SCÈNE III
{Parodie du « Cid ».)
ARGÉNIE, BIGDORE
La comtesse d'Olonne, amoureuse du comte de Guiche, l'appelle. ARGÉNIE
A moi, comte; deux mots.
BIGDORE
Parle.
ARGÉNIE
Ote-moi d'un doute :
Connais-tu bien lypt.. ?
^ BIDGORE
^- Oui.
ARGÉNIE
Parlons bas; écoute :
Sais-tu bien qu'il vaut mieux mille fois que le cul? Qu'en tous lieux on t'appelle un bougre, le sais-tu?
BIDGORE
Tels discours sont tenus par dames méprisées.
ARGÉNIE
Non, non ; nous savons bien tes histoires passées.
BIDGORE
A quatre pas d'ici, je t'en éclaircirai.
ARGÉNIE
Jeune présomptueux!
BIDGORE
Je suis jeune, il est vrai,
A peine ai-je vingt ans; mais aux c es bien nées,
La valeur n'attend pas le nombre des années.
LA COMTESSE d'oLONNE 35
ARGÉNIE
De t'attaquer à moi qui t'a rendu si vain, Toi qu'on ne vit jamais le v.. raide à la main?
BIDGORE
Je n'ai, jusqu'à présent, jamais trompé de belles, Et ton c, si tu veux, en saura des nouvelles.
ARGÉNIE
Sais-tu bien qui je suis?
BIDGORE
Oui : tout autre que moi Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d'effroi. Mille et mille fouteurs, crevés à ton service. Semblent me présager un semblable supplice. J'attaque en téméraire un c. toujours vainqueur ; Mais j'aurai trop de force, ayant assez de cœur . A qui f..t Arg-énie il n'est rien d'impossible. Ton c. est invaincu, mais non pas invincible.
ARGÉNIE
La g-randeur qui paraît aux discours que tu tiens,
Par tes yeux chaque jour se découvrait aux miens ;
Et, croyant voir en toi l'honneur de la jeunesse,
Mon cœur te destinait en secret sa tendresse.
11 est vrai que le bruit de ton peu de vigueur
Avait, non sans raison, ralenti mon ardeur;
Mais puisqu'il est certain, et qu'enfin tu m'assures
Que tout ce qu'on a dit est autant d'impostures,
Je viens t'offrir mon c, m'abandonner à toi,
Et me faire un plaisir de recevoir ta foi.
(Le comte de Gaiche en veut Jouir ; il se trouve impuissant et veut s'excuser en disant :)
BIGDORE
Madame, pardonnez à ce triste accident, U vient de trop d'amour.
36 THÉÂTRE d'amour AU XVIII^ SIECLE
ARGÉNIE
Ah ! ne m'aimez pas tant Si votre trop d'amour cause votre impuissance, Honorez-moi, seig-neur, de votre indifférence; Mais, puisque le destin vous a fait pour les culs, Pourquoi diable song-er à faire des cocus ? Apprenez, apprenez enfin à vous connaître ; Sortez, ou je vous fais jeter par la fenêtre.