II
M. Prilleux
M. Guichard
Mme Dupin
M. Reynal
Mme Lagier
M. Depoitier . . . . j
Mmes Hilaire > 828
Dulon \
M. Carman
Mmc Dobré
Mme Vandenhaute . . .
Mme Esther
Si
Après la période des débuts, qui se termina assez heureusement, comme on l'a vu, apparaît de nouveau la Muette de Portici. La perspective de Notre-Dame de Paris, qui représentait, l'année précédente, la place publique de Naples, est remplacée. Cette fois, c'est au Prophète qu'on emprunte la toile de fond, et les fantoches napolitains s'agitent dans l'intérieur de la ville de Munster. Mais le célèbre duo : « Amour sacré de la patrie! » est acclamé frénétiquement: les artistes quittent la scène triomphants, le directeur rayonne, le public sort enthousiasmé, le caissier se frotte les mains, tout le monde est content.
Fin décembre 1854, première représentation de l Etoile du Nord. Tout laissait croire que la saison serait exceptionnellement brillante, lorsqu'un événement, aussi imprévu qu inexplicable, vint ruiner ces espérances. Le dimanche 21 janvier, un terrible incendie éclate, qui détruit le théâtre de fond en comble.
La veille, on avait fait relâche. La troupe de la Monnaie était à Louvain, où Vizentini donnait le concert annuel à son profit.
Le dimanche, à huit heures et demie du matin, les machinistes posaient le décor du Prophète, qu'on devait jouer le soir, lorsqu'ils furent surpris par les flammes et n'eurent que le temps de s enfuir. A onze heures, il ne restait plus que les quatre murs.
Ce sinistre, dont on ne connut jamais bien exactement les causes, creusa trois fosses : deux machinistes et un pompier, surpris dans les combles par la fumée, moururent asphyxiés, héros ignorés, victimes de leur devoir.
Le Bourgmestre, M. de Brouckère, qui était parti la veille pour Paris, fut rappelé immédiatement. Son premier mot — après avoir
— ier décembre, reprise de Giselle, ballet en 2 actes; Polichinelle, opéra en 1 acte ; — 4 décembre, première représentation de VEtoile du Nord, opéra comique, en 3 actes, paroles de Scribe, musique de Meyerbeer.
Peters MM Barielle.
Danilowitz Audran.
G. Scrawonski Aujac.
Gritzenko Prilleux.
Catherine Mmes Lemaire.
Prascovia Esther.
Première canlinière Hilaire.
Deuxième cantinière Bérardie.
1854. — 13 décembre,'. au bénéfice !de Vizentini, directeur de la scène, l'Etoile du Nord; — 14 décembre, reprise de Fra\Diavolo, opéra comique en 3 actes ; — 19 décembre, reprise de le Comte Ory, opéra en 2 actes.
1855 . — ier janvier, reprise de le Juif Errant, opéra en 5 actes ; — 4 janvier, reprise de le
compati à toute l'immensité du désastre — fut celui-ci : « Le théâtre est brûlé? Eh bien! la ville en construira un autre. »
En effet, cet excellent magistrat, qui a laissé tant de souvenirs à Bruxelles, et dont on ne peut plus prononcer l'éloge sans tomber dans la banalité, convoqua, quelques heures après son arrivée, tout le personnel du théâtre, le rassura par la promesse de son appui en cette circonstance désespérée, et fit tant que, le soir même, un acte d'association était signé entre les artistes, avec M. Letellier pour gérant, -— que, onze jours après, le Théâtre du Cirque (Alhambra) était complètement métamorphosé, décoré et propre au grand opéra, — que la liste d'abonnements était de beaucoup plus considérable qu'à la Monnaie, — enfin, qu'on inaugurait la nouvelle scène, le 4 février, avec Guillaume Tell.
Salle comble ! La distribution de la pièce était connue, à l'exception de deux rôles : Guillaume et Gessler. Le baryton Carman, que des chagrins de famille éprouvaient cruellement, ne put pas jouer. La basse chantante Barielle se chargea de son rôle, et abandonna Gessler à Borsary.
Le succès fut immense; les témoignages de sympathie s'adressaient non seulement aux artistes, mais aussi à Letellier, frappé par la catastrophe, au moment où il allait recueillir le prix des sacrifices et des laborieux efforts de deux années.
Le Conseil Communal avait pris de promptes mesures :
La salle sera reconstruite sur l'emplacement actuel.
Le Collège recevra et fera étudier : i° les plans concernant la reconstruction dans le périmètre actuel, soit en conservant les gros murs, soit en les reportant aux limites du périmètre actuel ; 20 les plans concernant la reconstruction en conservant le périmètre des trois côtés, et en avançant la façade vers la place de la Monnaie. La remise de ces plans devra être faite avant le quinze février.
Nouveau Seigneur du village, opéra comique en 1 acte; — 11 janvier, reprise de Charles VI, opéra en 5 actes; — 13 janvier, Grande Fête de Nuit ; — 19 janvier, première représentation de les Deux roses, ballet; — 22 janvier, Incendie du Théâtre-Royal. 1855. — 4 février, inauguration de la salle du Cirque; reprise de Guillaume Tell; — 15 février, au bénéfice de Bartholomin, les Huguenots ; — 22 février, au bénéfice de Prilleux, Guillaume Tell; — Ier mars, au bénéfice de Bosselet, le Pré-aux-Çlercs ; — du 6 mars, concerts de H. Vieuxtemps, violoniste ; — 12 mars, au bénéfice de Mme Tedesco, la Favorite ; — 17 mars, première représentation de l'Enfance du Christ, oratorio de Berlioz.
Joseph MM. Audran.
Jacob Barielle.
Hérode Depoitier.
Marie Mme Anna Lemaire.
Quel que soit le plan qui prévale, les études seront faites de manière à pouvoir inaugurer ia salle le ier septembre prochain.
Une somme de 100,000 franco, divisée en deux crédits distincts, a été mise à la disposition du Collège, pour faire face aux besoins présents et prendre les mesures nécessaires à la continuation des représentations théâtrales.
Pendant ce temps, des listes de souscription s'ouvraient, de tous côtés, au profit des victimes de l'incendie. Il est regrettable de ne pouvoir les citer toutes, car ce serait un magnifique exemple de charité.
Le baron de Peellaert, le compositeur plusieurs fois applaudi dans la salle qui venait de brûler, envoya cent francs.
L'éminent directeur du Conservatoire écrivait la lettre suivante :
Bruxelles, le 22 janvier 1855.
A Monsieur le Rédacteur en chef de l'Indépendance belge.
Je vous aurai beaucoup d'obligation, si vous voulez bien annoncer dans votre journal que j'organise quatre concerts historiques, dont les deux premiers seront donnés au profit des pauvres de la ville de Bruxelles, et les deux autres au bénéfice des artistes de l'orchestre et des chœurs du Théâtre Royal, qu'un événement funeste vient de frapper d'une manière cruelle dans les faibles ressources de leur existence.
Ces concerts se suivront de quinzaine en quinzaine pendant les mois de février et de mars.
Le premier aura pour objet la musique du seizième siècle, à l'église, au concert et dans la danse.
Dans le deuxième je ferai entendre les spécimens intéressants des transformations de la musique dramatique en Italie, en France et en Allemagne, depuis son origine jusqu'à l'époque actuelle.
Le troisième est destiné à faire connaître les plus belles compositions religieuses et profanes, vocales et instrumentales, du dix-septième siècle.
1855. — 28 mars, première représentation de la Promise, opéra comique en 3 actes, paroles de de Leuven et Brunswick, musique de Clapisson ; — 29 mars, représentation de la Grande Harmonie, Georgette, opéra comique, de Gevaert ; — 30 mars, au bénéfice de M1Ie Lemaire, la Promise, opéra comique; — 11 avril, au bénéfice de Mlle Elmire, la Promise, la Favorite, V Esclave Styrienne ; — 16 avril, Isoline ou les chaperons blancs, opéra en 4 actes, de Gaucet et Soubre ; — 19 avril, au bénéfice de Hanssens, l'Etoile du Nord, opéra comique; — 23 avril, au bénéfice de Barielle, l'Etoile du Nord, opéra comique ; — 26 avril, au bénéfice d'Aujac, Robert le Diable, opéra ; — 30 avril, première représentation de Azélia, ballet; — 3 mai, au bénéfice d'E. Letellier, l'Etoile du Nord, opéra comique; — 9 mai, au bénéfice de Girardot ; première représentation de la Fille invisible, opéra comique en 3 actes, de Soubre; intermède de chant; — 16 mai, au bénéfice d'Audran, le Maître de chapelle, la Dame blanche, 2me et 3°" actes ; l'Etoile du Nord, 2me acte ; intermède de chant ; — 24 mai, au bénéfice de Monnier, Georgette, intermède de chant; Jérusalem ; — 30 mai, au bénéfice de Wicart, Guillaume Tell ; — 31 mai, bénéfice des pauvres ; clôture.
Dans le quatrième, un choix de compositions les plus belles et les moins connues des compositeurs les plus célèbres des dix-huitième et dix-neuvième siècles sera exécuté par des artistes d'élite, par un grand orchestre et par un chœur nombreux.
Dans chacune de ces séances je ferai l'exposé historique de chaque genre de musique, à l'époque qui sera l'objet du concert.
Une souscription est ouverte pour les quatre concerts et pour des places numérotées, à raison de seize francs (4 francs par concert). La souscription pour un seul concert est du prix de cinq francs. Les billets pris à la porte se payeront 6 francs.
Un second avis, qui sera publié dans peu de jours, fera connaître le programme des quatre concerts, le local où ils seront donnés, ainsi que leurs dates, et indiquera les lieux où les souscriptions seront reçues.
J'espère que le patronage et la coopération des nobles cœurs ne feront pas défaut à cette œuvre philanthropique.
Agréez, Monsieur, l'expression de ma parfaite considération.
Fétis.
Maître de chapelle du Roi,
directeur du Conservatoire royal de musique.
Un autre envoi, qui arrivait de bien loin :
Saint-Pétersbourg, le 29 janvier (10 février) 1855. A Monsieur le Rédacteur en chef du journal l'Indépendance belge.
Les artistes du Théâtre Impérial français de Saint-Pétersbourg me chargent de vous faire tenir un mandat de 1,000 francs, que vous trouverez ci-joint, montant d'une souscription faite entre eux, au profit des victimes les plus nécessiteuses de l'incendie du Théâtre Royal de la Monnaie.
Votre numéro du 24 janvier dernier annonçait qu'on recevait dans vos bureaux les offrandes de ceux qui voudraient venir au secours des personnes les plus cruellement frappées dans ce grand désastre ; c'est ce qui m'a fait prendre la liberté de vous adresser notre collecte.
Pour ma part je suis vivement affecté de ce sinistre ; car je ne puis oublier que pendant trois ans j'ai fait partie du personnel de ce beau théâtre qui n'est plus aujourd'hui qu'un monceau de cendres.
Veuillez agréer, etc. E. Davelouis.
Première liste.
M. Vernet fr. 8 » Report . . fr. 130
Mme Velnys 20 » M. Perrot 40
M. Ernest 4 » M. Paul Bondois 8 »
M. Léon Monrot 8 » M. Péchena 8 »
M. Neuville 12 » M. E. Davelouis 40 »
M. Peysard 8 » Mllc Mila 12 »
Mme Louise Mayer 20 » M. Dussert 8 »
M. Montdidier 12 » M. et Mme Lemenil . ..... 12 »
Mlle Zoé 2 » M. le comte Appraxime .... 4 »
Mme Arnould Plessy 12 » M. Karadeneff 20 »
M. Têtard 4 » M. Gnédéonoff (général) .... 80 »
M. Julien Deschamps 8 » M. Frédéric 12 »
Mlle C. Peltier 4 » M. Huguet 12 »
Mll£ Malvina 8 « MM. Petipa père et fils .... 12 »
A reporter . . fr. 130 » Total . . fr. 398
Deuxième liste. — Artistes Italiens.
M. E. Tamberlick fr. 80 » Report . . fr. 334 40
M. D. Tagliafico 12 » M. Debassini 41 20
M. J. Matzniff 12 » M. Lablache 40 »
M. Carol 20 » M. Romoni 40 »
M. Lablache de Méric 40 » M. Marax 20 »
Mme de Lagrange 41 20 M. Bourdot 20 »
M. E. Polonini 8 » M. Pugni, maestro 8 »
M. Calzolari 80 » M. N. N 98 40
M. A. Didot 41 20 Première liste 398 »
A reporter . . fr. 334 40 Somme égale au mandat . fr. 1000 »
Le Théâtre du Cirque donne tout le répertoire que son installation provisoire lui permet de jouer.
L'Etoile du Nord, interrompue en plein succès, produit de belles recettes, alternant avec les concerts de Vieuxtemps.
Puis : Isoline, de Soubre — un ballet : A^élia — l'Enfance du Christ, oratorio de Berlioz, créé à Bruxelles.
L illustre maître conduisait lui-même l'exécution de son œuvre. A la première, un petit incident : Barielle qui, sans doute, n'avait pas eu assez de temps pour apprendre son rôle, commet quelques erreurs, anticipe sur la mesure, perd la tête, se fourvoie de plus en plus, et, finalement, est obligé de s'arrêter. Alors, une voix étrange s'élève. On ne sait d où elle vient; la sonorité en est d'autant plus surprenante que le pauvre Barielle, anéanti, était dans une immobilité complète. Le public, un moment interdit, s aperçoit enfin que, de son pupitre, Berlioz chantait lui-même le rôle, attendant que son malheureux interprète reprît la partie.
La saison clôture, le 31 mai.
Le même soir, à minuit, le quartier de la Montagne du Parc était en grand émoi :
Un piquet de pompiers stationnait au haut de la rue des Douze-Apôtres, et une lueur éblouissante éclairait par instants toute la place de la Chancellerie. Bientôt la foule se pressa, curieuse, et Ton vit placer, devant l'hôtel de M. Ch. de Brouckère, de nombreux pupitres devant lesquels s'aligna tout l'orchestre du Théâtre de la Monnaie. Alors les torches s'allumèrent, et, mêlant leurs rouges reflets à la clarté blanche de la lumière électrique, projetèrent autour d'elles une sorte de jour fantastique au milieu de la nuit humide et sombre. On aperçut alors, en avant de l'orchestre, tout le personnel chantant du Théâtre de la Monnaie, depuis Audran et Wicart jusqu'au plus infime choriste, depuis Mmes Dobré et Vandenhaute jusqu'à la dernière dame des chœurs, qui se tenaient devant la porte de l'hôtel, les dames ayant toutes à la main un bouquet, les hommes tête nue.
Au milieu de ce chœur splendide étaient M. Letellier, le directeur, et M. Vizentini, le régisseur général. Dans le vestibule de l'hôtel, on apercevait les dames du corps de ballet, premiers sujets et choristes, tenant toutes également leur bouquet à la main. Dans la rue,
derrière l'orchestre, MM. du corps de ballet. Puis de ci, de là, dispersés, on apercevait tous les employés du Théâtre, tous les ouvriers qu'il emploie, depuis les donneurs de contremarques, jusqu'aux machinistes, jusqu'aux habilleuses et ouvreuses.
Le personnel du théâtre incendié de la Monnaie allait manifester à M. Ch. de Brouckère sa reconnaissance de l'appui dévoué, persévérant et efficace, qu'il a trouvé dans ce digne magistrat, après le désastre qui compromettait l'avenir de tant de malheureux.
Au signal donné par M. Letellier, M. Charles Hanssens fait exécuter à son orchestre l'ouverture d"Obéron ; puis, M. Letellier entre dans l'hôtel et reparaît bientôt sur le seuil de la porte accompagné de M. Ch. de Brouckère qu'une longue acclamation salue, entremêlée d'interminables applaudissements. Le silence rétabli, on entonne une cantate composée pour la circonstance. (La musique, d'un grand caractère, est de M. Ch. Hanssens, les paroles de M. Victor Prilleux.) MIle Lemaire, MM. Wicart, Carman et Depoitier chantent les soli ; les chœurs sont exécutés par toute la troupe chantante du Grand-Théâtre ; les choristes-chefs d'attaque, du côté des dames, s'appellent Mlle Dobré, Vandenhaute, Hilaire, Bérardier ; les chefs d'attaque des chœurs d'hommes sont Audran, Barielle, Aujac, Borsary. Tout ce monde chante à pleine voix et à plein cœur : C'est très-beau et c'est très-touchant.
Entre deux des morceaux qui composent la cantate, M. Letellier s'avance vers M. le bourgmestre, et lui remet un écrin qui renferme trois médailles, et une grande feuille de parchemin roulée sur laquelle a été calligraphiée la cantate de reconnaissance suivie des signatures de tout le personnel du Théâtre. Nouvelle ovation. La cantate reprend, et à la dernière explosion du chœur, toutes les dames s'avancent vers M. Ch. de Brouckère qui disparaît presque sous une avalanche de bouquets.
La cantate finie, de toutes parts les applaudissements éclatent; les exécutants applaudissent au bourgmestre, la foule applaudit les exécutants. M. Ch. de Brouckère dit alors : « Mesdames, Messieurs, je suis trop ému en ce moment... mais veuillez entrer; je vous » remercierai tout à l'heure 1 » Répondant à cette invitation aimable, la foule chantante et la cohorte instrumentale mêlée à l'escadron léger du ballet envahissent l'hôtel, — et voilà tout le personnel du Théâtre-Royal pénétrant dans les salons où Mme de Brouckère, secondée par Mme Nagelmackers, sa fille, par Mme Henri de Broukère, et par son fils, M. Alfred de Brouckère, fait avec M. le bourgmestre les honneurs d'une hospitalité luxueuse et charmante à la fois à tous ces invités cordialement accueillis comme ils sont affectueusement venus.
Une médaille commémorative, de grand module, fut offerte au bourgmestre. Elle était l'œuvre du graveur Hart et portait pour exergue, d'un côté :
LE PERSONNEL DU THÉÂTRE ROYAL RECONNAISSANT A CHARLES DE BROUCKÈRE, BOURGMESTRE.
Au revers, avec les armes de la ville :