‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 3 sur 220 · A MONSIEVR HARDY · texte numérisé non relu

A MONSIEVR HARDY

I'Ay veu le Tyran forcené, N'auoir autre loy que sa rage, 3 Et tenir vn peuple enchaisné Sous le faix d'vn cruel seruage, Mille peines & mille soins 6 Occupoient son ame agitée, Et de ceux qu'il redoutoit moins, La mort luy estoit apprestée.

9 l'ay veu l'Amoureux insensé Priser ce feu qui nous deuore, Et sans regret du temps passé 12 Se résoudre d'en perdre encore:

L'ardeur sujette à s'alentir, Alors que l'âge nous accable, 15 Ne luy laissoit qu'vn repentir, Foible recours d'vn misérable.

l'ay veu le fol ambitieux, 18 Chercher sa mort dedans la presse, Suiuant vn désir furieux, Qui ne luy donnoit point de cesse:

21 Ainsi qu'il auient dans la nuit,

Lors que les ardentes lumières [8]

Entrainent celuy qui les suit, 24 Aux Gouffres des creuses riuieres.

l'ay veu ces esprits de Métal, Dans les tourmens, dans les détresses, 27 Forger vn crime capital

En l'vsage de leurs richesses; Tousiours languissans, souffreteux, 30 Esclaues de la défiance, Et d'autant plus nécessiteux.

Qu'ils auoient plus grande abondance.

33 En fin i'ay veu ces actions Les plus fréquentes de la vie, l'ay veu toutes ces passions 36 Dont souucnt elle est asseruie:

Et dans tes Poëmes diuers Elles sont tellement dépeintes 39 Par les traits hardis de tes vers, Que l'on ne les tiendroit pour feintes.

Les personnages empruntez 42 Qui sont introduits en tes scènes

Dans leurs desastres racontez

Marquent nos vices, & leurs peines:

4«^ Plus souuent on se sent toucher,

Si faut-il pourtant qu'on en rie, [91

Puis qu'on ne sçauroit se fascher ^° D'vne si iuste tromperie.

Peut-on souffrir l'antiquité,

Qui vante la scène Grégeoise, ^1 Trop superbe en sa pauureté,

De s'égaler a la Françoise?

^ La nostre a bien plus d'ornemens ^"^ Depuis que tu en es le guide.

On laisse ces vieux monuuiens

D'JEschile, Sophocle, Euripide.

^' Tu les as surmontez tous trois;

Et les doctes filles de Grèce,

Encore que tu sois François, "^ T'ont fait leur plus grande largesse ;

Pour toy leurs thresors sont ouuers,

Et l'on permettra que tu dies,

Qu'a peine ils ont tant fait de vers,

Que tu as fait de Tragédies.

LAMY, Aduocat en Parlement.

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