CORNET DE GREZ. — DE PAPE — LA BOULLAYE. — SAUVAGE. — CH. ROHAN
— DE LATOUR. — DE PAUW — EM. MEYER. — CHARLES BERGEYCK. — LÉONARD VANDEVELDE. — PAUL D'ARCONATI. — VANDERMEERE. — L. TIBERGHIEN. — VANDERDILFT. - GRANDRY fils. — FRANÇOIS DE LALAING.
— (D'OVERSCHIE DE) NEERISCHE. -LE BAILLY. — GRIMBERGHE. — DE LA PUENTE. — VISCHER DE CELLES. - PLOWITZ (i). •
(1) Brochure intitulée : Théâtre de la Monnaie sous la régie du citoyen J. Dubus.
ioo Le Théâtre de la (Monnaie. — 1801-18.
On nomma une administration composée de :
J. Dubus, régisseur et fondé de pouvoirs. Laute, commissaire et sous-régisseur.
J Debonne, caissier et receveur
La troupe réunie par cet aréopage était assez complète :
Acteurs et chanteurs .
Messieurs :
Eugène (Ordinaire), première basse-taille Liv. 4,800
Desfossés, premières hautes-contre, Elleviou, etc 5 , 500
Perceval, Crispins, marquis ridicules, seconds comiques, Trial .... 5, 000
Linsel, id. id. .... 3,600
Campenhout, premières hautes-contre, Colins, Elleviou 2,400
Dubreuil (Gamet dit), financiers, manteaux, grimes 4,200
Champmélé, pères nobles . 4,200
Ansoult, premières basses-tailles nobles et comiques 4,200
Lagarenne, premiers rôles, Philippe, Gavaudan 4,600
Garnier, deuxièmes rôles, troisièmes amoureux 4,000
Alexandre, grands accessoires 1,500
Calland, premier comique 4,000
Borremans, \ ( 2,600
Grandval, > grands accessoires. < 720
Larivière, ] ( 1,200
Mariage, secondes basses-tailles (1) 2,400
Armand, premier comique (2) 3,000
Dorsan, hautre-contre (3) 4,800
Jusky, jeunes premiers (4) 2,400
Actrices et Chanteuses.
Mesdames et Mesdemoiselles :
Roussellois, mères Dugazon, premières duègnes Liv. 4,800
Hyacinthe, St-Aubin 3,600
Dumont, première soubrette (5) 3,600
Goossens, seconde amoureuse 2,000
Lobé, premiers rôles, grandes coquettes . 4,000
Dubus, rôles de convenance 4,000
Decroix, duègnes, caractères comédie 3,600
Gouget, secondes et premières duègnes en double, mères nobles .... 2,700
Beffroy, première amoureuse (6) 3,600
Saint-Albin, secondes et troisièmes amoureuses, St-Aubin et Dugazon-
corsets 2,400
Perceval, rôles de convenance (7) »
(1) Cet artiste ne figure pas dans la nomenclature donnée par la brochure intitulée : Théâtre de la Monnaie, etc. (2 ù 4) Ces artistes n'\ sont pas signalés non plus. Ils n'ont tait partie de la troupe que pendant deux mois. Dorsan a débuté le i ; ventôse an IX, dans Alexis, ou l'Erreur d'un bon père.
(5) Elle n'a fait partie de la troupe que pendant deux mois et demi.
(6) Cette actrice n'est entrée que le 90 frimaire an X.
(7) Ses appointements sont inscrits avec ceus île son mari : 416 liv. 1 y-4 par mois.
Clairmonde, seconde amoureuse (i) Liv. 2,400
Renau, jeunes premiers rôles (1) 2,400
Bocquet, première et deuxième amoureuse 2,400
Angellier, rôle de convenance 1,200
Devaux, souffleur 900
Pellerin, copiste ôoo
Vandenborre, peintre 1,200
Orchestre.
PAl'WELS, maître de musique Liv. 3,600
Neyts, second maître de musique FI. 600
Augustin Desfossés, né à Royes, département de la Somme, le 27 août 1771, a tenu pendant 23 ans les rôles de ténor avec un succès ininterrompu. C était une des plus belles voix que Ton eût jamais entendues à Bruxelles, et à ce précieux don de la nature Desfossés joignait toutes les ressources de Fart le plus raffiné. Depuis sa retraite, en 1826, et, jusqu'à l'époque de sa mort, le 22 novembre 1839, il était devenu l'un des chanteurs les plus brillants et les plus assidus du jubé de l'église Sainte-Gudule. Il avait obtenu l'indigénat en 1831.
Les représentations avaient lieu tous les jours, et le répertoire était très varié. Mais toutes les pièces venaient de Paris, dont Bruxelles était une véritable succursale dramatique, et les auteurs du pays ne parvenaient guère à se faire représenter.
Un nommé Barafin, après plusieurs tentatives auprès cju préfet, du maire, etc., au sujet d'un manuscrit, reçut une lettre contenant ce passage :
... // existe une résolution dans notre administration, qui nous prescrit positivement de ne laisser représenter sur notre théâtre que les pièces qui auraient déjà obtenu un
1) Ces deux artistes ne séjournèrent que pendant deux mois à Bruxelles.
Comédies : Les Mœurs du jour, 5 actes, par Collin d'Harleville ; — Duhautcours, 5 actes, par Picard; — la Petite ville, 4 actes, par Picard ; — l'Entrée dans le monde, 5 actes, par Picard; — les Provinciaux à Paris, 4 actes, par Picard; — V Enfant du malheur, 5 actes, par Cuvelier; — le Juge bienfaisant, 3 actes, par Chastenet de Puységur; — le Premier venu, 3 actes, par Vial ; — h Mort de Turenne, 3 actes, par Bouilly et Cuvelier; — Don Quichotte, 3 actes, par Hapdé ; — Défiance et malice, 1 acte, par Dieulafoi ;
— le Meunier de Saspach, 2 actes, de Cuvelier.
Opéras : Chiméne, 3 actes, de Sacchini ; — d'Auberge en auberge, 1 acte, de Tarchi ; — Pouce de Léon, 2 actes, de Lebreton (Berton) ; — le Calife de Bagdad, 1 acte, de Boieldieu ; — Maison à vendre, 1 acte, de Dalayrac; — Une matinée de Catinat, 1 acte, de Dalayrac; — le Trompeur trompé, de Gaveaux ; — Marcelin, de Lebiun; — le Trente et Quarante, de Tarchi; — le Délire, 1 acte, de Berton; — l'Auteur malgré lui, de J.-E. Pauvvels, chef d'orchestre du théâtre (cet opéra n'eut qu'une seule représentation);
— le Grand deuil, 1 acte, de Berton.
succès marqué sur ceux de Paris, ou de quelqu'autre capitale. Cette mesure générale a four but d'éviter V inconvénient des études inutiles qui résultent quelquefois du peu de succès des pièces; quoique persuadé de celui que la vôtre pourrait obtenir, je me trouve dans l'impossibilité de pouvoir faire en faveur de votre ouvrage une exception à la règle établie...
Pas de commentaires.
Parmi les représentations extraordinaires, il faut citer :
25 avril, concert donné par Mme Roussellois ; — 7 et 11 mai, le sieur Garelli, chanteur comique italien, dans la Prova del opéra et le Maître de musique italien ; — du 14 juin au 13 juillet, série de représentations parle ballet national d'Amsterdam; — 14 juillet, 5 et 6 août, Mlle Le Sage du Théâtre Feydeau de Paris.
Puis, la troupe équestre de Franconi reparaît de nouveau dans les mimodrames : Le Meunier de Saspach, — Mort et apothéose de Don Quichotte.
Par cet extrait des i\rchives, on va pouvoir juger des résultats pécuniaires :
Du 19 PLUVIOSE AN IX AU 30 GERMINAL AN X.
La recette depuis la dite date jusqu'au 10 avril 1802, a été comme suit :
i° La mise de fonds des 26 actionnaires Liv. 26,000 — o — 0
2° Les recettes journalières pour Tannée 196,620 — 7 — 9
30 Les recettes d'abonnemens 73.287 — 17 — 1
40 D'une avance faite à la fin de Tannée par le caissier . . 1,326 — 7 — 2
Total de la recette de Tannée . . Liv. 297,234 — 12 — o
Les dépenses depuis la même date et jusqu'à la même époque du 10 avril 1802 :
i° Pour payement de la troupe Liv. 150,020 — 8 — 10
20 Tous autres fraix quelconques 147,214 — 3 — 2
Liv. 297,234 — 12 —
Il en résultent (sic) que la mise de fonds des actionnaires a été absorbée pendant la première année et que les actionnaires devaient au caissier : Liv. 1,^26 — 7 — 2.
Cela conste d'un état général du caissier, signé par lui le 6 messidor an XIII (25 juin 1805), approuvé par M. Delatour, l'un des actionnaires, et vérifié par lui.
1802- 1803. — Malheureusement, l'année suivante amène un résultat négatif.
Elle s'ouvre avec cette troupe :
Acteurs.
Messieurs :
Desfossés, première haute-contre, Elleviou, etc Liv. 5,500
Linsel, trial, Juliet, etc 3,600
Dubreuil, financiers, manteaux, grimes 3,600
Champmélé, pères nobles t uv> 4 200
Eugène (Ordinaire), première basse-taille 4,800
Perceval, Crispins, marquis, ridicules, Trial 5,000
Lagarenne, premiers rôles, Philippe, Gavaudan 4,600
Calland, premier comique , 4000
Garnier, deuxièmes rôles, troisièmes amoureux 2 600
Eugène (Dessessarts), première basse-taille 2,400
Rochon, les Colins ^ OQO
La Vilette, seconde basse-taille 4,400
Brion, des premiers rôles et forts jeunes premiers 4,500
Laurin, pères nobles, trois rôles, raisonneurs 2 400
Lizys, deuxième haute-contre . 4,200
Borremans, grands accessoires 2 400
Roussellois, mères Dugazon, premières duègnes Liv. 6,600
Fay (MUe Roussellois, femme Bachelier), première chanteuse .... 5,400
Caron-Fémilly, Dugazon 4 c00
Ribou, premiers rôles, forts jeunes premiers 4,000
Burger, St-Aubin o 500
Dubus, rôles de convenance 2 000
Hyacinthe, St-Aubin 3,600
Gouget, caractères, mères nobles 2,700
Lobé, premiers rôles, grandes coquettes 4,000
Decroix, duègnes, caractères comédie .... 3,600
Perceval, rôles de convenance 1,200
Lequien, id. 1,200
Chevalier, utilités 1,200
Lance, jeunes rôles (1) . . 300
PAUWELS, maître de musique.
Cette campagne fut fertile en événements dramatiques.
Le sieur Bianchi, chanteur italien, se disant premier comique de la Cour de Prusse, vient se produire dans deux intermèdes (s et 7 mai).
Puis, la fille de Mme Roussellois : Mme Baron, dite Fay, débute dans Roméo et Juliette. Elle avait abordé la scène en 1797, à l'Opéra-
(1) Mlle Lance était la lille du concierge de la Monnaie.
Léhéman ou la tour de Neustadt, 3 actes, de Dalayrac; — Une folie, de Méhul; — le Trésor supposé, 1 acte, de Méhul (une seule représentation); — Ariodant, 3 actes, de Méhul; — la Famille américaine, 1 acte, de Dalayrac ; — Anacréon chez Polycrate, grand opéra en 3 actes, de Grétry ; — Ma tante Aurore, 2 actes, de Boieldieu (grand succès); — Michel-Ange, 1 acte, de Nicolo-Isouard
Comique de Paris; elle se montra ensuite à l'Opéra cToù les intrigues de coulisses la firent partir. Elle donna le jour à la célèbre Léontine Fa}\
Martin, de l'Opéra-Comique, dont la voix tenait du baryton et du ténor, et qui a légué son nom à l'emploi, se fait applaudir dans : L Epreuve Villageoise, Zoraïme et Zulnar, le Jugement de Midas, Maison à vendre, la Colonie, Philippe et Georgette, le Trente et Quarante, d'Auberge en Auberge, ïlrato, le Secret, les Visitandines, Pamir ge.
La présence à Bruxelles d'un ancien artiste de la Monnaie, Henri Mees et de sa fille, xMme Bonnet, fut l'occasion d'une œuvre de charité :
La représentation au bénéfice du citoyen Garnier, qui lui a été accordée d'après l'événement malheureux dont il est victime, et qui était annoncée dans le journal l'Oracle, aura lieu samedi prochain, 5 thermidor (An X, 25 juillet 1802). L'on jouera Marianne, opéra, de Dalayrac, et le Directeur dans l'embarras, opéra de Cimarosa; dans la première pièce, Madame Bonnet, née Mees, remplira le rôle de Marianne, et dans la seconde, le citoyen Mees remplira le rôle du Poète, ces deux artistes estimables ont bien voulu se réunir aux talents de ceux du grand théâtre pour donner à ce spectacle tout l'intérêt et l'agrément dont ils sont susceptibles Entre les deux pièces, Madame Bachelier, née Roussellois, exécutera un concerto sur le forte-piano.
En octobre, on signale la présence de Mmc Thénard et de son fils, qui parurent tous deux dans onze représentations successives.
Puis, arrivent Jean Ellmenreich, chanteur allemand, M"e Contât, M"e Dugazon qui joue dans l'Etourdi et les Originaux, Etienne Baron, dit Eay, gendre de Mme Roussellois et ténor du théâtre Eeydeau.
Le ier avril, on entend Platel dans un concert avec Mmc Berteau. Ce violoncelliste fut, plus tard, nommé professeur au Conservatoire de Bruxelles. Ses élèves, tels que Servais, Alex. Batta, Demunck, etc., sont devenus des maîtres.
.Mais l'événement le plus important de l'année fut le retour de Talma. Tout ce qui touche ce grand artiste prend de telles proportions littéraires que nous allons reproduire f appréciation de l'Oracle sur le célèbre tragédien.
Ipiiigknie en Aulide.
La première pièce jouée sur notre théâtre depuis l'arrivée de Monsieur et Madame Talma, a été VAndromaque de Racine, ainsi que nous l'avons annoncé ; n'ayant point assisté à cette représentation, je n'ai pu en rendre compte; mais, d'après l'opinion des connoisseurs, Talma a parfoitement joué le rôle d'Oreste; il a été surtout sublime dans la dernière scène du dernier acte. Madame Talma a montré également le talent le plus distingué dans le rôle
difficile et superbe d' Andromaque. Ces deux artistes ont recueilli, dans cette occasion, les applaudissemens les plus nombreux et les plus mérités d'un public juste appréciateur des talens.
La seconde représentation a eu lieu avant-hier : c'étoit VIphigènie en Aulide, de Racine, chef-d'œuvre qui n'a rien d'égal chez aucun peuple et dans aucune langue : Monsieur Ta'ma y a rempli le rôle d'Achille. On sait que ce héros est foitement dessiné dans Racine et que son caractère est un mélange continuel de fierté, d'orgueil et d'emportement difficile à bien saisir, et encore plus à bien tendre. Ce genre ne nous a pas paru être le plus favorable aux talens de l'acteur, et nous sommes, à cet égard, de l'avis des journaux littéraires de Paris. Larive avoit un genre particulier; Talma en a un autre; le seul Lekain étoil sublime dans tout. Ce n'est pas à dire que le rôle d'Achille a été mal rendu ; mais Talma n'y a pas été tout ce qu'il auroit dû être ; il y a déployé les connoissances d'un ac'eur consommé dans son art, mais il ne fut sublime que par élan. Lorsqu'à la fin du troisième acte, Achille se retire en fureur, et dit à Clytemnestre les vers qui terminent cet acte :
Votre fille vivra, je fuis vous le prédire, Croyez du moins, croyez que, tant que je respire, Les dieux auront en vain ordonne son trépas. Cet oracle est plus sûr que celui de Caichas,
ce moment a été du plus grand effet, et l'acteur a recueilli de vifs applaudissemens; l'illusion a été complète; l'on a ciu revoir le fougueux Achille d'Homère et de Racine.
Malgré tous ces attraits, les résultats pécuniaires furent désastreux, et les pertes s'élevèrent à 8,667 livres.
1803-1804. — L année suivante amène le déficit énorme de 64,707 livres.
Le public semble avoir déserté quelque peu le théâtre; un écrit du temps rapporte qu'un étranger, allant passer sa soirée à la Monnaie, « fut étonné de voir une grande partie des loges vides et le parterre très clair-semé », et ajoute : « L'ouverture était à peine commencée, qu'on n'entendait que tousser, cracher, babiller, ouvrir et fermer les portes des loges de haut en bas. » (1)
Cette troisième campagne de la gestion Dubus commença le icr floréal an XI (21 avril 1803).
Acteurs.
Messieurs :
Lagarenne, premier rôle Liv. 4,600
Bourson, jeunes premiers rôles et petits-maîtres 3,300
Dubreuil, financiers, manteaux, grimes 4,000
Champmélé, pères nobles 4,200
Folleville, troisièmes rôles, grands raisonneurs, pères nobles 4,000
Eugène (Ordinaire), première basse-taille ... ^,8oo
(1) Coup d'œil sur Bruxelles, Stapleaux.
io6 Le Théâtre de la {Monnaie. — 1801-18.
Desfossés, première haute-contre, Elleviou Liv. 5,500
Perceval, Crispins, marquis ridicules 5,000
Eugène (Dessessarts), premières basses-tailles, nobles et comiques . . . 2,7°°
Verteuil, premier comique, livrées .... 5,000
Dumouchel, Trial, Laruetie , 10,000
Rolland, Martin, Lays 5,000
Théodore, seconde haute-contre 2,000
Lacroix, raisonneurs 3,000
Durant, premiers rôles 6,000
Brochard, Crispins, marquis ridicules , 4,000
Borremans, grands accessoires 2,000
Actrices, Mesdames et Mesdemoiselles :
Ribou, premiers rôles, forts jeunes premiers Liv. 4,300
Saint-Albin, jeunes Saint-Aubin, Dugazon-corsets 3,600
Berteau, première chanteuse, Philis, fortes Saint-Aubin 4,500
Dumouchel, premier rôle tragique —
Morland, jeune première, ingénuité 3,600
Dollé-Verteuil, Dugazon 2,400
Gouget, caractères, mères nobles 3,000
Vanloo, premières soubrettes 4,300
Folleville, ingénuité, jeunes rôles —
Burgin, Saint-Aubin 4,200
Lequien, rôles de convenance 1,800
Decroix, duègnes, caractères 3,600
Tanquerelle, deuxième soubrette, première en double 5,000
Devaux, souffleur Liv. 900
Pellerin, copiste 720
Spaak, peintre 2,688
Orchestre. PAUWELS, maître de musique Liv. 3,600
Si nous avons signalé les témoignages de mauvais goût que donna quelquefois le public en applaudissant des saltimbanques, nous saisissons l'occasion de constater que ces habitudes ne se sont pas maintenues. Le jour de l'ouverture, la direction exhibe une espèce de prestidigitateur, avec son spectacle fantasmagorique : Palingénésie on danse des morts. Il fut absolument hué et partit sans rien dire — pas même son nom, sans doute pour faire une niche aux historiographes...
.Mais on attendait à Bruxelles l'arrivée du Premier Consul et de Madame Bonaparte. Des fêtes se préparaient, auxquelles le Théâtre devait naturellement contribuer dans une large mesure. On fit venir de Paris l'aima et sa femme, Monvel, M"c Raucourt; puis, Rodolphe
Kreutzer, F. Duvernoy, Dalvimare, instrumentistes du Grand- Opéra. Tous ces artistes se firent entendre avant l'arrivée du Consul. Enfin, Bonaparte fit son entrée à Bruxelles, le 21 juillet, à 9 heures 1/2 du soir. Le Théâtre avait affiché « relâche ».
Le lendemain, Joséphine se rend à la Monnaie, où Ton représente Cinna, et, le 8 thermidor, Bonaparte, accompagné de Lebrun et de Joséphine, vient y voir jouer Britannicus.
Deux jours après, la veille de son départ, le Premier Consul assiste à la représentation d une pièce de circonstance : La Joyeuse Entrée, de Jouy, où il est l'objet de manifestations sympathiques, notamment au couplet suivant :
Si j'ai bien servi ma patrie, Mille autres ont eu ce bonheur ; De la France l'heureux génie, Nous guidait aux champs de l'honneur.
Se peut-il que l'on s'en écarte, En suivant le même sentier, Toujours après lui Bonaparte Laisse une trace de laurier.
Nous avons cité Brochard et Perceval parmi les artistes dramatiques. Il paraîtrait qu'à leur talent de comédien ils joignaient des qualités chorégraphiques — ce qui ne manque pas d'originalité. Pour faciliter les débuts du danseur Giraud et de la ballerine Etienne, ils secondèrent ceux-ci et parurent dans la Fille mal gardée :
Brochard a enlevé tous les suffrages par la légèreté et la perfection de sa danse, la finesse de sa pantomime et le comique qu'il a répandu sur ce personnage, et quant à Perceval, il serait difficile de décrire avec quelle supériorité il s'en est acquitté; il excelle dans la danse comique et y mérite d'autant plus d'éloges, que jamais il ne s'était voué à cette sorte d'exercice (1).
Un début important fut celui de Pierre Bourson. La passion du théâtre s'était manifestée subitement chez cet artiste, la première fois
(1) Esprit des Journaux. Nivôse an XII.
Les Confidences, 2 actes, de Nicolo-Isouard ; — le Jockey, 1 acte, de Solié ; — le Concert interrompu, 1 acte, de Berton ; — Picaros et Diego, 1 acte, de Dalayrac ; — Beniowski, 3 actes, de Boieldieu ; — Aline, reine de Golconde, 3 actes, de Berton; — Lèontine et Fonrose, 4 actes, de Pauwels ; — le Médecin turc, 1 acte, de Nicolo; — l'Habit du chevalier de Grammont, 1 acte, d'Eler.
io8 Le Théâtre de la (Monnaie. — 1801-18.
qu'il alla au spectacle; Larive jouait Pygmalion, de Rousseau. Bourson apprend le rôle en une nuit, et se fait présenter à Larive, qui, émerveillé de ses aptitudes, facilita les commencements de sa carrière.
Le 22 août, Louis Drouet joue un concerto de flûte entre deux pièces. Cet artiste acquit une grande renommée. 11 était dans les bonnes grâces de la reine Hortense, mère de Napoléon III, et écrivit la musique de : Partant pour la Syrie, dont on voulait se servir pour faire échec à la Marseillaise!
Cette saison se termine par la première de Léontine et Fonrose, opéra-comique en 4 actes, de Jean-Englebert Pauwels. Le maestro, couronné sur la scène, est ramené chez lui en triomphe. Mais c'était son chant du cygne, car il expirait six semaines après.
1804- 180 5. — Les membres nommés pour un terme de trois ans ayant terminé leur gestion, une nouvelle commission est installée par acte notarié.
L ouverture a lieu le 21 avril.
. Acteurs.
Messieurs :
Lagarenne, premiers rôles Liv. 5,300
Bourson, jeunes premiers, jeunes premiers rôles et petits-maîtres . . . 3.3°°
Deschazelles, second et troisième amoureux (1) 8,000
Paulin, premiers comiques, grandes livrées 5,000
Dubreuil, financiers, manteaux, grimes . 3,600
Champmélé, pères nobles 4 200
Folleville, troisièmes rôles, grands raisonneurs, pères nobles (2) . . . 4,000
Lecatte, seconds pères, grandes utilités 1,800
Brochard, Crispin, marquis ridicules, second comique 3,000
( 1 ) Cet acteur touchait avec sa femme une somme de 8,000 livres annuellement. (2) Folleville touchait cette somme avec sa fille.
La Romance, \ acte, de Berton ; — le Diable couleur de rose, 1 acte, de Gaveaux ; — Une heure de mariage, 1 acte, de Dalayrac ; — Hêlèna, 3 actes, de Méhul ; — la Jeune Prude, 1 acte, de Dalayrac; — le Petit Page, 1 acte, de Gresnich; — / Viaggiatori comici, de XX. ; — le Clapperman ou le crieur de nuit d'Amsterdam, de J Borremans; — Nephtè, tragédie lyrique en 3 actes, de Lemoyne; — Corali ou la lanterne magique, 1 acte, de Bianchi ; — Un quart d'heure de silence, 1 acte, de Gaveaux; — le Bouffe et le tailleur, 1 acte, de Gaveaux; Henri de Bavière, 3 actes, de Deshayes ; — l'Avis aux femmes, 1 acte, de Gaveaux; — Milton, 1 acte, de Spontini ; — l'Orage, 1 acte, de Foignet.
Desfossés, première haute-contre, Elleviou Liv. 6,000
Campenhout, première haute-contre, Colin, Elleviou, Martin 5,000
Ansoult, première basse-taille noble et comique 5>5°°
Eugène (Dessessarts), première basse-taille 3,000
Darius, première basse-taille, Lays, Martin 6,000
Perceval, Crispin, marquis ridicules, Trial 5,000
Linsel. Crispin, marquis ridicules, Trial 4,000
Actrices
Mesdames et Mesdemoiselles :
Ribou, premiers rôles, forts jeunes premiers Liv. 5,000
Deschazelles, première chanteuse en tous genres . —
Morland, jeunes premiers rôles, ingénuités 3,600
Saint-Albin, seconde et troisième amoureuse 3,600
Berteau, première chanteuse, Philis, fortes St-Aubin 5»5°°
Ribou mère, mères nobles 1,800
Gouget, caractères, mères nobles 3, 000
Roussellois, mères Dugazon, premières duègnes 6,000
Folleville, ingénuités, jeunes rôles (1) —
Spinagotta, première soubrette (2] 4,000
Van Loo, première soubrette 4,3°o
Tanquerelle, deuxième soubrette, première en double 2,200
Devaux, souffleur 900
Pellerin, copiste 900
Spaak et fils, peintres 2,688
Orchestre.
PAUWELS, maître de musique Liv. 3,600
Platel, second maître de musique 1,200
Le chef d'orchestre Pauwels, malade depuis le commencement de la saison, mourut le 4 juin, à l'âge de 36 ans; ses funérailles eurent lieu à Laeken, et le Théâtre fit relâche. Jean-Englebert Pauwels était non seulement un violoniste de premier ordre, mais encore un compositeur de grand talent; il avait fondé, rue Ducale, la société du Grand-Concert. Ch. Borremans le remplaça au pupitre.
Cette mort fut suivie, à quelques mois de distance, de celle d Ansoult, la basse-taille. Il laissait une veuve et une fille, au profit desquelles une représentation fut organisée. On perdait « un citoyen dont la probité et la moralité étaient sans taches ». Son camarade Eugène cadet (Dessessarts), joua plusieurs mois au bénéfice de la veuve, lui consacrant ses appointements tout entiers. Un tel trait de générosité se passe déloges : — il suffit de le constater.
i 1 ) Ses appointements étaient compris dans ceux de son père. (2) Elle a résilie son engagement le jo prairial.
i r o Le Théâtre de la ^Monnaie. — 1801-18.
Ansoult fut remplacé par Jean Darius, de la Comédie-Italienne. Cet artiste offre un cas de longévité rare : il mourut à l'âge de 103 ans.
Il faut encore signaler, parmi les débutants, Paulin (Jean-Paulin Goy), élève de Préville, qui excellait dans les valets de Molière, et Mme Deschazelles, venant de l'Opéra-Comique où, « pour une cause inconnue, elle ne contracta pas d'engagement » (1).
Fleury, de la Comédie-Française, donne une série de représentations, dont la première a lieu le 29 août. M. et Mme Miarteni, artistes italiens, jouent, le ier octobre, un opéra intitulé : I viaggiatori comici.
Un petit prodige, M"e David, fut annoncé en ces termes :
Mademoiselle David, âgée de 12 ans, venant de Paris, où elle a exécuté, sur divers théâtres et dans les grands concerts de la capitale, différens morceaux de musique des meilleurs compositeurs, en présence de Leurs Majestés Impériales, du conservatoire et des amateurs de la bonne musique, annonce qu'elle donnera un concert dans cette ville, dans lequel elle jouera des concertos des plus grands maîtres. Parmi les instrumens dont cette jeune personne joue, soit à vent, soit à cordes, elle exécutera des concertos de cor et de flageolet, comme étant ceux qui lui ont attiré l'admiration générale des artistes et amateurs des villes où elle a paru, telles que Toulouse, Bordeaux, Tours, Orléans et Paris. Son âge semblerait inspirer des doutes sur ses talens ; mais elle peut se flatter d'avoir obtenu, partout, les applaudissemens unanimes de tous ses auditeurs La grande affiche annoncera les concertos, pièces de musique qui y seront joués, le local où le concert sera exécuté.
Le 30 mars et le 7 avril, concerts de Steibelt. Une représentation de Roméo et Juliette avait été donnée le 5 avril en 1 honneur de ce grand artiste. Le ténor Desfossés étant malade, Campenhout le remplaça à l'improviste. Le soir du second concert, Campenhout, encore tout ému par le merveilleux talent du célèbre pianiste, aborda le maestro, et, d'un accent pénétré, lui dit : « Monsieur, vous avez été merveilleux ce soir! » A quoi Steibelt répondit : « C'est vous, Monsieur, qui avez fait merveille dans ma pièce, l'autre soir. » Le rôle de Roméo, appris en très peu de jours, fut, en effet, chanté avec un abandon, une sensibilité révélant chez Campenhout un talent dramatique qu on ne lui soupçonnait pas. Jamais triomphe ne fut plus complet. Campenhout était alors un ténor au timbre généreux; sa voix de poitrine s'étendait depuis Yut grave jusqu'à l'ut 2mc octave, sa voix de tête atteignait aisément le/à suraigu. Il contribua à introduire au théâtre le style fleuri et brodé dont on ne se faisait guère une idée auparavant, car les chanteurs ne brillaient point par une
(1) Vallcran. L'Opinion du parterre.
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exécution vocale fort remarquable. Il abusait parfois des fioritures, mais son excuse était dans son habileté. Campenhout jouissait, en outre, dune taille élancée, dune figure distinguée, mobile et expressive. Tous ces avantages avaient frappé Pauwels, son professeur de violon, qui lui conseilla le théâtre.
Voici maintenant un spécimen de réclame, qui laisse poindre le principe des procédés tant en faveur aujourd'hui. Il est de ce même Steibelt qui, « cédant aux nombreuses et pressantes sollicitations des amateurs de cette ville », voulut bien consentir à se faire entendre :
Programme du concert que M. Steibelt donnera à la salle du spectacle, aujourd'hui samedi, 30 mars (9 germinal an XIII).
Première partie. — Ouverture manuscrite du ballet de la Belle Laitière, donné à Londres, au grand théâtre du roi, et de la composition de M. Steibelt. — M. Gensse exécutera un concerto de Viotti. — Scène du Sacrifice d'Abraham, par Cimarosa, chantée par Madame Roussellois. — M. Steibelt exécutera sur le piano-forte un nouveau concerto manuscrit de sa composition. Le sujet de Vadagio est tiré d'un air chanté par Marie Stuart, reine d'Ecosse, lorsqu'elle était prisonnière au château d'Edimbourg Celui du rondeau est une imitation de chasse.
Seconde partie. — Scène champêtre du ballet de la Belle Laitière. Le calme de la nuit, le réveil de la nature, le concert harmonieux que forment les habitans de Pair, le lever du soleil, le mugissement des troupeaux, le chalumeau du berger, les chants du chasseur forment le sujet de celte scène, qui se termine par une espèce de bacchanale villageoise. — M. Steibelt exécutera sur le piano-forte, une fantaisie, et prendra pour thème un air de la Flûte enchantée. — Madame Roussellois chantera un rondeau de Martini. — M. Steibelt terminera le concert, en exécutant sur le piano-forte un rondeau pastoral, avec un orage, morceau à grand orchestre.
Le 31 octobre, apparaît une pièce du crû. Le fait est assez rare pour que nous ne le laissions pas passer inaperçu. Il est vrai que cet ouvrage n'eut qu'une seule représentation. C'est le Clapperman ou le crieur de nuit d'Amsterdam, opéra en un acte, de Joseph Borremans, deuxième chef d'orchestre à la Monnaie, maître de chapelle à Sainte-Gudule, organiste de Saint-Nicolas et auteur de scènes lyriques, messes, Te Deum et motets.
Nivôse de l'an XIII vit la discorde surgir entre deux actrices que la jalousie avait mal conseillées. Il s'agissait du rôle de Roxelane, dans les Trois Sultanes, qu'on avait distribué à Mme Deschazelles, et que M"e Ribou réclamait comme appartenant à son emploi. Récriminations, visites aux directeurs, cris, tumulte. La situation s'envenimant, l'administration crut terminer le dillérend par le retrait de la pièce. Mais M"c Ribou, dont l'amour-propre n'avait pas eu satisfaction, demanda à résilier, ce qui lui fut accordé. Cette prédilection pour Roxelane était, dit-on, motivée par la con-
duite de l'actrice, qui rappelait celle de la sultane. Des bruits malveillants s'étant répandus, elle écrivit une lettre accompagnée d un long mémoire justificatif, et fit sa rentrée le 18 ventôse.
En février 1805, il fut question de remplacer le préfet de la Dyle, Doulcet de Pontécoulant, appelé au poste de sénateur. Tout le monde regrettait son départ. Ces sentiments se manifestèrent avec la plus grande énergie à la représentation du 5 de ce mois L'administration du théâtre ayant appris, quelques instants avant le lever du rideau, que le préfet allait assister au spectacle, fit éclairer la salle comme pour les grandes circonstances. On jouait Iphi génie en Aidide. Dés que M. de Pontécoulant parut, tout le public se leva et lui fit une ovation enthousiaste. L'orchestre joua l'air du chœur de Lucile : Oh peut-on être mieux qu'au sein de sa famille, ce qui doubla les applaudissements. Peu après, il fit entendre l'air d'Œdipe, si bien en situation : Je ne vous quitte pas sans répandre des larmes. Enfin, M"e Roussellois, jouant Clytemnestre, souligna, avec autant d'esprit que de grâce, la phrase suivante :
Que j'aime à voir ces hommages flatteurs Qu'ici l'on s'empresse à vous rendre.
L'allusion fut parfaitement saisie, et le public ratifia l'intention de l'artiste. M. de Pontécoulant fut reconduit jusqu'à sa voiture avec de grands témoignages de reconnaissance et de respect.
Cependant les affaires du théâtre devenaient de plus en plus inquiétantes, et, depuis la nouvelle gestion, le déficit s'élevait à la somme de liv. 107,566.
Les directeurs, désireux d'abandonner la partie, écrivirent une lettre au Préfet :
Bruxelles, le 20 ventôse an XIII (1 1 mars 1805).
Les Actionnaires du Théâtre de Bruxelles
à Monsieur De Chaban, Préfet du Département de la Dyle.
Monsieur le Préfet,
Vous avez eu la bonté de témoigner à quelques-uns d'entre nous l'intérêt que vous voulez bien prendre au soutien du Spectacle de Bruxelles, et l'intention où vous êtes d'interposer vos bons offices auprès du gouvernement, pour en obtenir des moyens de conserver un établissement aussi nécessaire aux bonnes mœurs et à la police.
Nous nous permettons, en conséquence, de vous présenter nos réflexions et nos désirs sur cet objet.
Bruxelles était ci-devant une ville de Cour, et son spectacle, après ceux de Paris, était peut-être le meilleur de l'Europe. L'Archiduchesse Marie-Christine y avait une loge qu'elle payait 24,000 francs par an : le Ministre de l'Empereur donnait 12,000 francs pour la sienne, et la première dame d'honneur de l'Archiduchesse en avait une troisième au prix de six mille livres.
Ces trois loges formaient ainsi à l'administration du théâtre, un revenu assuré et une espèce de préciput de 42,000 francs.
Outre cela, cette administration jouissait du privilège exclusif de tous les spectacles et divertissemens de la ville, ce qui peut être estimé au moins à 12,000 francs par an.
D'abord après l'occupation de la Belgique par les armées françaises, tous ces avantages ont cessé, et il en est résulté la désorganisation totale du spectacle. Des bateleurs et des fripons se sont succédé rapidement comme entrepreneurs; ils ont escamoté des abonnemens, produit des acteurs insoutenables, et ont fait tous banqueroute au bout de peu de mois.
Enfin, dix propriétaires de Bruxelles se sont sacrifiés pour la ville : ils ont fait des fonds, formé une bonne comédie, un bon opéra, et rétabli le spectacle dans l'état où il était du tems de Marie-Christine.
Mais, n'ayant aucun des avantages de ce tems-là, étant de plus obligés de payer le droit des indigens et le droit d'auteurs, vous ne vous étonnerez pas que la perte qu'ils éprouvent monte à environ 1 50000 francs, et que se devant à leurs familles beaucoup plus qu'au public, ils ayent dû prendre la résolution de finir et dissoudre leur association, pour la fin de la prochaine année théâtrale.
Cependant, si par votre puissante entremise, ils pouvaient obtenir du gouvernement les moyens de ne plus augmenter leurs pertes, ils continueraient volontiers pour l'avantage de leur ville et de leurs concitoyens.
Ces moyens sont :
i° Que le théâtre de Bruxelles, vu le voisinage du château impérial de Laeken, soit déclaré Théâtre Impérial, et que Sa Majesté y réserve une loge.
20 Que le Gouvernement accorde à l'administration actuelle, le privilège exclusif des spectacles et divertissemens publics quelconques, ainsi que cela était du tems de la Cour.
30 Que la ville de Bruxelles, à l'exemple de plusieurs villes de Belgique, se charge du payement du loyer de la salle de spectacle.
Avec ces moyens, les actionnaires actuels courront de nouveau une chance qui leur a été si ruineuse jusqu'aujourd'hui ; mais, sans eux, ils seront forcés d'abandonner le théâtre aux spéculateurs qui ont été avant leur association les fléaux du bon goût, des bonnes mœurs et de la confiance publique.
Nous vous prions d'agréer l'assurance de notre respectueux dévouement.
De Pauw. — C. Vanderfosse. — De La Tour. — Cornet de Grez. — Emanuel Meyer. — F. Van Malder. — E d'Overschie de Neerische
On ne donna guère suite à cette demande; le Théâtre ne prit pas de nouvelle dénomination, et les directeurs persistèrent néanmoins à se maintenir.
1805- 1806. — C'est la cinquième année des actionnaires — la deuxième de la nouvelle entreprise. Ouverture, le 21 avril, par Zemire et A\or.
Acteurs.
Messieurs :
Desfossés, première haute-contre Liv. 6,000
Perceval, Crispins, marquis ridicules, Trials 5,000
Le Théâtre de la fMonnaie.
Dubreuil, financiers, manteaux, grimes Liv. 3,600
Champmèlé, pères nobles 4,200
Lagarenne, premiers rôles ... 573°°
Eugène (Dessessarts), première basse-taille. ... 4,500
Folleville, troisièmes rôles, grands raisonneurs, pères nobles (1) ... 4,300
Paulin, premiers comiques, grandes livrées 5,000
Linsel, Crispins, marquis ridicules, Trial 4,000
Tanquerelle, basse-taille (2) • 2,800
Madinier, jeunes premiers 4.500
Hurteaux, première haute-contre 3,600
Bourson, jeunes premiers, jeunes premiers rôles, petits-maîtres .... 3,300
Gontier, seconde basse-taille (3) 3,000
Actrices.
Mesdames et Mesdemoiselles :
Gouget, caractères, mères nobles Liv. 3,000
Ribou, premiers rôles, fortes jeunes premières 5,000
Morland, jeunes premiers rôles, ingénuités 3,600
Saint-Albin, seconde et troisième amoureuse . 3,600
Berteau, première chanteuse, Philis, forte St-Aubin 6,000
Roussellois, mères Dugazon, premières duègnes 6,000
Tanquerelle, deuxième soubrette, première en double 2,200
Folleville, ingénuités, jeunes rôles (4) —
Rosine, jeunes rôles 288
De la Salle, deuxième amoureuse (5) 1,000
Devaux, souffleur 900
Pellerin, copiste 900
Spaak et fils, peintres 2,688
Orchestre.
BORREMANS, Ch., maître de musique Liv. 2,400
Platel, second maître de musique 1,200
16 violons. — 2 altos. — 5 violoncelles. — 2 contre-basses. — 2 cors. — 2 trompettes. — 2 hautbois. — 2 flûtes. — 2 clarinettes. — 2 basses. — 1 timbalier.
(1) Folleville touchait cette somme avec sa fille.
(2) Il résilia son engagement le ?o prairial. (?) 11 fut engagé le 20 février 1806.
( 1) Appointements compris dans ceux de son père. (5) Elle fut engagée le 10 fructidor an XIII.
L'Intrigue aux fenêtres, 1 acte, de Nicolo-Isouard (14 représentations) ; — le Diable en vacances, 1 acte, de Gaveaux ; — Julie, ou le pot de fleurs, 1 acte, de Spontini et Etienne Fay; — l'Officier Cosaque, 1 acte, de Gianella et Dumonchau ; — Une aventure de Sainte-Foix, 1 acte, de Tarchi ; — Télèmaque, tragédie-lyrique en 3 actes, de Lesueur ; — la Jeune femme colère, 1 acte, de Boieldieu ; — la Ruse inutile, 2 actes, de Nicolo ; — l'Intrigue sur les toits, 1 acte, de XX; — le Grand-Père, 1 acte, de Jadin ; — les Prisonniers Espagnols, 1 acte, de XX (une seule représentation); — Léonce, ou le fils adoptif, 2 actes, de Nicolo; — Gulistan, ou le huila de Samarcande, 3 actes, de Dalayrac.
Cette campagne n'est pas fertile en événements dramatiques : 25 et 31 mai, 4 juin, concerts d'Alexandre Boucher, premier violon solo de la Cour d'Espagne, accompagné de Mme Gallyot, harpiste, et de Navoigille, chef d'orchestre. Ce Boucher, auquel on n'accordait qu'un talent discutable, avait eu l'idée, au moins bizarre, de prendre le prénom de Napoléon, à cause de sa ressemblance avec « le grand homme », ce dont il avait la faiblesse de tirer vanité.
Cussy de Champmeslé, autrefois directeur, puis comédien, reparaît dans le Déserteur, sous le nom de Crevel, qu'il avait pris, on ne sait pourquoi.
Ici se place l'apparition inattendue, inexplicable, de danseurs de corde, sous la direction Forioso. Le séjour de ces acrobates, dont la réputation était européenne, se prolongea pendant quinze séances ! Fils d'un colporteur, Forioso était né en sabots, dans une ferme. On ignore comment ses goûts funambulesques le prirent, mais en 1801 il était au Théâtre Louvois avec toute sa famille : le père avait quitté le colportage pour l'acrobatie ; le frère faisait des tours sous le nom de Mustapha; la sœur avait abandonné ses dindons. Forioso joignait à son talent de sauteur la gloire d'être l'amant de la Montansier, alors âgée de soixante-dix automnes.
Ces saltimbanques emplirent pendant quelque temps la caisse directoriale.
Le 17 frimaire an XIV, parut un décret sur la police des spectacles, d'après lequel tout ce qui concernait les ouvrages à représenter devait être soumis aux commissaires-généraux. C'est le principe de la censure.
Cependant, le résultat final ne fut pas rassurant, en dépit du subside que Napoléon Ier avait accordé — très probablement — si l'on appuie cette hypothèse sur le relevé des frais occasionnés par l'installation de la loge impériale. Les comptes se clôturèrent par un déficit général de 79,000-1-6 florins.
Dans cette saison, Lagarenne joua 244 fois; Desfossés, 120; Hurteaux, 220; Eugène, 261 ; Perceval, 247; Linsel, 260; Mmes Berteau, 169; Roussellois, 151; Saint-Albin, 246; Gouget, 193 ;.Folleville, 188 fois.
30 avril, début de Hurteaux, première haute-contre, dans Adolphe et Clara. Peu après, les violonistes Bertin père et fils donnent un concert. Saint-Fal, de la Comédie-Française, paraît dans neuf représentations, et Mlle Lesage, du Théâtre Feydeau, dans huit opéras où elle obtient un énorme succès.
1806- 1807. — Décidément, les directeurs ne se découragent pas, puisqu ils sont encore à la tête du théâtre pour l'ouverture de la nouvelle campagne (18 avril).
Acteurs.
Messieurs :
Desfossés, première haute-contre, Elleviou, Martin Liv. 6,000
Perceval, Crispins, marquis ridicules, Trial 5,000
Dubreuil, financiers, manteaux, grimes 4,200
Champmélé, pères nobles 3,600
Lagarenne, premiers rôles, Philippe 6,000
Eugène (Dessessarts), première basse-taille 5,000
Folleville, troisièmes rôles, grands raisonneurs, pères nobles .... 4,600
Paulin, premiers comiques, grandes livrées 5,000
Hurteaux, seconds rôles, première haute-contre 3,600
Bourson, jeunes premiers, jeunes premiers rôles, petits-maîtres .... 3,600
Brochard, Crispins, marquis ridicules, second comique 4,000
Huet, haute-contre 3,600
Nonnier, première basse-taille, Lays 5,000
Legrand, basse-taille 2,400
Brice, seconde haute-contre 2,400
Actrices.
Berteau, première chanteuse, Philis Liv. 6,000
Ducaire, mères Dugazon, première duègne 4,500
Morland, jeune première, ingénuité 3,600
Bayer, première chanteuse 4,500
Daubigny, première soubrette . 4,000
Gouget, duègnes . . 3,000
Folleville, jeunes rôles (1) —
Saint-Laurent, deuxième soubrette . . 1,600
Henry, troisième amoureuse 1,200
(1) Appointements compris dans ceux de son père.
1806. — 15-29 mai, Monsieur Deschalumeaux, 3 actes, de Gaveaux ; — 23 juin, les Faux monnayeurs, 3 actes, de Gresnich ; — 3 octobre, les Maris garçons, 1 acte, de Berton ; — 15 octobre, les Trois Hussards, 2 actes, de Champein ; — 19 novembre, le Déjeuner de garçons, 1 acte, de Nicolo ; — itr décembre, les Deux aveugles de Tolède, 1 acte, de Méhul ; Deux mots, ou une nuit dans la forêt, 1 acte, de Dalayrac; — 26 décembre, Gabrielle d'Estrées, 3 actes, de Méhul ; — 17 mars, Uthal, 1 acte, de Méhul ; — ier avril, Don Juan, grand opéra en 3 actes, d'après Mozart ; l'Avis au public, 2 actes, d'Alexandre Piccinni, fils.
Comédies : Le Naufrage ; — Agnès Sorel; — Un jeu de la fortune; — le Testament de fonde;
— les Confidences ; — la Jeunesse d'Henri IV ; — Frédéric à Spandau; — les Ricochets;
— les Deux Sires; — le Mari d'emprunt; — les Frères à l'épreuve; — le Voyageur fataliste; — les Dupes; — Frosine; — le Généreux vindicatif; — la Laitière de Bercy ; — la Forteresse du Danube.
Rosine Lequien, jeunes rôles Liv. 416
La Salle, deuxièmes amoureuses 2,000
Renau, jeunes premiers rôles (1) 3,000
Choeurs.
Douze hommes. Douze femmes.
Orchestre.
BORREMANS, maître de musique Liv. 2,400
Platel, sous-chef 1,200
16 violons. — 2 altos. — 5 violoncelles. — 2 contrebasses. — 2 cors. — 2 trompettes. — 2 hautbois. — 2 flûtes. — 2 clarinettes. — 2 bassons. — 1 timbalier.
Parmi les artistes nouveaux se trouve Brice, qui fit sa première apparition sur la scène, à Bruxelles. Ses débuts eurent lieu dans Maison à vendre.
Linsel écrit une lettre, parue dans l'Oracle, pour faire ses adieux au public bruxellois.
Mme Roussellois quitte également Bruxelles. Après un séjour de deux ans à Gand, elle débute à l'Opéra-Comique, puis à Rouen, où elle manque de périr dans l'incendie qui dévora le théâtre, et ne parvient à se sauver qu'en sautant par une fenêtre.
Un événement assez important est la promulgation d'une loi qui réduisait au nombre de deux les théâtres des grandes villes, n'en laissant même qu'un aux autres. Or, Bruxelles n'était plus considéré comme capitale et tombait sous f application de ce règlement. C'était, du reste, avec Gand et Anvers, la seule ville qui pût avoir une troupe stable.
Parmi les attractions, citons : un chanteur (}) italien, Antoine xMoldetti, doué de quatre voix différentes, que le public eut la naïveté d'aller entendre deux fois (on fit un succès d'artiste à ce phénomène de ventriloquie), puis la petite Cécile David, alors âgée de 14 ans, qui joua des morceaux sur le cor et le flageolet.
(1) Engagée le ji août 1806.
23 avril, concert de M et Mmc Fournier; — 16 juin, le Roi et la Reine de Hollande (Louis- Bonaparte et Hortense Beauharnais) : le Barbier de Sèville, les Prétendus ; — 15 et 19 juin, divertissements par Gigel et Mlle Guerri, premiers danseurs du Roi de Prusse ; - 15 août, spectacle gratis pour la fête de Sa Majesté l'Empereur et Roi ; — 3 septembre, concert de Mme Cianchettini, pianiste, et de son fils Rio, surnommé « le Mozart anglais »; — 5 et 23 mars, concerts de Lafont, violoniste, et Gabriel Lemoyne, pianiste.
8 et 10 mai : Moreau, surnommé le Petit Nain, vient donner les Deux billets et la Bonne mère, de Florian, où il joue le rôle d'Arlequin. Ce Moreau avait eu son heure de célébrité. Pour tirer parti de ses proportions lilliputiennes, il se produisit dans les salons de la noblesse; à l'âge de 13 ans, il eut le singulier honneur d'être servi tout vif sur la table de Louis XV, enfermé dans un pâté, duquel il sortit au milieu de Tébahissement général. Lorsque Audinot ouvrit son théâtre de marionnettes au boulevard du Temple, Moreau figura parmi les artistes en bois. Il était le seul comédien vivant de la troupe. Il créa ensuite au Palais-Royal un spectacle appelé : Les Comédiens de bois, dirigea plusieurs petites scènes, parcourut la province, et en fut réduit dans sa vieillesse à se montrer comme curiosité sur les places publiques (1).
S ignalons, pour terminer, la mort de Cussy de Champmeslé, qui était à la Monnaie depuis nombre d'années, et la représentation d'une pièce du crû : Le Généreux vindicatif, « d'un habitant de cette ville». Cet habitant, c'était Bourson.
1807-1808. — Ouverture, le 21 avril.
Acteurs.
Messieurs :
Lagarenne, premiers rôles, Philippe Liv. 6,000
Desfossés, première haute-contre 6,000
Monnier, première basse-taille, Lays 5,000
Perceval, Crispins, marquis ridicules, Trial 5,000
Dubreuil, financiers, manteaux, grimes 4,200
Hurteaux, première haute-contre 3,600
Paulin, premier comique, grandes livrées 3,600
Brice, troisième amoureux, seconde haute-contre 3,000
Folleville, père noble, grand raisonneur 2,600
Hurteaux cadet, seconde haute-contre 1,600
Coriolis, première basse-taille 5,000
Huet, haute-contre 3,600
Bourson, jeunes premiers et jeunes premiers rôles 3,300
Floricourt, troisièmes rôles, seconde basse-taille 3,000
Actrices.
Mesdames et Mesdemoiselles :
Berteau, première chanteuse en tous genres Liv. 8,500
Desbordes, jeune première 4,800
Bayer, première chanteuse . . 4,000
Ducaire, mères Dugazon, première duègne 4,000
(1) De Maine cl Ménétrier. — Galerie historique des acteurs français mimes et paradistes.
Le Tkèàlre de lu (Monnaie. — 1801-18,
Gouget, duègnes Liv. 3,000
St-Albin, secondes amoureuses, Dugazon-corsets 2,400
Daubigny, première soubrette • 2,700
Folleville, jeunes rôles 2,000
Renau, jeunes premiers rôles ' 3,000
Rosine Lequien, rôles d'enfants 432
Choeurs.
Douze hommes. Douze femmes.
Orchestre.
M. Charles BORREMANS, maitre de musique FI. 1,306 — 13 — 4
M. Joseph Borremans, sous-chef d'orchestre 526 — 13 — 4
16 violons. — 2 altos. — 5 violoncelles. — 2 contre-basses. — 2 cors. — 2 trompettes. — 2 hautbois. — 2 flûtes. — 2 clarinettes. — 2 basses. — 1 timbalier .
L'usage d'accorder, par engagement, des bénéfices aux artistes était déjà connu. Ces représentations avaient lieu généralement au Théâtre du Parc.
Le 21 septembre, Théodore Mozin, pianiste, donne un concert. Outre une sonate de sa composition, l'affiche annonçait a un nouveau pot-pourri, d'un nouvel effet, dans lequel il ferait entendre une conversation et un bruit de guerre ». Horresco referens !
suivant :
— Les actionnaires avaient recruté le personnel
Acteurs.
Messieurs :
Lagarenne, premiers rôles, Philippe Liv. 6,000
Desfossés, première haute-contre, Elleviou 6,500
Juclié, premiers rôles, Philippe 4,800
Bourson, jeunes premiers, jeunes premiers rôles 3,600
Hurteaux, seconds rôles, petits-maîtres, Colins 3,600
François I'T, 2 actes, de Kreutzer ; — les Artistes par occasion, 1 acte, de Catel ; — les Rendez-vous bourgeois, 1 acte, de Nicolo ; — le Vieux château, 1 acte, de Délia Maria;
— l'Auberge de Bagnères, 3 actes, de Catel; — le Franc Breton, 1 acte, de R. Kreutzer et Solié; — Owinska, 3 actes, de Gaveaux ; — Lina,ou le mystère, 3 actes, de Dalayrac;
— Joseph en Egypte, 3 actes, de Méhul ; — Point de bruit, 1 acte, de Doche; — Koulouf, 3 actes, de Dalayrac; — Bion, 1 acte, de Méhul ; — MUe de Guise, 3 actes, de Solié;
— Délia et Verdikan, 1 acte, de Berton.
4 mai, début de Mlle Desbordes dans la Femme jalouse, comédie, et dans Une heure de mariage, opéra. Il sera fait mention plus tard de cette aimable actrice qui, sous le nom de Desbordes-Valmore, s'est rendue célèbre par ses poésies; — 17 mai, début de Hurteaux cadet, le Secret, de Solié; — 27 juillet, début de Floricourt. Alexis et Justine, de Thomas.
Brice, troisièmes amoureux, seconde haute-contre Liv. 3,600
Dubreuil, financiers, manteaux grimes 4,200
Folleville, pères nobles, grands raisonneurs 3,000
Eugène (Ordinaire), première basse-taille 5,000
Coriolis, première basse-taille 6,000
Paulin, premier comique, grande livrée 4,200
Linsel, Crispin, second comique, Trial 4,200
Perceval, id. .... 5,000
Guilleman, paysans, seconde basse-taille 2,200
Tirpenne, troisièmes rôles 2,200
Bourson fils, rôles d'enfants —
Actrices.
Berteau, première chanteuse Liv. 8,500
Richard, premiers rôles, grandes coquettes (1) 4,800
De Sainte-Suzanne, premiers rôles (2) 3,600
Tirpenne, forte St-Aubin, Dugazon-corsets 3,000
Morland, jeunes premières, ingénuités .... 3,600
Saint-Albin, secondes amoureuses, rôles travestis 2,400
Adélaïde (Mesplon), secondes et troisièmes amoureuses 2,000
Juclié, mères nobles, mères Dugazon 4,200
Sabatier, première soubrette 3,600
Gouget, premiers caractères, duègnes 3,000
Clément, utilités 1,000
Linsel, idem 1,500
Rosine Lequien, rôles d'enfants 432
Choeurs.
Douze hommes. Douze femmes.
Orchestre.
C. BORREMANS, maître de musique .... FI. 1,306 — 13 — 4 J. Borremans, sous-chef 576 — 13 — 4
16 violons. — 2 altos. — 5 violoncelles. — 2 contre-basses — 2 cors. — 2 trompettes. — 2 hautbois. — 2 flûtes. — 2 clarinettes. — 2 bassons — 1 timbalier.
Un triste événement vint frapper le monde du théâtre : la mort de Lagarenne. Jamais le décès d'un artiste ne souleva autant de marques de sympathie. Lagarenne était à la Monnaie depuis plus
( 1 ) Cette actrice a quitté le j o avril 1808.
(2) Elle a remplacé Madame Richard, le j juillet 1808.
L'Amant légataire, 1 acte, de Joseph Van Helmont ; — Un jour à Paris, 3 actes, de Nicolo; — Cimarosa, 1 acte, de Nicolo ; — Ninon chez Mme de Sèvignê, 1 acte, de Berton ; — Neptali, grand opéra en 3 actes, de Blangini ; — Jadis et aujourd'hui, 1 acte, de R. Kreutzer; — la Femme impromptue, de Borremans. /
de dix ans. Il joignait aux qualités d'un galant homme celles d'un acteur intelligent, laborieux, infatigable. Une représentation fut organisée au bénéfice de la veuve et des enfants; Joseph, de Méhul, y précédait la première audition de Mademoiselle de Guise, opéra en 3 actes, de Dupaty, musique de Solié. Une « dame de la société » publia, sous le voile prudent de l'anonyme, les strophes suivantes :
Stances sur la mort de La Garenne.
La Garenne n'est plus, son zèle, ses talens, Son amour pour son art, sa rare intelligence, N'ont pu le garantir de perdre l'existence A la fleur de ses ans.
En dépit de la mort, la chaleur de son âme, Ses belles qualités, vivent dans tous les cœurs; Et peignant cet acteur avec des traits de flamme, Commandent à nos pleurs.
L'amour de son état, les beauxavts et la gloire, L'animaient chaque jour pour charmer nos loisirs, Il vécut bien assez pour laisser sa mémoire, Trop peu pour nos plaisirs.
Muses qui gémissez de sa perte cruelle, Placez son nom chéri parmi les bons acteurs : Rien ne pourra faner la guirlande immortelle Que lui tressent nos cœurs.
Lagarenne fut remplacé, le 30 décembre, par Juclié, dont la femme faisait déjà partie de la troupe.
En août, la scène de la Monnaie est, de nouveau, livrée aux acrobates. Cette fois, ce fut le tour de Ravel, dit X Incomparable, rival de Forioso comme danseur et comme sauteur. Celui-ci se trouvait un jour au Théâtre de la Montansier pendant les exercices de Ravel ; il le provoqua et mit comme enjeu 25 napoléons; l'assaut eut lieu, avec Vestris et Paul Duport, danseurs de l'Opéra, comme juges. La palme fut décernée à Ravel, et les spectateurs lui jetèrent une couronne qu'il offrit de partager avec son antagoniste ; Forioso refusa brutalement et provoqua une seconde fois le vainqueur. Mais, ce tournoi menaçant de tourner en bagarre, l'autorité s'en mêla et lit défendre la représentation (1).
Le 13 janvier suivant, une exhibition de ce genre se produit
(1) De Manne et Hillemacher. - Troupe de Nicolet.
122 Le Théâtre de la (Monnaie. — i8oi-t8.
encore. Une séance est donnée par Charles Roussel, surnommé Y Hercule européen !
Glissons rapidement sur ces exploits acrobatiques, et arrivons à la première d une pièce indigène : L'Amant légataire, opéra en i acte, d'Adrien-Joseph Van Helmont. Malheureusement, cette œuvre n'eut qu'une représentation, racontée d'une manière fort plaisante par le malicieux baron de Reiffenberg (i).
L'Amant légataire était une pièce du cru, une pièce détestable. L'auteur s'adressa à Van Helmont, qui de sa vie n'avait travaillé pour le théâtre et qui s'excusa sur ce qu'il n'avait jamais composé que de la musique d'église. Mais l'auteur voulait être joué. Il fit tant d'instances, il flatta si bien le bon homme, qu'à la fin celui ci consentit à faire quelques motets, de maints fragments de messes et de vêpres une espèce d'opéra, travail profane sanctifié par son origine .. L'ouverture composée dans le genre d'un Veni Creator, avec force trompettes et timbales, enlève de vifs applaudissements. Tous les Van Helmont, femmes, enfants, neveux et nièces, étaient dans l'ivresse. Le père, lui, battait la mesure sur le bourrelet de la loge avec ses deux mains tout étincelantes de pierreries; quand, ô douleur! le premier air, par son étrangeté savante, provoque un coup de sifflet. Les mains de Van Helmont abandonnent précipitamment le bourrelet comme si elles avaient touché un fer chaud ; c'en était fait; l'envie était éveillée. Un second, un troisième, des milliers de coups de sifflets partent sans interruption. Tout le monde, dans la loge, frappé de consternation, se jette à quatre pattes : on ouvre clandestinement la porte et l'on descend les escaliers comme Rousseau veut que marche l'homme de la nature : mais les sifflets attendaient sous le perron. Ce fut l'enterrement de V Amant légataire.
1809-10. — Nous voici à la neuvième année de la gestion Dubus. La troupe qu'il réunit était composée en grande partie d'artistes déjà connus.
Messieurs :
Juclié, premiers rôles Liv. -1,200
Hurteaux, Philippe, Gavaudan 4?25°
Desfossés, première haute-contre, Elleviou 6,500
Bourson, jeunes premiers, petits-maîtres 4,000
Dubreuil, financiers, manteaux, grimes 4,200
(1) Recueil encyclopédique belge.
Françoise de Foix, 3 actes, de Bertou ; — le Maître de chapelle, ou le souper imprévu, 3 actes, de XX; — le Petit Courrier, 2 actes, de XX; — Menzikojf et Fœdor, 3 actes, de Champein ; — la Rose rouge et la rose blanche, 3 actes, de Gaveaux; — le Mariage par imprudence, 1 acte, de Dalvimare; — Brama, 1 acte de XX; — le Charme de la voix, 1 acte, de Berton (l'opéra la Romance, remanié); — la Vestale, grand opéra en 3 actes, de Spontini; — la Prova d'un opéra séria, de Gnecco ; — Lantara, 1 acte, de XX.
Boosigue, seconde haute-contre, Colins Liv. 4,000
Paulin, premier comique, grandes livrées 4,200
Rolland, Martin, Lays . . 5,000
Coriolis, première basse-taille 6,000
Folleville, pères nobles, grands raisonneurs 3>400
Eugène (Ordinaire), première basse-taille . 5,000
Perceval, Crispins, Trial 5,000
Linsel, id. 4,200
Marchand, troisièmes rôles, seconde basse-taille 2,800
Bourson fils, rôle d'enfants —
Actrices.
Mesdames et Mesdemoiselles :
Berteau, première chanteuse Liv. 9,400
Letellier, premiers rôles, grandes coquettes . 4»50°
Bousigue, fortes Saint-Aubin, Dugazon-corsets. . 4>500
Morland, fortes premières, ingénuités. , 3,600
Saint-Albin, jeunes Saint-Aubin, travestis . ......... 2,400
Dubreuil. jeunes premières, secondes amoureuses 2,400
Juclié, mères Dugazon 4,200
Sabatier, premières soubrettes 4,000
Gouget, duègnes à caricatures 3,000
Linsel-Mosso, mères nobles, rôles de convenance 1,800
Rosine Lequien, troisièmes amoureuses 600
Chœurs.
Douze hommes. Douze femmes.
Orchestre.