‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 22 sur 99 · SCÈNE IX ISABELLE, BRANLARD · texte numérisé non relu

SCÈNE IX ISABELLE, BRANLARD

BRANLARD

Qu'est-ce donc que ceci? Qu'avez-vous, mon aimable?

ISABELLE

Je ne veux plus de Barbe, elle est insupportable.

BRANLARD

Plus de Barbe! Comment pouvoir vous en passer?

ISABELLE

Elle m'échauffe plus qu'on ne saurait penser ; Il faut toujours qu'on crie ou qu'on sue avec elle!

BRANLARD

Quoi ! l'auriez-vous surprise à n'être pas fidèle ?

ISABELLE

Puisqu'il faut m'expliquer, mon frère est son amant. Et je les ai surpris ensemble en ce moment.

BRANLARD

Quoi! c'est là le sujet qui vous met en colère? C'est une bagatelle, allez, laissez-les faire.

ISABELLE

Mon frère a peu d'honneur.

BRANLARD

Eh bien ! c'est pour cela Qu'il en cherche partout.

ISABELLE

Fort bien, il est bon là.

BRANLARD

Allons, pour cette fois, il faut lui faire grâce.

ISABELLE

Mais vous qui me parlez, mettez-vous à ma place : Que diriez-vous, trouvant une fille chez vous. Sur un sopha pâmée, un homme à ses genoux, Promenant ses regards dessus sa gorge nue?

BRANLARD

Entre nous, je dirais, que la fille est... perdue.

ISABELLE

Oui, mais que feriez-vous en les voyant tous deux?

BRANLARD

Ma foi, je banderais tout aussitôt... mes yeux.

ISABELLE

Mais vous déchargeriez du moins votre colère Sur la fille...

BRANLARD

Ah! c'est là ce que je voudrais faire : Deux ou trois coups de verge appliqués rudement.

Oh ! ce serait pour elle un plaisant châtiment;

Mais parlons d'autre chose : à quand notre hyménée?

BRANLARD

Ah! madame, il en faut reculer la journée;

20 THEATRE d'aMOUR AU XVIII^ SIECLE

Je suis un malheureux qui ne mérite pas De posséder sitôt d'aussi charmants appas. Je suis dans un état....

ISABELLE

Achevez, je vous prie ; Auriez- vous attrapé quelque g-alanterie?

BRANLARD

Hélas! vous l'avez dit, j'en suis au désespoir. Me croyant pour jamais privé de vous revoir, Un capitaine ayant le bonheur de vous plaire, J'ai voulu me guérir d'un amour téméraire. Ah! quelle g-uérison! je m'en sens en ce jour Tourmenté par un mal plus cuisant que l'amour.

ISABELLE

Et qui vous a guéri de cette étrange sorte?

BRANLARD

Une jeune beauté, que le diable l'emporte, Que la peste la crève ! Hélas ! la caressant, Innocence, pudeur, esprit doux, complaisant, Je trouvais tout en elle. Ah ! la double traîtresse, J'ai payé chèrement les fruits de sa tendresse. Quand elle me disait : « Souvenez- vous de moi », Elle avait bien raison, il m'en souvient, ma foi.

Allez, mon cher Branlard, c'est une bagatelle. Il n'en faut plus qu'autant.

BRANLARD

Que vous êtes cruelle De me railler cncor!

ISABELJ,E

J'ai grand tort, en effet.

BRANLARD

Prenez-vous-en à vous de tout ce que j'ai fait.

ISABELLE

Ce n'est pas tout; je veux en rég'aler mon frère, Il vient fort à propos.

BRANLARD

Gomment, qu'allez-vous faire?

ISABELLE

Vous ne sauriez avoir trop de confusion, Et de votre pardon c'est la condition.

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