SCENE II
ALPHONSE SEVL.
93 TNfame, déloyal, sacrilège, parjure,
I Quelle expiation suffît à telle injure? Suffit à reparer le bris de ton honneur, 96 Suffit à recouurer la source de ton heur?
Infâme, déloyal, scélérat «fe perfide;
Encor seroit-ce peu, absent du parricide, [218]
99 Que tu viens de commettre, abandonnant craintif,
Celle qui tient l'amour en ses liens captif,
Celle que lupiter accepteroit d'Espouse.
2 Le diuorce permis de sa rogue jalouse,
Laissée à la rigueur cruelle d'vn germain,
Qui mère & fils possible estoutl'e dans demain, 5 Qui pour ne lire pas dans ta saine pensée,
Sur elle assouuira sa rancune insensée.
Ha! chère Cornelie! Ah! mon ame, où et-tu ? 8 N'attens plus de discours sinon de ta vertu.
Ma dextre qui pensoit profiter secourable;
Le Cautère appliqué rend son mal incurable ; 11 Orphée impatient sur le sueil des Enfers,
Le Soleil de tes yeux d'oresnauant ie perds.
0 malheur! plus cruel que du chantre de Thrace ; 14 La perte entraînera nostre petite race,
0 justes Cieux ! plustost éclattez ce meschef,
(L'vn & l'autre affranchis) sur mon coupable chef, 17 Coupable, pour auoir d'vne seruile crainte
Caché les honneurs deuz en public à ma sainte.
Pour auoir sous le mors du respect maternel, [219] 20 Entaché mon renom d'vn dittame éternel,
Pour auoir préféré l'iuipieuse folie
De parole de femme, à ce Dieu qui me lie; 23 Pardonne Amour pardonne, Helas! pardonne moy,
Et l'hommage reçois d'vne nouuelle foy.
Si tu me rends jamais la moitié de mon ame, 26 Si tu me rends jamais dans le sein de ma Dame,
Au cas que ie luy nie vn office d'Espoux,
Nostre lîymen célébré à la face de tous, 29 Emprunte alors ce trait que lupiter desserre,
Horrible de fureur sur les fils de la terre;