Alcée? ie rameine 36 Celuy qui cause & doit finir ta peine,
Tourne les yeux sur ton Democle cher.
ALCÉE
Ne me venez d'vn mensonge allécher, 39 Democle, helas ! par vostre perfidie
Ne sçauroit plus guérir ma maladie,
Ores plongé dans l'éternelle nuit, 42 Où la douleur sur ses pas me conduit.
DEMOCLE.
Grace(s) à ce Dieu, ce petit Dieu qui voile.
ALCEE.
0 doux accent! agréable parolle!
DEMOCLE.
45 Prest d'expirer à vos pieds ma douceur, Vous me voyez, il n'y a rien plus seur.
PHEDIME.
Sus, ie vous laisse auec pleine puissance 48 De rafraischir l'antique cognoissance, Distrait ailleurs en affaire important De mon repos, qui m'appelle & m'attend.