‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 69 sur 220 · V. 1153—1196. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 1153—1196. TRAGEDIE

Afin du tort, ou droit maintenant rendre conte De chose dont pour toy le Ciel rougit de honte,

55 D'excès pendant icelle infinis perpétrez,

Nos desseins, nos labeurs par ton moyen frustrez: Regarde (obéissant) doncques de te démettre

58 D'vn pouuoir absolu, qui ne veut point de traistre. Apres il conuiendra me respondre accusé, D'vn pouuoir dont tu as lourdement abusé.

CORIOLAN

61 Comme de gué de tous i'ay la charge acceptée, le la rendray m'estant du gré de tous ostée. le ne diffère point de dire hautement, 64 Tout ce qui s'est passé sous mon gouuernement, [178] En rendre conte à vous, & à ceux de la ville. Qui sçauent s'il leur fut dommageable & vtille. AMFIDIE.

67 Homme double de cœur, ingrat cent & cent fois, Inuenteur de ruines, & refractaire aux loix, Qui t'a meu d'arrester le cours de nos trofées? 70 De nous entretenir des guerres étouffées ? Qui la première fois te permit d'accorder Vne tréue aux Romains, sans nous le demander? 73 Leuant le siège alors que de crainte esperduë Leur ville s'en alloit en peu de iours rendue. Pourquoy depuis as-tu de pouuoir absolu, ^,,

76 Auec eux vne paix honteuse résolu? . , v^'^'*"^

Nostre siège leué, abusant d'vne armée f^^t f

Capable de courber dessous la Renommée ' y^^Xjr^

^\S9 L'vniuers effroyé, non pas vne Cité ) f\ il

"^ Dy nous traistre, qui t'a de. ce faire incité?

Si c'est recognoissant l'honneur que nous te fismes 82 Quand vne telle flotte en tes mains nous te mismes? >. Que moy-mesme portay la parole pour toy, [17-9]

^Dépesche, sans forger des ruses, respons moy? CORIOLAN.

Vous plaise mes raisons ouïr en patience; Il ne se trouuera de certaine science, Que i'aye rien mépris, que de déloyauté

88 Reprochable ie sois vers la Communauté.

Rome au commencement de la guerre entreprise, Prendre onc ie n'esperay, ny vous qu'elle fût prise,

91 Nostre but n'y tendoit, nous n'auions volonté, Leur puissance affoiblie, & leur orgueil dompté. Sinon de retirer vos places détenues,

94 Factions auec eux de ma part conuenuës. Promesse exécutée auant que retourner.

AMFIDIE.

Tu as donc là voulu nos victoires borner?

ï , 88 CORIOLAN v. 1197-1224.

CORIOLAN

\ 97 Tay douté le hazard des armes journallieres. vi AMFIDIE.

Quel hazard en des murs leurs forces prisonnières ?

CORIOLAN

L'extrême desespoir d'vn ennemy vaillant, 00 A produit de grands maux au vainqueur insolent. [1801

AMFIDIE.

X La trahison d'vn chef estrangev plus a craindre, Aux crédules souuent apporte dequoy plaindre. CORIOLAN.

3 Veulent les Dieux bénins, que vous n'ayez jamais Dequoy vous plaindre plus que d'vne telle paix.

AMFIDIE.

N'as tu (sollicité de prières de femmes) 6 A nostre armée enjoint vne retraite infâme V

CORIOLAN

Las ! ie ne sçache aucun de vous qui n'eust fléchy, Et par la pieté de son deuoir gauchy.

AMFIDIE.

9 Vous voyez qu'il confesse à plain sa perfidie. . LE CHŒVR.

-^ Le traistre n'a que trop nostre teste estourdie

D'inutiles discours, trop mérité la mort, 12 Que nous luy donnerons sur le camp d'vn accord.

CORIOLAN

Au secours mes amis, à l'aide, on m'homicide.

LE CHŒVR. |-jgl-j

Trébuche, déloyal, au fleuue Acherontide, 15 Va trahir de Pluton les Mânes si tu peux.

^/^ CORIOLAN

Arrestez Citoyens, où auez-vous les yeux?

LE CHŒVR.

Te voila guerdonné d'vn mérité salaire, 18 Et qui voudra t'ensuiure effroyable exemplaire?

AMFIDIE.

-"^z Le peuple n'a rien fait, iustement mutiné,

Qn^e^kecuter du Ciel vn Arrest destiné, 21 Ne se voulant Tyran déposer de l'Office, Il n'y deuoit contraindre auec ce sacrifice, Loiiez-le donc de l'acte, au lieu de le blâmer, 24 Au lieu de le cuider de propos reprimer.

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