MM. DULAURENS
JOURDAN
Barbet.
Laurent.
MM. Vidal.
Jamet.
dumestre.
Ricquier- Delaunay.
Ténors
Basses
MM. Tykaert.
Etienne, Girardot, Heurion. troisième ténor,
ténors comiques.
MM
Chappuis.
Féraud.
Vermatte.
Thomas.
M. Codelaghi.
Chanteuses :
MmCS DaNILLE. Mm«s DUMESTRE.
Wallack Pauline Killiau.
Lambelé. Neulat.
Bedora. Aurélie.
Cinquante choristes.
Ballet.
M. Lamy, maître de ballet. M. Hansskn, régisseur, second maître
de ballet.
Rôles mimes :
M. Deridder. Mrae Meyssart.
Danseurs :
M. Lamy. M. Lamy, jeune.
M. Hanssen, mime comique.
Danseuses :
Mme Lamy. Mme Jacquetti.
Mm4 Cassani.
Réouverture dans des conditions peu favorables, par Guillaume Tell. Malgré une exécution satisfaisante, le public reste froid et montre une grande réserve à l'égard de Dulaurens.
La troupe d'opéra comique commence, le lendemain, avec le Barbier de Séville.
Dès les premiers jours, la marche du répertoire est arrêtée. Plusieurs artistes sont indisposés ; d'autres résilient leur engagement : le trouble naît dans l'administration.
Le 8 septembre, l'affiche porte Guillaume Tell. Mais, le soir, une bande annonce « Relâche », Dulaurens ayant « refusé son service ». Le surlendemain, à l'entrée du ténor, dans la même pièce, un orage épouvantable éclate dans la salle. On siffle, on hurle, on pousse des cris d'animaux. Dulaurens essaie vainement d'achever le récit du premier acte, et tombe entre les bras de Dumestre. Le spectacle est changé, et les Dragons de Villars terminent la soirée.
Cependant, quelques jours plus tard, Dulaurens reparaît ; il est assez heureux pour gagner la faveur du parterre, et tout le monde oublie le fâcheux incident : « M. Dulaurens, dit un journaliste, n'a jamais eu autant de succès que depuis qu il s'est avisé de se moquer un peu du public. Ce bon public est ainsi fait : il faut qu'on lui marche sur le pied, pour qu'il vous respecte. »
Mais les enrouements livrent sans pitié le Théâtre de la Monnaie aux chanteuses de passage. De plus, la presse entreprend une campagne contre l'orchestre, proclamé cependant l'un des premiers qui fussent en Europe, et contre son chef, Ch. Hanssens. Personne ne contestait la valeur de Téminent artiste, mais on lui reprochait de vieillir, et, par ce fait, de n'avoir plus la vigueur nécessaire...
a C'est un musicien qui aune indigestion permanente, dit V Indépendance, et qui roule chaque soir son petit rocher harmonieux avec la mauvaise humeur la plus apparente. » Et la Semaine libérale ajoute : « Son bâton va mécaniquement et le plus vite possible pour arriver au plutôt au bout de la besogne. Va comme je te pousse, c'est toujours assez bon. »
Il est aisé de comprendre que Letellier avait une large part dans ces amers reproches.
Mlle Nau débute dans Lucie, puis résilie, et est remplacée par M"e Corradi. Mme Erembert reparaît dans les Huguenots, où elle reçoit un accueil glacial.
Le Fils du brigadier est la première nouveauté de la saison ; l'opéra comique de Massé n'affronte les feux de la rampe que pour essuyer la dédaigneuse froideur du public.
Et pendant ce temps-là, le Théâtre du Cirque (Opéra Flamand) avait rouvert ses portes avec Warnots, Blauwaert, Galesloot, Reubsat, Bergh; Mmes Messemaekers, Chauveau, Coellen, etc.
Après les reprises de Martha et de Lara, une grande « première >> : Roméo et Juliette, de Gounod. La presse proclame la valeur de la partition, et répand des fleurs sur les interprètes, la mise en scène et la décoration... Et Vérone était représentée par une toile de fond, qui laissait apercevoir une superbe vue de Venise, une « cité » pourtant bien connue, et qui ne ressemble à aucune autre ville. Mais, à ce moment-là, on était moins exigeant que de nos jours. Que les temps sont changés!...
Le succès de Roméo ne fut cependant que relatif. Le public accepta moins favorablement que les artistes cette œuvre admirable, et les applaudissements allaient plutôt aux deux interprètes principaux, Mllc Daniele et Jourdan.
La direction s'empresse de mettre à l'étude un autre ouvrage de Gounod, et la Colombe éclôt à la Monnaie, le 5 décembre, en même temps qu'un nouveau ballet : La Fée amoureuse, de Stoumon qui, décidément, devenait le fournisseur ordinaire de la chorégraphie à Bruxelles.
Le Théâtre de la tMonitaie. — 1867-68. 4g 3
M"c Wallack résilie en janvier, au moment où les répétitions d'un ouvrage du cru : Le Béarnais, de Radoux, étaient très avancées. Letellier avait spécialement engagé, pour créer Don Carlos, M"e Sallard, du Théâtre Lyrique. Celle-ci accepta le rôle abandonné par Mlle Wallack, et incarna admirablement la Belle Gabrielle.
Voici venir Offenbach avec son Robinson Crusoé! Les ouvrages fantaisistes du maestro, la Belle Hélène particulièrement, attiraient tous les soirs la foule au Théâtre des Galeries. Le public fut un peu désorienté devant ce nom d'Offenbach qu'il rencontrait pour la première fois sur l'affiche du Grand-Théâtre. Il s'attendait peutêtre aux cascades dont il avait l'habitude, et se trouva tout déconcerté en entendant une suite de morceaux où la trivialité était remplacée par la distinction, où les motifs faciles le cédaient à la poésie et au charme. Il ne comprit pas, et le grand amuseur de Parisiens blasés, qui, pour une fois, ôtait son masque et son faux nez, fut puni par où il avait péché. Robinson fut retiré de l'affiche au bout de quelques jours.
Quand il s'y met, le public abat artistes et auteurs comme de simples fantoches. C'est le tour maintenant de Don Carlos, de Verdi. Cependant le maître italien en était déjà à la période où sa manière subit cette transformation qui nous donna Aida et Otello. C'est dans la tragédie de Schiller que les librettistes de Verdi ont puisé leur sujet. Si le nom des personnages est le même, rien ne se rapproche moins des héros de Schiller que ceux de Méry et de Du Locle. Les auteurs avaient négligé de rendre la grandeur des types, et s'étaient attachés à découvrir des situations propres aux développements musicaux. L'événement leur donna tort.
Et, pour continuer la série, la Jolie fille de Perlh, de l'immortel Bizet, vient sombrer encore devant les mauvaises dispositions du public, et sous une interprétation dont la faiblesse était due en partie à la précipitation des études.
Pour conjurer le mauvais sort, Letellier engage M"cs Baretti et Sasse, de l'Opéra.
Enfin, la saison se termine par des représentations italiennes dont les lendemains étaient fournis par la troupe d'opéra comique renforcée de Mme Miolan-Carvalho. L'éminente cantatrice apporta un regain de succès à Roméo et Juliette, et contribua à clôturer la campagne plus brillamment qu'elle n'avait été inaugurée.
Premières Représentations.
1867. 14 octobre. — Le Fils du Brigadier,
opéra comique en 3 actes, de Labiche et Dela-
cour, musique de Massé
18 novembre. — Roméo et Juliette, opéra en
5 actes, de Barbier et Carré, musique de Gounod.
Juliette Mme9 Daniele.
Stephano Dumestre.
Roméo MM. Jourdah.
Capulet Ricquieu-Delaunay.
Mereutio Barbet.
Frère Laurent .... Jamet.
Tybalt Laurent.
5 décembre. — La Colombe, opéra comique en
2 actes, de Carré et Barbier, musique de Gounod.
Horace MM. Jamet.
Le Majordome .... Laurent.
Mazet Mmcs Dumestre.
Sylvie Wallack.
1868. 30 janvier. — Le Béarnais, opéra comique en 3 actes, de Kirsch, musique de Radoux.
17 février. — Robinson Crusoé, opéra comique en 3 actes, de Cormon et Crémieux, musique
d'OFFENBACH.
Robinson .
Sir William Crusoé
Toby .
Jimcocks
Vendredi
Suzanne
Edwige
Deborah
MM. Jourdan.
Ricquier.
Barbet.
Etienne.
Mmes Daniele.
Dumestre.
Nau.
Neulat.
11 mars. — Don Carlos, opéra en 5 actes, de
Miry et Du Locle, musique de Verdi.
Don Carlos MM. Dulaurens.
Rodrigue Dumestre.
Philippe II ..... Vidal.
Le Grand Inquisiteur . . Jamet.
La princesse Ebolli . . . Mmes Sallard. La reine Elisabeth . . . Ërembert.
avril. — La Jolie fille de Perth, opéra comique en 3 actes, de Saint-Georges et Adenis, musique de Bizet.
Henri MM. Jourijan.
Le duc de Rothsay .
Ralph .....
Catherine Glover La bohémienne Mab
Ricquier -Delaunay.
Jamet.
Mmcs Daniele.
Dumestre.
Ballets.
1867. 23 septembre. — La Sirène, 1 acte. 29 septembre. — Divertissement, de Lamy.
5 décembre. — La Fée amoureuse, 2 actes, de Stoumon.
1868. 21 janvier. — Faune et Bergère, 2 actes, de Lamy, musique de Fievet.
28 avril. — Klida, 1 acte, de Lamy, musique de Méry.
Répertoire (reprises).
Guillaume Tell.
Les Huguenots.
Robert le Diable.
La Muette de Portici.
La Juive.
V Africaine.
Lucie de Lammermoor.
La Favorite.
Le Trouvère.
Rigoletto.
Martha.
Don Juan.
Violet ta.
Faust.
Le Barbier de Séville.
La Dame Blanche.
Les Dragons de Villars
Le Domino noir.
Lara.
La Fille du Régiment
Le Toréador.
Le Chalet.
Le Rossignol.
Le Maître de Chapelle.
Les Noces de Jeannette.
Galathée
Le Songe d'une Nuit d'été.
Mignon.
Sylvie.
Rose et Colas.
Le Bouffe et le Tailleur.
Le Docteur Crispin.
Terpsichore sur Terre.
Artistes en Représentations.
1868. Du 13 au 30 avril. — Sept représentations de
Mme Sasse.
Du 11 au 28 mai. — Sept représentations de Mme Carvalho.
Mlle Lagye, première chanteuse légère du Théâtre de Liège, 5 représentations.
Durwart, premier ténor du Théâtre d'Anvers, 7 représentations.
Mlle Hustache, première chanteuse légère du Théâtre de Rouen, 5 représentations.
Blum, premier ténor léger du Théâtre Lyrique, 2 représentations.
Léon, Lsruetle, artiste du Théâtre du Parc, 1 représentation.
Mlle Baretti, ex-artiste du Théâtre de TOpéra-Comique, 3 représentations.
Wicart, fort ténor du Théâtre de Rouen, 2 représentations.
Feitlinger, première basse du Théâtre de Gand, 2 représentations.
Mlle Elmire, contralto, 1 représentation.
Mlle Borghèse, contralto du Théâtre d'Anvers. 1 représentation.
Artistes de la Compagnie Italienne.
Mmes Carlotta Barozzi, première chanteuse soprani. Zucchi, id.
Paolina Castri, id.
E. Muzzio.
Lucia Chambresi, contralto.
Arnoldi, deuxième chanteuse.
MM. Tomben, premier ténor.
Melchiorre Vidal, premier ténor.
Napoleone Verger, premier baryton.
A. Capario, deuxième baryton.
Fiorizelii, première basse.
Giacomelli, première basse.
Zucchi, chef d'orchestre.
(Il Trovatore ; Somnambule; Norma ; Ernani; Lucrèce Borgia.)
Représentations Extraordinaires.
1867. 24 septembre — A midi. La Dame
Blanche fr. 2,500 »
24 septembre. — Le soir. Faust . . . 3,683 50
26 septembre. — A midi. La Muette de
Portici 2,500 »
26 septembre. — Le soir. La Dame Blanche 3*785 »
29 septembre. — Spectacle gala. La
Fille du Régiment. 4:94° 75
16 octobre. — Spectacle gala. Les Huguenots 2-544 w
9 novembre. — Philharmonie .... 2,000 »
7 décembre. — Grande Harmonie . . 2,500 »
11 janvier. — Philharmonie .... 2,500 »
18 janvier. — Grande Harmonie . . . 2,500 »
24 janvier. — Société Française . . . 2,500 » 5 mars. — Spectacle gala. Le Béarnais. 2,934 » 7 mars. — Grande Harmonie .... 2,000 »
14 mars. — Philharmonie 2,000 »
4 avril. — Grande Harmonie .... 2,000 »
16 avril. — Bénéfice de Jourdan . . . 4,008 »
20 avril. —Bénéfice de MUe Daniele. . 2,17925
22 avril. — Philharmonie 2,000 »
25 avril. — Société protectrice de l'Enfance *<773 »
27 avril. — Bénéfice de Hanssens. . . 674 25 Recettes des dix premières représentations de Roméo 35>6l° T0
Du 22 février au 22 mars. — 4 bals . . 12,942 »
Recettes.
1867. Septembre Octobre Novembre Décembre
1868. Janvier Février Mars .
Avril .
Mai. .
Subvention .
MM. Théodore LETELLIER, directeur.
Lavergne, secrétaire.
Félix Potel, régisseur général.
Féraud, régisseur.
Thomas, régisseur des chœurs.
Orchestre.
MM. Ch.-L. HANSSENS, premier chef.
Bosselet, second chef.
Buzio, second chef, conduisant l'opéra et le ballet, chef du chant. Orchestre complet.
Grand opéra, Traductions, Opéra comique
Ténors .
MM. Warot.
Jourdan.
Barbet.
MM. Jamet.
DuMESTRE,
Lepers.
ClIAPPUIS.
MM. Lapissida.
TOUBNADE )
T ténors comiques.
Lallement, ) *
M. Henrion, coryphée, troisième ténor.
Basses :
MM. Féraud.
Blondeau.
Vermatte.
Thomas.
M. E. Terrain.
Chanteuses :
Mme» Marimon, Mm" Pauline Killiau.
Sallard. Neulat.
DUMESTRE. AURELIE.
Ballet.
M. Lamy, maître de ballet. M. Hanssen, régisseur, second maître
de ballet.
Rôles mimes :
M. Deridder. Mme Meyssart.
Danseurs :
M. Lamy. M. Lamy jeune.
Hanssen, mime comique.
Danseuses :
Mœes Lamy. Mmeâ Cassani.
Jacquetti Delas.
Ouverture le icr septembre, par le Maître de Chapelle et le Docteur Crispin.
Le tableau de la troupe n'est guère modifié que par les noms de Massy, Giraudet et de Mlle Marty.
Du reste, ces trois sujets résilient â la fin du premier mois, ainsi que Lepers, Terrain, Mme Lombia, etc.
Mlle Marimon, qu'on avait fêtée deux ans auparavant, reprend sa place au théâtre.
On a remarqué le nom de Lapissida, Cet artiste, qui avait passé une année aux Galeries St-Hubert, en qualité de second comique, devait, plus tard, diriger le même Théâtre de la Monnaie, où il débutait alors modestement, dans l'emploi de « troisième ténor », aux appointements de 350 fr. par mois.
Dès les premiers jours, Letellier se rend à Paris. Il en ramène Mlle Godefroy et Warot, obligeamment cédés par Perrin, directeur de l'Académie Nationale de Musique ; la troupe d'opéra fut ainsi constituée.
Warot, d'Anvers, appartenait à une famille de musiciens. Il avait débuté à TOpéra-Comique, dans les Monténégrins, et remplacé, à l'Opéra, Morère dans Don Carlos, et Naudin dans l'Africaine, — après avoir créé, dans cette dernière pièce, le rôle de Don Alvar. « Warot, essentiellement bourgeois et bienveillant », dit Albert Vizentini, dans sa Physiologie des Théâtres Parisiens, « offre l'apparence d'un premier clerc de notaire, et n'a qu'une passion : le billard. » Mais Warot n'aimait pas que le billard. Il avait aussi
4g8 Le Théâtre de la {Monnaie. — 1868-69.
le goût du théâtre, et, pour enthousiasmer les Bruxellois, il n'eut qu'à paraître dans la Muette.
Signalons, au début de la saison, la « première » de Maître Wolfram, de E. Reyer.
C'est Bosselet qui dirigeait l'orchestre, à la répétition générale, tandis que son chef de file, Hanssens, écoutait, dans la salle, la partition du maître peu connu encore. Tout à coup, une voix domine l'orchestre : « Mais c'est très beau, cela..., très beau. Je » demande à prendre la place de Bosselet; je sollicite l'honneur de » conduire un ouvrage aussi remarquable. » C était Hanssens qui, entraîné par la musique de Reyer, poussait ce cri d'admiration, montait au pupitre et recevait des mains de son collègue le bâton que celui-ci lui cédait respectueusement. Maître Wolfram fut conduit par le premier chef d'orchestre, en dépit des usages qui accordaient le commandement à son second pour les pièces en un acte.
Cependant le public ne ratifia pas ce jugement, et Reyer n'obtint qu'un succès d'estime.
Le Premier jour de bonheur , qui suit Maître Wolfram, ne réussit à faire applaudir que Mmc Marimon. Quelques jours plus tard, l'aimable cantatrice manqua de s'empoisonner. Elle avait imaginé, pour renforcer ses cordes vocales, qui éprouvaient une faiblesse momentanée, de prendre un peu de belladone; mais la dose était trop forte. Elle fut obligée de s'aliter, le délire survint et les docteurs eurent beaucoup de peine à conjurer le mal. Huit jours .iprès, elle était sur le point de se remettre, lorsque le souvenir du danger qu'elle avait couru exerce sur ses nerfs une influence telle que le délire reparaît et qu'il lui faut de nouveau garder la chambre. Mais elle ne tarde pas à revenir de cette seconde secousse, et elle est enfin rendue à l'admiration de son fidèle public.
Pendant cette maladie, Mlle Poinsot, de l'Opéra, est chargée de l'intérim. M"e Franchino joue avec un certain succès le rôle de Sélika à la reprise de l Africaine, mais la Juive lui fut moins favorable, et souleva même un tel orage que la cantatrice se trouva mal, en scène, et demeura plusieurs heures en catalepsie.
En décembre, Adelina Patti chante le Barbier, Lucie et Faust. Elle électrise la salle; les spectateurs étaient debout, applaudissant et trépignant ; les dames agitaient leurs mouchoirs et leurs éventails, pendant que les musiciens de l'orchestre s'étaient levés, et s'associaient à ces témoignages d'admiration: enfin, jamais tel délire ne s'était emparé du public de la Monnaie !
Ces trois soirées produisirent plus de 52.000 francs.
Mme Patti se rendait en Russie, mais Letellier ne voulut pas la laisser partir sans obtenir sa signature pour une seule représentation, en mars, au prix de 8,000 francs.
Aujourd'hui la diva a doublé son cachet. — Ce dernier spectacle devait, du reste, faire entrer dans la caisse directoriale la somme de 18,000 francs.
La campagne 1868-69 est la première qui s'arrête en mai, réduisant au nombre de huit les neuf mois d'exploitation ordinaire. Letellier avait obtenu cette faveur, ainsi que la restitution provisoire de son cautionnement de 25,000 francs. L'année théâtrale avait commencé dans des conditions quelque peu défavorables ; même, le Collège se vit dans la nécessité de prévenir Letellier que, si la troupe n'était pas immédiatement améliorée, la résiliation de son contrat serait soumise au Conseil. En octobre, Letellier devait rendre les 25,000 francs, mais il affirme, tout au contraire, qu'il est dans l'impossibilité de payer intégralement les appointements du mois précédent, et demande que l'Administration lui vienne en aide. Le Collège ne veut rien entendre et va mettre Letellier en demeure de s'exécuter, lorsque celui-ci lui adresse la lettre suivante :
Bruxelles, le 31 décembre 1868.
Messieurs,
J'ai l'honneur de vous prier de bien vouloir m'accorder la résiliation de mon privilège de directeur du Théâtre Royal de la Monnaie, pour Tannée théâtrale prochaine.
Ce n'est pas sans un vif regret que je demande à la Ville d'accepter ma démission ; mais des charges énormes qui pè?ent sur l'entreprise que je dirige m'amèneraient à une ruine certaine, complète, si je continuais avec les seules ressources dont je dispose.
Je vous avoue, Messieurs, que sans les représentations providentielles de Mme Patti, il m'eût été impossible d'achever l'année sans un grand désastre, car je me trouverai sûrement encore, à la fin de la campagne, en présence d'un déficit de 45 à 50,000 francs, que je ne vois la possibilité de pouvoir combler.
En présence de cette situation déplorable, jugez, Messieurs, de ce qui adviendrait, si vous me forciez à continuer mon exploration.
Mon seul refuge serait dans une faillite!
Aucun de vous ne voudra me contraindre à entacher mon nom, après avoir, pendant quinze années, sacrifié mon repos et mes ressources.
En vue d'assurer les plaisirs du public, j'avais engagé MM. Jourdan, Jamet, M. et Mme Dumestre jusqu'à la fin de mon privilège : MM. Jourdan et Jamet ont bien voulu me remettre leur signature. J'ose compter que la Ville interviendra auprès de mon successeur pour lui faire accepter l'engagement de M et Mme Dumestre ; pareille chose a été faite parla Ville à mon égard pour M. Jourdan ..
Agréez, etc.
Letellier.
,oo Le Théâtre de la (Monnaie. — 1868-69.
Cet engagement de M. et Mme Dumestre devint l'objet d'un procès que les deux artistes intentèrent à la ville, rendant celle-ci responsable des clauses antérieurement souscrites par son concessionnaire.
Le Conseil Communal accepte la démission de Letellier pour la fin de la saison courante, et élabore un nouveau cahier des charges.
Les premiers jours de 1869 voient le début de M1Ie Cordier dans le Pardon de Ploërmel, l'apparition de Mlle d'Edelsberg dans la Favorite, et les représentations à « prix réduits » de Faust et du Barbier de Sèville. Comme tout change ! Quinze jours plus tôt, il fallait payer vingt francs le privilège d'entendre ces deux derniers chefs-d'œuvre.
Du 21 au 25 janvier, relâche pour deuil national: décès de S. A. R. le Duc de Brabant. La mort du prince et les épidémies qui ravageaient Bruxelles contribuèrent à rendre plus fâcheuse encore la situation du Grand-Théâtre.