V. 499-535. TRAGI-COMEDIE
CORNELIE.
Sans que l'autre party souffre dommage aucun.
D. IVAN
Cela ne se pouuoit, dix ou douze contre vn. CORNELIE.
1 La fiéure de ma peur plus lente diminue, Puis que sans autre mal a creué ceste nuë, [224]
Vn seul soucy nie reste, vn soucy renaissant, 4 A ton occasion (déplorable innocent,) 0 sensible regret ! appaise ta furie ; Quelle voix icy pre's enfantine s'écrie? 7 Renfort d'vn creue-cœur qui ne s'ose exhaler, Ne me vueillez que c'est, dauantage celer?
D. IVAN
N'agueres dans la rue oii Ton vous a dépeinte,
10 l>u combat aduenu la véritable feinte, Parauant la meslée vn désir curieux Me tenoit attaché de l'esprit & des yeux,
13 Lors que certaine Dame en ténèbres confuse, M'a chargé d'vn enfant, qui le trompeur abuse. Finesse trop fréquente à nous, par chaques jours
\Q Batus & rebatus de tels semblables tours ; Sa débile clameur m'a transi le courage, le l'apporte en mes bras, m'inforinant dauantage;
19 Or pourueu de Nourrice, il est à présumer, Que l'on l'entend d'icy son tetin reclamer.
CORNELIE.
Ha! quels coups redoublez m'élancent les entrailles, 22 Les pincettent plus fort de flambantes tenailles; [227]
Faites, faites venir le chetif hmgoureux,
Qui présage au crier son destin rigoureux, 25 Qui m'oblige en ses cris au secours que Lucine
Peut du sexe exiger sortant de la gesine.
D. ANTHOINE
Vous serez obeïe.
CORNELIE,
He ! que ne puis-je voir 28 Sur quelques ennemis résulter ce deuoir? ^
Et combien doit sembler dure l'obéissance, Qui sçaura du sujet la douloureuse essence, 31 Qui sçaura ma misère incroyable au récit. 0 qu'vn chaste dessein honteux me reiissit : Approche, approche icy petite créature.
34 0 Céleste miracle ! ô Céleste auanture ! 0 pourtraict animé d'vn père généreux.
108 COTINELIE v. 536-567.
Gage de son amour cent mille ^ois heureux; 37 Quel Ange protecteur, quoi gardien génie
Modère mes ennuis, ma douleur a finie ?
La merueille rauit mes sens & mes esprits, 40 D'vne syncope à coup stupidement surpris.
D. IVAN. [228
Semblable affection qui l'ordinaire passe, Montre vn instinct de Mère à Tendroit de sa race, 43 Qu'en dites-vous?
D. ANTHOINE
Le cœur me le présage ainsi, Veu les conformitez qui s'assemblent icy.
CORNELIE.
Ne permettez, Seigneurs, de grâce, qu'on emporte 46 Celuy hors de céans, qui mon dueil reconforte,
Trop récente accouchée, il n'est en mon pouuoir
De l'alaiter encor, pitoyable deuoir, 49 Et qui luy voudra mieux le tetin faire prendre,
Il faut d'vn peu de miel oindre son palais tendre ;
Donc osté, donnez-raoy quelque chose à manger, 52 Qui libre, veux après de soupçon vous purger,
Vous dicter d'vn Amour la véritable histoire,
Qui ne mérite moins de pitié que de gloire.
D. ANTHOINE
55 Madame, le bon-heur me tient prests là dedans Certains fruicts, qu'on diroit dessur l'arbre pendans, Qu'ainsi que curieux moy-mesme ay fait confire,
58 Vous pourrez differens selon le goust élire.
CORNELIE.
Cuite de soif i'auroy besoin d'vn verre d'eau.
Cela sera ma charge,
CORNELIE.
0 Céleste flambeau !
61 Soleil, vis-tu jamais pareille courtoisie? Ou d'vne affliction retraite mieux choisie?
D. ANTHOINE
Sus, Madame ; courage, auisez vn petit 64 Plus gaye à vous remettre ores en appétit.
CORNELIE.
Suprême Deité qui gouuernes le monde, S'il auient que l'etfect a mes vœux ne responde, 67 Ingratte demeurée aux plaisirs conférez.