‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 51 sur 220 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

AMFIDIE, CORIOLAN.

AMFIDIE.

Vi es-tu? qui t'ameine ? à quelle intention As-tu de m'aborder trouué l'inuention 29 ^'"^ Par vne voye oblique, vne audace craintiue? Ainsi qu'vne ame triste, suppliante, & chetiue; Parle donc librement, ne me déguise rien, 32 Mon secours est ouuert à tous les gens de bien.

CORIOLAN

Dessus ceste asseurance à toy ie me decelle, Moy, qui porte le nom d'vne i^^we-haine mortelle

35 Vers les Volsques jadis exercez aux combats, (CorioUe le sçait) que ma vertu miat bas ; D'elle ie fus nommé, c'est moy-mesnie Amfidie,

38 Que les miens possédez d'ingrate perfidie

Recompensent iolons d'vn exil vergongneux; [133]

Vse donc de l'outrage & le tourne contr'eux.

41 Reçoy des ennemis vne honorable vsure, Hardy H. 5

68 COROLIAN v. 442-487.

M'employant à venger nostre commune injure, A distraire l'orgueil forcené des Romains ;

44 Tay le mesme courage, auec les mesmes mains, Le courage, que dis-je? il est bien d'autre sorte, Mon esprit plus subtil, & ma dextre plus forte,

47 Animez de rancœur s'immortaliseront.

Plus qu'ils n'ont fait pour eux à l'encontre feront : Au contraire éconduit par vostre Seigneurie,

50 le m'oflre de bon cœur victime à sa furie, Et heureux, & content de ne résister plus. Mes jours du doux espoir d'vne vengeance exclus,

53 Espoir en elle assis qui me faillant en elle, La vie me rendroit ennuyeuse & cruelle. Me contraindroit d'auoir à ma dextre recours,

56 Et fléchir l'Acheron, les hommes m'estans sourds.

AMFIDIE. [134]

Releue ton courage, indompté Capitaine!

La bonne volonté des Volsques t'est certaine,

59 En leur protection ie te plege receu :

Quant au rancœur jaloux d'vne gloire conceu, Réciproque entre nous chefs de partis contraires,

62 Desores, ie l'adjure, atteint de tes misères, Exemplaires à moy, qui d'vn peuple inconstant, D'vn peuple injurieux suis pour souffrir autant.

65 Que donc il sçache en toy, qu'vn homme luy peut nuire, Combien le dejettant est à craindre son ire; Qu'il apprenne à garder, & mieux recempenser

68 Vn qui peut sa fortune esleuée abaisser, ««««--^Vn (ie ne feindray point deuant toy de le dire) vf i- ' Dont la dextre seruoit de nerfs à son Empire,

71 De bouclier, de rampart, de matière d'orgueil. Mais quel mauuais Démon luy a tant sillé l'œil? Tant fauorable à nous ébloûy sa prudence,

74 D'oser iusques à toy estendre sa licence? [135]

S'attaquer à ta gloire, & inique outrager Vn, à qui des Autels elle deust ériger?

77 L'énormité du faict, la grandeur de l'injure, Me retiennent suspens d'vne telle auanture.

CORIOLAN

Helas ! demande-tu si l'enuieuse dent 80 D'vn vulgaire ennemy cause cest accident ?

Es-tu de sa morsure exempt iusques à l'heure?

Ouy, né dessous l'aspect de fortune meilleure, 83 Ayant à gouuerner des agneaux innocens.

Au prix de moy chetif, ces lyons rugissans:

Ces barbares confits en fraude, en felonnie, 86 Qui m'ont voulu tenir suspect de tyrannie.

Faussement imputé, i'en atteste les Dieux!

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