SCÈNE IX ISABELLE, BRANLARD
BRANLARD
Qu'est-ce donc que ceci? Qu'avez-vous, mon aimable?
ISABELLE
Je ne veux plus de Barbe, elle est insupportable.
BRANLARD
Plus de Barbe! Comment pouvoir vous en passer?
ISABELLE
Elle m'échauffe plus qu'on ne saurait penser ; Il faut toujours qu'on crie ou qu'on sue avec elle!
BRANLARD
Quoi ! l'auriez-vous surprise à n'être pas fidèle ?
ISABELLE
Puisqu'il faut m'expliquer, mon frère est son amant. Et je les ai surpris ensemble en ce moment.
BRANLARD
Quoi! c'est là le sujet qui vous met en colère? C'est une bagatelle, allez, laissez-les faire.
ISABELLE
Mon frère a peu d'honneur.
BRANLARD
Eh bien ! c'est pour cela Qu'il en cherche partout.
ISABELLE
Fort bien, il est bon là.
BRANLARD
Allons, pour cette fois, il faut lui faire grâce.
ISABELLE
Mais vous qui me parlez, mettez-vous à ma place : Que diriez-vous, trouvant une fille chez vous. Sur un sopha pâmée, un homme à ses genoux, Promenant ses regards dessus sa gorge nue?
BRANLARD
Entre nous, je dirais, que la fille est... perdue.
ISABELLE
Oui, mais que feriez-vous en les voyant tous deux?
BRANLARD
Ma foi, je banderais tout aussitôt... mes yeux.
ISABELLE
Mais vous déchargeriez du moins votre colère Sur la fille...
BRANLARD
Ah! c'est là ce que je voudrais faire : Deux ou trois coups de verge appliqués rudement.
Oh ! ce serait pour elle un plaisant châtiment;
Mais parlons d'autre chose : à quand notre hyménée?
BRANLARD
Ah! madame, il en faut reculer la journée;
20 THEATRE d'aMOUR AU XVIII^ SIECLE
Je suis un malheureux qui ne mérite pas De posséder sitôt d'aussi charmants appas. Je suis dans un état....
ISABELLE
Achevez, je vous prie ; Auriez- vous attrapé quelque g-alanterie?
BRANLARD
Hélas! vous l'avez dit, j'en suis au désespoir. Me croyant pour jamais privé de vous revoir, Un capitaine ayant le bonheur de vous plaire, J'ai voulu me guérir d'un amour téméraire. Ah! quelle g-uérison! je m'en sens en ce jour Tourmenté par un mal plus cuisant que l'amour.
ISABELLE
Et qui vous a guéri de cette étrange sorte?
BRANLARD
Une jeune beauté, que le diable l'emporte, Que la peste la crève ! Hélas ! la caressant, Innocence, pudeur, esprit doux, complaisant, Je trouvais tout en elle. Ah ! la double traîtresse, J'ai payé chèrement les fruits de sa tendresse. Quand elle me disait : « Souvenez- vous de moi », Elle avait bien raison, il m'en souvient, ma foi.
Allez, mon cher Branlard, c'est une bagatelle. Il n'en faut plus qu'autant.
BRANLARD
Que vous êtes cruelle De me railler cncor!
ISABELJ,E
J'ai grand tort, en effet.
BRANLARD
Prenez-vous-en à vous de tout ce que j'ai fait.
ISABELLE
Ce n'est pas tout; je veux en rég'aler mon frère, Il vient fort à propos.
BRANLARD
Gomment, qu'allez-vous faire?
ISABELLE
Vous ne sauriez avoir trop de confusion, Et de votre pardon c'est la condition.