‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 25 sur 220 · V. 999—1026. D'ACHILLE · texte numérisé non relu

V. 999—1026. D'ACHILLE

99 Q'outrageux ie rauisse vne femme en mon lit;

Que dy je, vne Déesse? 0 Tenoime délit!

M'en preserue le Ciel, vne amitié forcée 2 Est autant que la loy de nature faussée,

Qui possède le corps du courage éloigné,

A beaucoup indiscret, plus perdu que gagné, 5 La fueille au lieu du fruict de l'arbre luy demeure;

Que de mille trépas auparauant ie meure.

POLIXENE.

Pourueu qu'vne constance immuable auivist ; 8 Mais qui ta violence excessiue ne vist?

ACHILLE

Où l'honneur & la teste on auance d'hostage.

POLIXENE.

Certes en son pouuoir l'homme n'a dauantage.

ACHILLE

11 Promets tu de m'aimer d'vn véritable amour? L'effect apparoissant, & dés le premier iour.

POLIXENE.

Véritable, pourquoy?

ACHILLE

la haine féminine, 14 Plus que les te ux à craindre, & que l'onde mutine. Dure vn siècle couuerte, & rarement dcmort, Que Tobject menacé n'encoure vn mauuais sort.

POLIXENE. ,

17 Saisy de telle peur, ie ne voy d'apparence.

ACHILLE. [59

Pardonne moy; mon heur, ie sçay la différence; 11' la sçay, ie la croy, comme extraite du Ciel, 20 Tu ne gardes au cœur, ny vindicte, ny fiel; Confirme d'vn baiser la parole donnée.

ImQiortel, ie dépite après la destinée.

POLIXENE.

23 Une loy du païs, pour adultère tient

Qui de telles faueurs le nopçage préuient.

ACHILLE

Ma franchise t'absout de ce deuoir inique;

POLIXENE.

2G Mais cela se prendroit d'auspice tyrannique.

Hardy H. 3

36 LA MORT v. 1027-1066.

ACHILLE

Qui le tesmoignera V

POLIXENE.

La crainte que i'aurois Vaut plus que cent tesmoins.

ACHILLE

refusé, ie croirois 29 Esconduit de si peu, que forclos de ta bouche, A plus forte raison ie le suis de ta couche.

POLIXENE.

Voila mal appliquer vne comparaison,

32 Chaque chose a son temps, & sa propre saison; rgQ-i Tu me soupçonne froide, Helas! qui verroit l'ame, ^ D'ignare, ou d'imposteur te donneroit le blâme.

35 Achille, à ton sujet elle n'est que de feu. Sans honte ie le dis, ie l'auouë, ayant eu L'indice souhaitté, la preuue, la coupelle

38 Des réciproques feux d'vn amour mutuelle.

Hé ! Cieux, combien de fois du haut de nos rempars, Alors que ta fureur foudroyoit nos soldars,

41 Qu'en la forme d'un Dieu, sous des armes brillantes, Tu jonchois de Troyens les campagnes dolentes; Combien ay je versé de regrets douloureux

44 Prié de tout mon cœur les astres coléreux T'inspirer, conuerty, t'amolir, te réduire, Bastant de nous sauuer, comme de nous destruire?

47 Dommageable i'auoy (lea Cieux m'en sont tesmoins) Plus de peur de ta mort, que les Grecs, neantmoins Possible à mon auis du futur inspirée [gi]

50 De ta claire vertu deslors énamourée, L'infortune d'Hector me touchoit viuement, Le sang me commandoit, il ne peut autrement;

53 Des imprécations se meslerent aux larmes, Contre son homicide, & ses fatales armes; Mais remise depuis, i'ay pensé que ta main

56 Généreuse n'auoit rien commis d'inhumain ; Rien que de juste droit, encontre vn aduersaire, Qui proche de valeur t'adstraignoit au pis faire,

59 Repose ce Héros, qui mort au lit d honneur, Au lit de pieté eut vn double bon-heur. D'expirer, subjugué du plus vaillant des hommes,

62 Tost ou tard nous suiurons ces pas tant que nous sommes, 11 n'en faut plus parler, il ne faut plus songer Qu'en la commune paix du destin se ranger,

65 Qu'enseuelir nos pleurs, nos maux, nos funérailles, Puis qu'il te plaist ainsi, dedans ces espousailles.

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