SCENE III
DORILAS, PHEDIME, DEMOCLE.
DORILAS
LE cœur d'effroy me palpite, vne glace Caille mon sang, & m'appallist la face, oo Au mandement de Dydime receu,
Duquel encor le sujet ie n'ay sçeu.
Venez (m'a dit Coridon) tout à l'heure, 56 Pour certain cas qui caché me demeure,
Que le bon-homme au logis vous dira.
Impatient de l'ardeur qu'il en a.
59 Las! quel besoin de telle promptitude?
Sur l'accident i'ay trop de certitude,
Ma fiere Alcée, hostesse du tombeau, 62 Amour n'a plus de traits, ny de flambeau,
Elle a passé le fleuue irrepassable,
Moy de sa mort complice punissable, 65 Moy qui causay l'exil de son amant,
Deux à la fois ainsi desanimant,
Ha! de remors mon ame becquetée [578]
68 Souffre vn Vautour pire que Fromethée. Mais de penser en penserie me suis
Coulé resueur iusques prez de son huis; 71 Et l'apperçoy qui joyeux d'apparence
Renforce vn peu ma débile espérance.
PHEDIME.
Berger, appreste vn Hécatombe aux Dieux, 74 De ton repos, & du mien soucieux,
La beste prise en ma toille tendue,
A ton Alcée à la santé rendue, 77 Pourueu qu'accort tu me tiennes la main,
le te la mets en ta couche demain.
DEMOCLE.
0 perfidie exécrable sur toutes!
80 0 qu'à bon droict ma Nymphe tu redoutes! 0 qu'à propos tu me fais descouurir Leur trahison qui commence à s'ouurir.
DORILAS
83 L'heur m'ébloiiit de ces bonnes nouuelles.
Que par Enigme ores tu me reuelles,
Ne laisse donc mon esprit suspendu, 86 A vn récit plus ouuert attendu.
PHEDIME. [579]
Suiuant l'oracle informé de Testile, Comme chemin plus court & plus vtile,