V. 265-309. TRAGI-COMEDIE
Tant y a soucieux, de l'ame inquiétée, [211]
l'appercoy ce quartier d'vne beauté' vantée,
67 Où le charmeur Amant qu'elle cache en ses yeux, Cloûoit a mon auis les vostres curieux. Lors que parmy l'horreur de la nuit etoillée,
70 Comme l'ombre paroist d'vne Dame voilée.
Qui peu à peu se hausse, & debout deuant moy, D'vne voix douloureuse informe qui i'estoy,
73 Espagnol aueré, somme la courtoisie, (Qui chez ma nation sa retraite a choisie) De la vouloir conduire en lieu de sauueté,
76 Où elle & son honneur fussent en seureté; Prière plus soudain, que faite, exécutée, Car au logis d'abord en la chambre montée,
79 l'ay fait hastiuement le Page retirer,
Ne souffre autre que moy la voir & î'esclairer, Qui peut à peine vn lit atteindre, que pâmée,
82 Et la porte sur nous vislement refermée; Ainsi que mon secours la visite de prés, Vn Soleil de beauté me decouure ses rais,
8ô Me rauit de merueille, & k soy reuenuë
Demande si ie l'ay quelqu'autre part connue. Ce que nié, tant mieux (dit-elle) vueillez donc
88 Vne Dame obliger, si vous le fistes onc, [212]
Qu'en premier lieu, sur tout, homme viuant ne sçache L'asile fortuit qui pour l'heure me cache,
91 Vn second bénéfice à ce besoin requis,
Que le temps ne permet sur son motif enquis. Vous conjure d'aller où m'auez rencontrée,
94 Et la rue au dessous plus auant pénétrée.
Si quelque affreux tumulte entre des combatans Peut de vostre secours se préualoir à temps,
97 Neutre, sans affecter vn des partis contraires, Au nom de vos vertus, mes armes tutelaires Mettez la paix par tout, car, (cruel déconfort!)
00 En telle part que Mars douteux tourne le sort, le souffre égallement, ma mauuaise fortune Reçoit des deux costez vne perte commune, 3 Engagé de parole a luy plaire en cela, Mon cœur marche résout d'arriuer jusqucs là.
D. IVAN
S'appelle que n'auez rien dauantage à dire. D. ANTHOINE.
6 Est-ce peu de tenir escheu sous vn Empire, Le Phœnix des beautez & des perfections V
D. IVAN
L'Empire me plairoit de ses affections; [213]
9 Or veux-je reciter aussi mon auanture,
102 CORNELIE v. 310-354.
D'apparence incroyable, & d'estrange nature.
Coulé prés clés lauriers où reçoit ma Cypris 12 Les vœux humiliez des captifs qu'elle a pris,
Certaine Damoiselle attendoit sur la porte,
Que le nom de Fabye à mon oreille porte, 15 S'informe si c'est luy du murmure confus,
Et dessus mon oûy, (car soudain ie le fus)
Me charge d'vn fardeau, par exprés me commande, 18 Qu'ailleurs, mais en lieuseur, lamesmeiemerende,
Imaginez dequoy consistoit ce fardeau?
D. ANTHOINE
D'équipage de femme,
ains d'vn enfant plus beau,
21 Que la plus belle Image, & qui venoit de naistre, Soudain ses cris piteux demandent à repaistre. Exclus de la maison, force me fut alors,
24 De porter ébahy, chez nous ce petit corps, D'illustre extraction, veu que ses langes riches Ne peuuent procéder de gens pouures & chiches, [214]
27 Vne Nourrice vint secourable soudain, ^ Qui ce sacré depost a receu de ma main, Qui changea de maillots ceste innocence nuë,
30 Crainte qu'elle ne fût à son dam reconnue, La chose succéda selon ma volonté, Qui tourne bride après d'vn courage indompté,
33 Deuers le rendez-vous donné à l'indiscrette. Proche, vn bruit de combat court par l'ombre muette, L'ïiir brille estincelant aux coups réitérez,
36 Que donnent se croisans les estocs acerez.
Au milieu de la troupe, vn seul (braue sans doute) Se trouue enueloppé, qui la mort ne redoute,
39 Qui plustost qu'apperceu secourable me sent, Mais tombé de malheur sur le paué glissant. Son extrême péril redouble mon courage,
42 le détourne opposé la fureur de l'orage. Tel chamaillis adonc émeut le Citoyen, Aux fenestres pendant, salutaire moyen ;
45 Qui chasse l'ennemy troublé, sur l'apparence D'vn qu'il repute mort en pareille occurrence. Soudain voicy venir deuers nous du renfort, [215]
48 A part entretenu de ce Seigneur accort. Que (prié) j'abandonne, après mille louanges. Mille submissions de complaintes estranges,
51 Si que bon gré, malgré, ce Héros valeureux Me donne ce chappeaii de monument heureux. Si qu'vn calme venu nous retire de peine,
54 Et ores que la chose à son poinct se rameine;