V. 1888—1928. PASTORALE
A son vainqueur l'Olympique Couronne,
Logé chez-toy? nostre départ jura 90 Vne amitié qui depuis me dura,
Et dure encore, trop heureux d'vn rencontre,
Où ma parole immuable se monstre.
LYGDAME.
93 Tu serois donc Eucrate, que l'on dit
Chez Pan tenir vn suprême crédit.
Que grand Pontife honore l'Arcadie, 96 Duquel chetif, le secours ie mendie.
Si le Ciel daigne vn amy susciter.
Qui mon bon-heur vueille resusciter. [606]
EVCRATE.
99 Sçais-tu que c'est Phedime, l'alliance De ce Vieillard prise sur ma fiance ; Vieillard comblé de biens & de renom, 2 Terminera sous les loix de lunon Vos differens, ta fille dessur l'heure lointe a son fils pour fortune meilleure, 5 Car aussi bien eux deux ne sont qu'vn cœur, Appariez d'Amour ce grand vaincœur.
PHEDIME.
Las! qui croiroit que purgez de rancune, 8 Sans dédaigner ma trop vile fortune, Leur grâce deust certaine à Pauenir, Des torts receus noyer le souuenir?
11 Me voila prest, que mon vnique Alcée Scelle vn oubly à la faute passée.
LYGDAME,
Mon fils content, ie seray satisfait, 14 Mon fils content, ce mariage fait,
Pourueu sans plus qu'vne femme luy plaise.
Il a dequoy la tenir à son aise:
17 Auise donc, cher espoir sur ce chois,
Qui ae permet en la vie vne fois.
DEMOCLE.
0 heureux choix résolu dans mon arae ! 20 Choix d'vn objet qui l'Amour mesme enflàme, [607]
Choix d'vn Phœnix de pudique beauté.
Qui n'eut jamais pour moy de cruauté, 23 Choix que feroit lupiter en ma place.
Choix que j'estime vne indicible grâce ;
Ouy, ouy mon i)ere à telle élection 26 le me sousmets de pure affection.
Qui ne pourroy viure séparé d'elle,
Et qu'vn bon-heur ne doit rendre infidelle.
286 ALCEE. v. 1929—1970.
LYGDAME.
29 l'approuue fort vne telle amitié,
Qui ne vacille imparfaite à moitié,
Bien que chez-nous auec plus de richesse 32 Tu te pouuois donner vne Maistresse,
Mais oîi est-elle? approchez-moy des yeux
Ce chaste objet, ce moule gracieux, 35 Qui doit emply d'vne race féconde,
Faire mon nom reuiure par le Monde?
PHEDIME.
Dépesche Alce'e, à ce beau-pere humain 38 D'hommage deu preste le baise-main,
Vien l'honorer d'vne humble reuerence;
Et après luy tu peux en asseurance 41 Chérir le fils désormais ton Espoux,
M'amortissant son trop juste courroux: [608]
Toy Dorilas, dessus la destinée, 44 Inéuitable à toute chose née,
De patience armé dois rejetter
Nostre dessein que tu vois auorter, 47 La volonté pour cela te suffise.
Captif tu vois que le sort me maistrise.
DORILAS
laçoit que tard, il me déplaist assez, 50 D'estre l'autheur des differens passez.
Et qu'vne ardeur de jeunesse insolente,
Sur leurs Amours attenta violente, 53 le m'en repens, punissable cent fois,
Comme séduit d'vn phrenetique chois,
Comme porté d'vne horrible manié 56 Pour exercer vers toy ma tyrannie,
Vers toy Cydippe, où la perfection
Loge à jamais ma saincte affection, 59 "Vers toy Cydippe, à bon droict irritée
De ma rigueur nullement méritée,
Vers toy Cydippe, à laquelle ie veux, 62 La larme a l'œil consacrer tous mes vœux,
Reçoy ma Nymphe à mercy cest esclaue,
Qui dans ses pleurs son inconstance laue, 65 Qui reparant l'antique cruauté, [609]
Tout se soumet aux loix de ta beauté.
CYDIPPE.
Dieux ! puis-je ouïr vne telle paroUe, 68 Sans qu'au récit TAme d'aise s'enuole ? Puis-je après tant d'orages moissonner.
Et mes labeurs voir ainsi couronner?